‹ Lettres apostoliques des S.S. Léon XIII (volume 2)Chapitre 24 sur 94 · PAPA DOTE PE LR TA · texte numérisé non relu

PAPA DOTE PE LR TA

€ RERUM NOVARUM », 16 mar 1891 AUS

personne morale, spoliation des biens. Sur ces biens, l'Eglise avait pourtant ses droits; chacun des membres avait les siens; les dona- . teurs qui leur avaient fixé une destination, ceux enfin qui en reti- . raient des secours et du soulagement avaient les leurs. Aussi ne - pouvons-Nous Nous empêcher de déplorer amèrement des spoliations si iniques et si funestes; d'autant plus qu’on frappe de pros- . cription les sociétés catholiques dans le temps même où l’on affirme . la légalité des sociétés privées, et que, ce que l’on refuse à des hommes paisibles et qui n’ont en vue que l'utilité publique, on l'accorde, et très largement, à des hommes qui roulent dans leur esprit des desseins funestes tout à la fois à la religion et à l'Etat. Jamais assurément, à aucune autre époque, on ne vit une si . grande multiplicité d'associations de tout genre, surtout d’associa- | tions ouvrières. D’où viennent beaucoup d’entre elles, où elles . tendent, par quelle voie, ce n’est pas ici le lieu de le rechercher. Mais c’est une opinion confirmée par de nombreux indices qu’elles . sont ordinairement gouvernées par des chefs occultes, et qu’elles . obéissent à un mot d'ordre également hostile au nom chrétien et “ à à la sécurité des nations ; qu'après avoir accaparé toutes les entre- Ai 5 | prises, s’il se trouve des ouvriers qui se refusent à entrer dans leur :

sein, elles leur font expier ce refus par la misère. — Dans cet x état de choses, les ouvriers chrétiens n’ont plus qu'à choisir entre ces deux pouvoirs, secouer hardiment un joug si injuste et si into- | lérable. Qu'il faille opter pour ce dernier parti, y a-t-il des hommes ayant vraiment à cœur d’arracher le souverain bien de l'humanité à un péril imminent qui puissent avoir là-dessus le moindre doute?

Certes, il faut louer hautement le zèle d'un grand nombre des » nôtres, lesquels, se rendant parfaitement compte des besoins de . l'heure présente, sondent soigneusement le terrain, pour y découvrir une voie honnête qui conduise au relèvement de la classe ‘ ouvrière. S'étant constitués les protecteurs des personnes vouées 4 . au travail, ils s’étudient à accroître leur prospérité tant domestique . qu'individuelle, à régler avec équité les relations réciproques des . patrons et des ouvriers, à entretenir et à affermir dans les uns et ; . les autres le souvenir de leurs devoirs et l’observation des préceptes A L divins; préceptes qui, en ramenant l’homme à la modération et ee. condamnant tous les excès, maintiennent dans les nations et parmi re les éléments si divers de personnes et de choses, la concorde et l'harmonie la plus parfaite. Sous l'inspiration des mêmes pensées, ” des hommes de grand mérite se réunissent fréquemment en congrès, À + pour se communiquer leurs vues, unir leurs forces, arrêter des . programmes d'action. D'autres s'occupent de fonder des corpora- . tions assorties aux divers métiers et d'y faire entrer les artisans ; ils * aident ces derniers de leurs conseils et de leur fortune et pour- | de voient à ce qu'ils ne manquent jamais d’un travail honnête et . fructueux. 1 { Les évêques, de leur côté, encouragent ces efforts et les mettent en.

sous leur haut patronage: par leur autorité et sous leurs auspices, cn

à La 4 Q 4 0 Lé des membres du clergé, tant séculier que régulier, se dévouent en Qi - grand nombre aux intérêts spirituels des corporations. Enfin, il ne AS

AS PRE RO is

es

Deniquecatholici non desunt copiosis divitiis, sed mercenariorum

velutes consortes voluntarii, quiconstituerelateque funderé grandi pécunia consociationes adnitantur ‘ quibns adjuvantibus facile opifici liceat non modo commoda præsentia, sed etiam honestæ quietis futuræ fiduciam sibi labore quærere. Tam multiplex

tamque alacris industria quantum attulerit rebus communibus

boni plus est cognitum, quam ut attineat dicere. Hinc jam bene de reliquo. tempore sperandi auspicia sumimus, modo societates istiusmodi constanter incrementa capiant, ac prudenti temperatione constituantur. Tuteltur hos respublica civium cœtus jure sociatos : ne trudat tamen sese in eorum intimam rationem

ordinemque vitæ : vitalis enim motus cietur ab interiore princi-.

pio, ac facillime sane pulsu eliditur externo.

Est profecto temperatio ac disciplina prudens ad eam rem necessaria ut consensus in agendo fiat conspiratioque voluntatum. Proinde si libera civibus coeundi facultas est, ut profecto est, jus quoque esse oportet eam libere optare disciplinam, easque leges quæ maxime conducere ad id, quod propositum est, judicentur.

Eam, quæ memorata est Lemperationem disciplinamque collegiorum qualem esse in partibus suis singuhs oporteat, decerni certis definitisque regulis non censemus posse, cum id potius

statuendum sit ex ingenio cujusque gentis, ex periclitatione et

usu, ex genere atque efficientia operum, ex amplitudine commerciorum, aliisque rérum ac temporum adjunctis, quæ sunt prudenter ponderanda. Ad summam rem quod spectat, hæc tamquam lex generalis ac perpetua sanciatur, 1ta constitui itaque gubernari opificum collegia oportere, ut instrumenta suppeditent aptissima maximeque expedita ad id, quod est propositum, quodque in eo consistit ut singuli e societate incrementum bonorum corporis, animi, rei familaris, quoad potest, assequantur. Perspicuum vero est, ad perfectionem pietatis et morum tamquam ad causam præcipuam. Spectari oporterel : eaque potissimum causa disciplinam socialem penitus dirigendam. Secus enim degenerarent in aliam formam, eique generi collegiorum, in quibus nulla ratio religionis habori solet, haud sane multum præstarent.

Ceterum quid prosit opifici rerura copiam societate quæsisse, si ob inopiam cibi sui de salute periclitetur anima? Quid prodest homini, si mundum universum lucretur, animæ vero suæ detri-

mentum patiatur? (1) Hanc quidem docet Christus Dominus

velut notam babendam, qua ab ethnico distinguatur homo chris-

tianus : Aæc omnia gentes inquirunt.… . quærite primum regnum

Dei et justlitiam ejus, et hæc omnia adjicientur vobis (2). sun (1) Matth., XVI, 26. — (2) Matth., VI, 32, 33.

SE: Vo sise

& RERUM NOVARUM », 16 mat 1891 65

manque pas de catholiques qui, pourvus d'abondantes richesses,mais devenus en quelque sorte compagnons volontaires de travailleurs, ne regardént à aucune dépense pour fonder et étendre au loin des sociétés, où ceux-ci puissent trouver, avec une certaine aisance pour le présent, le gage d’un repos honorable pour l'avenir. Tant de zèle, tant et de si industrieux efforts ont déjà réalisé parmi les peuples un bien très considérable et trop connu pour qu'il soit nécessaire d'en parler en détail. Il. est à Nos yeux d’un heureux augure pour l'avenir, et Nous Nous promettons de ces corporations les plus heureux fruits, pourvu qu’elles continuent à se développer et que la prudence préside toujours à leur organisation. Que l'Etat protège ces sociétés fondées selon le droit; que, toutefois, il ne s'immisce point dans leur gouvernement intérieur, et ne touche point aux ressorts intimes qui lui donnent la vie; car le mouvement vital procède essentiellement d’un principe intérieur et s'éteint très facilement sous l’action d’une cause externe. 2

À ces corporations, il faut évidemment, pour qu'il y ait unité.

d'action et accord des volontés, une organisation et une discipline sage et prudente. Si donc, comme il est certain, les citoyens sont libres de s'associer, ils doivent l'être également de se donner les statuts et règlements qui leur paraissent les plus appropriés au but

qu'ils poursuivent. Quels doivent être ces statuts et règlements?

Nous ne croyons pas qu'on puisse donner de règles certaines et précises pour en déterminer le détail; tout dépend du génie de chaque nation, des essais tentés et de l'expérience acquise, du genre du travail, de l'étendue du commerce, et d’autres circonstances de choses et de temps qu'il faut peser avec maturité. Tout ce qu’on

peut dire,en général, c’est qu’on doit prendre pour règle universelle et constante, d'organiser et gouverner les corporations de facon qu’elles fournissent à chacun de leurs membres les moyens propres:

à lui faire atteindre, par la voie la plus commode et la plus courte,

le but qu’il se propose, et qui consiste dans l'accroissement le plus.

grand possible des biens du corps, de l'esprit, de la fortune.

* Mais il est évident qu'il faut viser avant tout à l’objet principal, qui est le perfectionnement moral et religieux ; c'est surtout cette tin qui doit régler toute l’économie de ces sociétés ; autrement, elles dégénéreraient bien vite et tomberaient, ou peu s'en faut, au rang: des sociétés où la religion ne tient aucune place. Aussi bien, que. servirait à l'artisan d’avoir trouvé au sein de la corporation l'abon-

dance matérielle, si la disette d'aliments spirituels mettait en péril le salut de. son âme? Que sert à l’horgme de gagner l'univers entier,

s’il vient à perdre son dme (1)? Voici le caractère auquel Notre-

Seigneur Jésus-Christ veut qu'on distingue le chrétien d'avec le gentil.

Les gentils recherchent toutes ces choses.…..cherchez d’abord le royaume de Dieu, et toutes choses Vous seront ajoutées par surcroît (2). Ainsi donc, après avois pris Dieu comme point de départ, qu'on donne

igitur a Deo principiis, plurimum eruditioni religiosæ tribuatur

loci, ut sua singuli adversus Deum officia cognoscant : quid credere oporteat, quid sperare atque agere salutis sempiternæ

causa, probe sciant : curaque præcipua adversus opinionum

errores variasque corruptelas muniantur. Ad Dei cultum stu-

diumque pietatis excitetur opifex, nominatim ad religionem dierum festorum colendam. Vereri diligereque communem

omnium parentem Ecclesiam condiscat : itemque ejus et obtem-

perare præceptis et sacramenta frequentare, quæ sunt ad expian-

das animi labes sanctitatemque comparandam instrumenta divina.

Socialum legum posito in religione fundamento pronum est iter ad stabiliendas sociorum rationes mutuas, ut convictus quietus ac res florentes consequantur. Munia sodalitatum dis- ‘partienda sunt ad communes rationes accomodate, atque ita quidem ut consensum ne minuat dissimilitudo. Officia partir! intelligenter, perspicueque definiri, plurimum ob hanc causam interest, ne cui fiat injuria. Commune administretur integre, ut ex indigentia singulorum nræfiniatur opitulandi modus : jura officiaque dominorum cum juribus officiisque opificum apte conveniant. Si qui ex alterutro ordine violatum se ulla re putarit, nihil optandum magis, quam adesse ejusdem corporiis viros prudentes atque integros, quorum arbitrio litam dirimi leges ipsæ sociales jubeant. Illud quoque magnopere providendum ut copia operiis nullo tempore deficiat opificem, utque vectigal suppeditet, unde necessitati singulorum subveniatur nec solum in subitis ac fortuitis industriæ casibus, sed etiam cum valetudo, aut senectus, aut infortunium quemauam oppressit.

His legibus, si modo voluntate accipiantur, satis erit tenuiorum commodis ac saluti consultum : consociationes autem catholicorum non minimum ad prosperitatem momenti in civitate sunt habituræ. Ex eventis præteritis non temere providemus futura. Truditur enim ætas ætate, sed rerum gestarum miræ sunt similitudines, quia reguntur providentia Dei, qui continuationem seriemque rerum ad eam causam moderotur ac flectit, quam sibi in procreatione generis humani præstituit. — Christianis in prisca Ecclesiæ adolescentis ætate probro datum accepimus, quod maxima pars stipe precaria aut opere faciendo victitarent. Sed destituti ab opibus potentiaque, pervicere tamen ut gratiam sibi locupletium, ac patrocinium potentium adjungerent. Cernere

licebat impigros, laboriosos, pacificos, justitiæ maximeque cari-. à

tatis in exemplum retinentes. Ad ejusmodi vitæ morumque spectaculum, evanuit omnis præjudicata opinio, obtrectatio obmutuit malevolorum, atque inveteratæ superstitionis commenta veritati … christianæ paulatim cessere. — De statu opificum certatur in

LE

NASA NE, RRNAUE

€ RERUM NOVARUM », 16 mar 1891 Mu 67

une large place à l'instruction religieuse, afin que tous connaissent leurs devoirs envers lui; ce qu'il faut croire, ce qu'il faut espérer,

ce qu'il faut faire en vue du salut éternel, tout cela doit leur être soigneusement inculqué; qu’on les prémunisse avec une sollicitude

particulière contre les opinions erronées et toutes les variétés du

vice. Qu'on porte l’ouvrier au culte de Dieu, qu'on excite en lui l'esprit de piété, qu'on le rende surtout fidèle à l'observation des

dimanches et des jours de fête. Qu'il apprenne à respecter et à

aimer l'Eglise, la commune mère de tous les chrétiens; à obtempérer à ses préceptes, à fréquenter ses sacrements qui sont des sources divines où l’âme se purifie de ses taches et puisela sainteté.

La religion ainsi constituée comme fondement de toutes les lois sociales, il n’est pas difficile de déterminer les relations mutuelles à établir entre les membres pour obtenir la paix et la prospérité de la société. Les diverses fonctions doivent être réparties de la manière la plus profitable aux intérêts communs et de telle sorte que l'iné- : galité ne nuise point à la concorde.

Il importe grandement que les charges soient distribuées avec intelligence et clairement définies, afin que personne n'ait à souffrir d'injustice. Que la masse commune soit administrée avec intégrité et qu'on détermine d'avance, par le degré d’indigence de chacun des membres, la mesure de secours à lui accorder; que les droits et les devoirs des patrons soient parfaitement conciliés avec les droits et les devoirs des ouvriers. Afin de parer aux réclamations éventuelles qui s’élèveraient dans l'une ou l’autre classe au sujet de droits lésés, il serait très désirable que les statuts mêmes chargeassent des hommes prudents et intègres, tirés de son sein, de régler le litige en qualité d’arbitres. Il faut encore pourvoir d’une manière toute spéciale à ce qu’en aucun temps l’ouvrier ne manque de travail, et qu'il y ait un fonds de réserves destiné à faire face,

non seulement aux accidents soudains et fortuits, inséparables du

travail industriel, mais encore à la maladie, à la vieillesse et aux coups de la mauvaise fortune.

Ces lois, pourvu qu'elles soient acceptées de bon cœur, suffisent pour assurer aux faibles la subsistance et un certain bien-être ; mais

les corporations catholiques sont appelées encore à apporter leur

bonne part à la prospérité générale. Par le passé, nous pouvons juger sans témérité de l'avenir. Un âge fait place à un autre, mais le cours des choses présente de merveilleuses similitudes, ménagées

» par cette Providence qui dirige tout et fait tout converger vers la fin

que Dieu s’est proposée en créant l'humanité.

Nous savons que, dans les premiers âges de l'Eglise, on lui faisait un crime de l'indigence de ses membres, condamnés à vivre d'aumônes ou de travail. Mais, dénués comme ils étaient de richesses et de puissance, ils surent se concilier la faveur des riches et la protection des puissants. On pouvait les voir diligents, laborieux, pacifiques, modèles de justice et surtout de charité. Au spectacle d’une vie si parfaite et de mœurs si pures, tous les préjugés se dissipèrent, le sarcasme se tut et les fictions d’une superstition invétérée s'évanouirent peu à peu devant la vérité chrétienne. — Le sort de la

præsens : quæ cerlatio ratione dirimatur an secus, plurimum interest reipublicæ in utramque partem. Ralione autem facile dirimetur ab artificibus christianis, si socielate conjuncti ac prudentibus auctoribus usi, viam inierint eamdem, quam patres ac majores singulari cum salute et sua et publica tenuerunt.

Etenim quantumvis magna in homine vis opinionum præjudicatarum cupiditatumque sit, tamen nisi sensum honesti prava voluntas obstupefecerit, futura est benevolentia civium in eos sponte propensior, quos industrios ac modestos cognoverint, quos æquitatem lucro, religionem officii rebus omnibus constiterit anteponere. Ex quod illud etiam consequetur commodi, quod spes et facultas sanitatis non minima suppeditabitur opifi- Cibus is, qui vel omnino despecta fide christiana, vel alienis a professione moribus vivant. [sti quidem se plerumque intelligunt falsa spe simulataque rerum specie decentos. Sentiunt -enim, sese apud cupidos dominos valde inhumane tractari, nec fieri fere pluris quam quantum pariant operando lucri : quibus autem sodalitatibus'implicati sunt, in is pro caritate atque amore intestinas discordies existere, petulantis atque incredulæ paupertalis perpetuas comites. Fracto animo, extenuato corpore, quam valde se multi vellent e servitute tam humili vindicare : nec tamen audent, seu quod hominum pudor, seu metus inopiæ prohibeat. Jamvero his omnibus mirum quantum prodesse ad salutem collegia catholicorum possunt, si hæsitantes ad sinum suum, expediendis difficultatibus, invitarint, si resipiscentes in fidem tutelamque suam acceperint.

Habetis, Venerabiles Fratres, quos et qui ratione elaborare in causa perdifficili necesse sit. — Accingendum ad suas cuique partes, et maturrime quidem, ne tantæ jam molis incommodum fiat insanabilius cunctatione medicinæ. Adhibeant legum institutorumque providentiam, qui gerunt respublicas : sua meminerint officia locupletes et domini : enitantur ratione, quorum res agitur, proletarii : cumque religio, ut initio diximus, malum pellere funditus sola possit, illud reputent universi, in primis instaurari mores christianos oportere, sine quibus ea ipsa arma prudentiæ, quæ maxime putantur idonea, parum sunt ad salutem valitura. — Ad Ecclesiam quod specta, desiderari operam suam nullo tempore nulloque modo, sinet, tanto plus allatura adjumenti, quanto sibi major in agendo libertas contigerit : .idque nominatim intelligant, quorum munus est saluti publicæ consulere. Intendant omnes animi industriæque vires ministri sacrorum : vobisque, Venerabiles Fratres, auctoritate præeun- « tibus et exemplo, sumpta ex evangelio documenta vitæ homini- «

+! FT, LAS el à VAE l'ENA 3,,462-2 Li 2 … M Fr Le = À + ee: : OA AT © è ; TON ET ns OT ae es) LS d 4 4 : É

@ RERUM NOVARUM », 16 mar 1891 09

classe ouvrière, telle est la question qui s’agite aujourd'hui ; elle sera résolue par la raison ou sans elle, et il ne peut être indifférent aux nations qu'elle soit résolue par l’une ou l’autre voie.

Or, les ouvriers chrétiens la résoudront facilement par la raison, si, unis en sociétés et conduits par une direction prudente, ils entrent dans la voie où leurs pères et leurs ancêtres trouvèrent leur salut et celui des peuples. Quelle que soit dans les hommes la force des préjugés et des passions, si une volonté perverse n’a pas entière-

ment étouffé le sentiment du juste et de l’honnèête, il faudra que tôt

ou tard la bienveillance publique se tourne vers ces ouvriers, qu’on aura vus actifs et modestes, mettant l'équité avant le gain et préférant à tout la religion du devoir. | | |

Il résultera de là cet autre avantage, que l'espoir et de grandes facilités de salut seront offerts à ces ouvriérs qui vivent dansle mépris de la foi chrétienne ou dans les habitudes qu’elle réprouve. Ils comprennent d'ordinaire, ces ouvriers, qu'ils ont été le jouet d’espérances trompeuses et d’apparences mensongères.

Car ils sentent par les traitements inhumains qu'ils reçoivent de leurs maîtres, qu'ils n’en sont guère estimés qu’au poids de l’or produit parleur travail ; quant aux sociétés qui les ont circonvenus, ils voient bien qu'à la place de la charité et de l'amour, ils n’y trouvent que les discordes intestines, ces compagnes inséparables de la pauvreté. insolente et incrédule. L'âme brisée, le corps

exténué, combien qui voudraient secouer un joug si humiliant ?

mais, soit respect humain, soit crainte de l’indigence, ils ne l’osent pas. Eh bien ! à tous ces ouvriers, les sociétés catholiques peuvent être d’une merveilleuse utilité ,'si, hésitants, elles les invitent à venir chercher dans leur sein un remède à tousleurs maux, si,repentants, elles les accueillent avec empressement et leur assurent sauvegarde et protection.

Vous voyez, Vénérables Frères, par qui et par quels moyens cette crise si difficile demande à être traitée et résolue. Que chacun se mette à la part qui lui incompe, et cela sans délai, de peur qu’en différant le remède, on ne rende incurable un mal déjà si grave. Que les gouvernants fassent usage de l'autorité protectrice des lois et des institutions ; que les riches et les maîtres se rappellent leurs devoirs, que les ouvriers, dont le sort est en jeu, poursuivent leurs intérêts par des voies légitimes, et puisque la religion seule, comme Nous l'avons dit dès le début, est capable de détruire le mal dans sa racine,

* que tous se rappellent que la première condition à réaliser, c’est la ?

restauration des mœurs chrétiennes, sans lesquelles même les moyens suggérés par la prudence humaine comme les plus efficaces seront peu aptes à produire de salutaires résultats. — Quant à l'Eglise, son action ne fera Jamais défaut en aucune manière etsera d'autant plus féconde qu'elle aura pu se développer avec plus de

liberté, et ceci, Nous désirons que ceux-là le comprennent dont la

mission est de veiller au bien public. Que les ministres sacrés déploient toutes les forces de leur âme et toutes les industries de

- leur zèle, et que, sous l'autorité de Vos paroles et de Vos exemples,

Vénérables Frères, ils ne cessent d’inculquer aux hommes de

bus ex omni ordine inculcare ne desinant : omni qua possuñt |

ope pro salute populorum contendant, potissimumque studeant et tueri in se, et excitare in aliis, summis juxta atque infimis, omnium dominam ac reginam virtutum caritatem. Optata quippe salus expectanda præcipue est ex magna effusione caritaus : christianæ caritatis intelligimus, quæ totius Evangelii compendiaria lex est, quæque semetipsam pro aliorum commodis semper devovere parata, contra sæculi insolentiam atque immoderatum amorem sui certissima est homini antidotus : cujus virtutis partes ac lineamenta divina Paulus Apostolus iis verbis expressit : Caritas patiens est, benigna est: non quærit quæ sua sunt : omnia suffert : omnia sustinet (1). \

Divinorum munerum auspicem ac benevolentiæ Nostræ testem vobis singulis, Venerabiles Fratres, et Clero populoque vestro apostolicam benedictionem peramanter in Domino impertimus.

Datum Romæ apud S. Petrum die XVI Maïi An. MDCCCXCI, pes tus Nostri Decimo quarto,

LEO PP. XHI

(4) I Corinth., XI, 4-7,

Page 1