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ne ENCYCLIQUE DE S. S. LÉON XII rerum naturam, quæ percipitur sensibus, cogitatione omni curâque contractàâ, recusant intueri majora. Sed contra in maximis ingeniis hoc fere existit, ut malint altius assurgere : sunt enim ad concipiendos divinæ fidei instinctus afflatusque optime omnium comparata. Certe studium naturæ cum religionis Studio Columbus conjunxerat, atque haustis ex intima fide catholica præceptis mentem conformarat. Hac de causa cum ex astronomica disciplina et veterum monumentis comperisset, trans noti orbis terminos magna terrarum spatia etiam in occidentem patere, nulli hominum ad eam diem explorata, obversabatur animo multitudo ingens, miserandis circumfusa tenebris, vesanis ritibus ac Deorum inanium superstitionibus implicita. Miserum agresti cultu ferisque moribus vivere: miserius carere notitia rerum maximarum, atque in unius veri Dei ignoratione versari. Hæc igitur apud animum suum agitans, primum omnium expetivit, christianum nomen, christianæ beneficia caritatis in occidentem extendere: quod tot rei gestæ historià abunde comprobatur. Sane cum a Ferdinando et Isabella Hispaniæ regibus primum petiit, rem suscipere ne gravarentur, plane exponit causam, fore ut ipsorum gloria ad immortalitatem cresceret, si nomen ac doctrinam Jesu Christi inferre in regiones tam longe dissitas instituissent. Nec multo serius compos votorum factus, contendere se a Deo testatur, ut reges divina ejus ope gratiâque velle mergant novas oras nova litora Evangelio imbuere. Ab Alexandro VI Pontifice maximo viros apostolicos maturat per litteras petere, in quibus ea est sententia: sacrosanctum Jesu Christi nomen et Evangelium quam latissime disseminare me aliquando posse, Deo adjutore, confido. Atque efferebatur, putamus, gaudio, cum Raphaeli Sanchesio primum ab India redux Olisipone scriberet, agendas Deo immortales gratias, quod sibi successus tam prosperos benigne dedisset: qaudere ac triumphare Jesum Christum in terris atque ac in cœlis oportere, proximä jam gentium innumerabilium, quæ ante ad interitum ruerent, salute. Quod si Ferdinando et Isabellæ auctor est ut novum orbem adiri commerciaque cum indigenis institui nisi a christianis catholicis ne sinant, eam affert causam, quod incepto conatuque suo nihil petivit aliud, quam religionis christianæ incrementum et decus. Tdque Isabellæ, quæ summi viri mentem introspexerat ut nemo melius, optimo cognitum : immo idem plane propositum pientissimæ et ingenio viril magnoque animo feminæ constat fuisse. Illa enim de Columbo affirmarat, futurum ut in vastum Oceanum se animose daret, rem effecturus, divinæ gloriæ causd, magnopere insignem. Et ad ipsum Columbum secundo reducem oplime collocatos, scribit, quos 1psamet in expeditiones Indicas fecisset, quosque est factura,
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centrant toutes leurs pensées et tous leurs soins sur cette nature des choses qui est perçue par les sens, refusent de porter leurs regards vers des choses plus grandes. Mais, par contre, on a presque toujours constaté chez les plus grands esprits, qu'ils préfèrent monter plus haut, car ils sont, mieux que personne, disposés à concevoir les instincts et les souffles de la foi divine.
A n’en pas douter, Colomb avait joint l'étude de la nature à celle de la religion, et il avait nourri son âme des principes puisés à une foi catholique profonde.
C'est pourquoi, dès qu'il eut compris, d’après l’enseignement
astronomique et les monuments des anciens, qu’au delà des limites
du monde connu s’étendaient, même à l'Occident, de grands espaces de terres qu'aucun homme n'avait jamais explorés jusque-là, il se représenta une grande multitude entourée de ténèbres lamentables, engagée dans des rites cruels et dans des superstitions en l’honneur de dieux insensés. Il les voyait vivant misérablement dans la barbarie, avec des mœurs cruelles; manquant plus misérablement encore de la notion des choses les plus grandes, et plongés dans l'ignorance du seul vrai Dieu. Son esprit, faisant réflexion là-dessus, il désira par-dessus tout étendre, avec le nom chrétien, les bienfaits de la charité chrétienne en Occident, ce que prouve abondamment toute l’histoire de son entreprise.
En effet, quand, pour la première fois, il pria Ferdinand et Isabelle, rois d’Espagne, de ne pas hésiter à entreprendre la chose, il exposa l'affaire à plein, disant que leur gloire grandirait jusqu’à l’immortalité, s'ils décidaient de porter le nom et les doctrines de Jésus- Christ dans des contrées si iointaines. Et, ces vœux ayant été bientôt accomplis, il atteste que ce qu’il demande à Dieu, c’est que, par son secours divin et par sa grâce, les rois d’Espagne continuent à vouloir pénétrer de l'Evangile de nouvelles contrées et de nouveaux rivages. :
Au pape Alexandre VI, il se hâte de demander des missionnaires, par une lettre où se trouve cette déclaration : « J'ai confiance que, Dieu aidant, je pourrai un jour répandre aussi loin que possible le saint nom de Jésus-Christ et l'Evangile. » Et nous pensons qu'il était rempli de joie quand, revenu de l'Inde pour la première fois à Olisipone, il écrivait à Raphaël Sanchez qu’il fallait rendre à Dieu d’immortelles actions de grâces, pour la bonté avec laquelle il lui avait - donné des succès si favorables, quil fallait que Jésus-Christ se réjouisse
et triomphe sur la lerre comme au ciel, en raison du salut prochain de peuples innombrables, qui, auparavant, se ruaient à la perdition. Que s’il obtient de Ferdinand et d'Isabelle qu'ils ne permettent qu'aux catholiques d’aller dans le Nouveau Monde et d’y nouer des relations commerciales avec les indigènes, il en donne cette raison que, par son entreprise el ses efforts,il n’a cherché rien autre chose que l’accrois- … sement et l’honneur de la religion chrétienne. Et cela était bien connu - d'Isabelle, qui, mieux que personne, avait pénétré dans l’âme de ce . grand homme; bien plus, il.est constant que c'est ce qui fut nette- … ment proposé à cette femme si pieuse, de si grand cœur et d'esprit si viril. Car, parlant de Colomb, elle avait affirmé qu'il se jetterait avec ardeur dans l'immense Océan, afin d'accomplir, pour la gloire
sumptus : inde enim amplificationem catholicæ rei conseculuram . Alioqui præter causam humanâ majorem, unde erat ille constantiam animique robur hausturus ad ea perferenda, quæ coactus est usque ad extremum perferre et perpeti ? contrarias intelligimus eruditorum sententias, virorum principum repulsas, furentis Oceani tempestates, assiduas vigilias, quibus usum luminum plus semel amisit. Accessere prælia cum barbaris, amicorum et sociorum infidelitates, consceleratæ conspirationes, invidorum perfidiæ, obtrectatorum calumniæ, impositæ innocenti compedes. Omnino necesse homini erat laboribus tantæ molis ac tanto concursu Succumbere, nisi se ipse conscientià sustentasset pulcherrimi facti, quod nomini christiano gloriosum, atque infinitæ multitudini salutare perspiciebat fore. — Quod quidem factum ipsa temporis adjuncta mirifice illustrant. Siquidem Americam Columbus aperuit quo tempore prope erat ut magna in Ecclesiam procella incumberet. Quantum igitur ex rerum eventis divinæ providentiæ vias existimare homini licet, vere, singulari Dei consilio natus videtur ille Liguriæ ornamentum ad ea, quæ catholico nomini ab Europa impenderent, detrimenta sarcienda. |
Vocare Indorum genus ad instituta christiana, erat profecto Ecclesiæ munus atque opus. Quod illa munus statim a principio incohatum, insistere perpetuo caritatis tenore perrexit, itemque pergit, ad ultimam Patagoniam novissimo tempore progressa. Columbus tamen certus præcurrere ac munire vias Evangelio, penitusque hac in cogitatione defixus, omnem operam suam ad id retulit, nihil fere aggressus nisi religione duce, pietate comite. Res commemoramus vulgo compertas, sed ad mentem animumque viri declarandum insignes. Scilicet coactus a Lusitanis, a Genuensibus, infectà re, abire, cum in Hispaniam se contulisset, intra parietes religiosæ domus ad maturitatem alit meditatæ conquisitionis grande consililum, conscio ac suasore religioso viro, Francisci Assisiensis alumno. In Oceanum, circumacto septennio, denique egressurus, quæ ad expiandum animum pertinent, curat in procintu: cœli Reginam precatur ut | cœptis adsit cursumque dirigat : nec prius vela solvi, quam implorato numine Trinitatis augusiæ, imperat. Mox in altum provecius, sæviente mari, vociferante remige, tranquillam menlis constentiam tuetur, fretus Deo. Propositum hominis ipsa
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divine, une chose extraordinairement remarquable. Et à Colomb luimême, revenu pour la seconde fois, elle écrit que les dépenses faites par elle et celles qu’elle ferait encore pour les expéditions des Indes étaient excellemment placées, la propagation de la religion catholique devant en étre la conséquence.
D'ailleurs, où donc, en dehors d’un motif supérieur aux considérations humaines, aurait-il pu puiser la constance et la force d'âme nécessaires pour supporter tout ce qu'il fut obligé de porter et de souffrir jusqu’au bout? Contradiction de la part des sayants, rebutfades des princes, tempêtes de l'océan en fureur, veilles assidues qui, plus d’une fois, lui firent perdre l'usage de la vue. A quoi il faut joindre les combats contre les barbares, les infidélités de ses amis et de ses compagnons, les conspirations scélérates, les perfidies des envieux, les calomnies des détracteurs, les embüûches dressées à son innocence.
Il était inévitable que cet homme succombât sous le poids de travaux si énormes et sous des attaques si nombreuses, s’il ne s'était A soutenu lui-même par la conscience de la très belle entreprise,
dans le succès de laquelle il entrevoyait la gloire du nom chrétien et le salut d’infinies multitudes. Or, les circonstances mêmes du as . temps où elle avait lieu achèvent de glorifier merveilleusement cette . entreprise. En effet, Colomb découvrit l'Amérique à l’époque où une grande tempête allait bientôt s’abattre sur l'Eglise. Autant donc qu'il est permis à l’homme d'apprécier, par la marche des événements, les voies de la divine Providence, c’est vraiment par un dessein de Dieu que semble être né cet homme, gloire de la ie Ligurie, pour réparer les désastres qui seraient infligés par l'Europe AA , au nom catholique.
Appeler la race indienne à la religion chrétienne était assurément
la charge et l’œuvre de l'Eglise. Cette charge, assumée par elle dès
le commencement, elle a continué de l'exercer par un perpétuel effort de charité, et elle continue à le faire puisqu'elle s’est avancée, He en ces derniers temps, jusqu’à l’extrême Patagonie. Cependant,
Colomb, certain de préparer et d'assurer les voies à l'Evangile, et -profondément appliqué à cette pensée, y rapporta tout son labeur,
n'ayant pour but de ses entreprises que la religion, pour soutien
que la piété. Nous rappelons des choses connues de tous, mais qui He sont importantes pour manifester les intentions et l’âme du héros. mn ‘Car, contraint, par malheur, de quitter les Portugais et les Génois, au il se retire en Espagne, et là, entre les murs d'une maison reli- ‘gieuse, il médite müûrement le grand dessein de la recherche qu'il - s’est proposée, et cela de concert et sur les conseils d’un reli- . gieux, disciple de saint Francois d’Assise. Enfin, après sept ans, » sur le point de s’embarquer sur l'Océan, il a soin de faire tout ce qui doit purifier son âme; il prie la Reine du ciel de présider à son entreprise et de diriger sa course; il commande de ne pas - déployer les voiles avant qu’on ait invoqué la puissance de l’auguste ? - Trinité. Bientôt, poussé au large, la mer sévissant et le pilote vociférant, il garde constamment son âme tranquille, parce qu'il a mis
son appui en Dieu. Les nouveaux noms qu'il donne aux îles nou-
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loquuntur imposita insulis novis nova nomina : quas quidem ubi singulas attigit, Deum omnipotentem supplex adorat, neque possessionem earum, init, nisi 2x nomine Jesu Christi. Quibuscumque appulsus oris, non habet quicquam antiquius, quam ut Crucis sacrosanctæ simulacrum defigat in litore : divinumque Redemptoris nomen, quod toties aperto salo cecinerat ad sonitum murmurantium fluctuum, in novas insulas primus infert : eamque ob causam ad Hispaniolam ædificandi initium a molitione templi facit, popularesque celebritates a sanctissimis cærimoniis exorditur.
En igitur quo spectavit, quid egit D abus in regionibus
tanto maris terræque tractu indagandis, inaccessis ad eam diem
atque incultis, quarum tamen humanitas et nomen et opes celeri cursu in tantam amplitudinem, quantam videmus, postea crevere. Qua tota in re magnitudo facti, et vis varietasque beneficiorum, quæ inde consecuta sunt, grata quidem recordatione atque omni honoris significatione celebrari hominem jubent : sed primum omnium agnoscere ac venerari singulari ratione oportet æternæ mentis numen atque consilium, cui sciens paruit atque inservivit novi inventor orbis.
Quo igitur digne et convenienter veritati solemnia . Columbiana agantur, ad celebritatum civilium decus religionis adhibenda sanctitas est. Proptereaque sicut olim ad primum fact} muntium grates Deo immortali, providentissimo, publica actæ sunt præeunte Pontifice maximo : ita nunc in renovanda auspicatissimi eventus memoria idem arbitramur faciendum. Edicimus itaque ut die XII Octobris, aut proximo die Dominico, si Ordinarius loci ita expedire censuerit, in Ecclesiis Cathedralibus et Collegiatis ex Hispania, Italia, atque ex utraque America,
| post Officium diei, solemni ritu Missa celebretur de Sanctissima
Trinitate. Quod, præter nationes quæ supra memoratæ sunt, apud ceteras quoque confidimus fore ut idem, Episcopis auctoribus, peragatur : quod enim omnibus profuit, id convenit pie grateque ab omnibus celebrari.
Interim divinorum munerum auspicem et paternæ Nostræ benevolentiæ testem, vobis, Venerabiles Fratres, et Clero populoque vestro Apostolicam Benedictionem paramanter in Domino impertimus.
Datum Romæ apud S. Petrum, die XVI julii an. MDCCCXCOII, Pontificatus Nostri decimo quinto.
LEO PP. XIIT.
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velles indiquent eux-mêmes quel est son projet; a-t-il atteint Hd l’une d’elles? il adore en suppliant le Dieu tout-puissant, et il n’en #5 prend possession qu'au nom de Jésus-Christ. À quelque village ï qu'il aborde, il n’a rien de plus à cœur que de planter sur le bord ve l'image de la sainte croix; le premier, il prononce dans les îles Eu nouvelles le nom divin du Rédempteur, que, si souvent, il avait vu chanté à haute voix au son des flots en murmure, et c’est pour cela
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qu'ayant à bâtir Hispaniola, il commence par l'édification d’une “4 église et qu'il fait des cérémonies saintes le prélude des fêtes ca . populaires. | 8 k Tel fut donc le but, telle fut l’œuvre de Colomb, dans les contrées Et
si distantes de lui, par mer et par terre, et jusqu'alors inaccessibles - et incultes, mais dont la civilisation, la gloire et les richesses . ont acquis, depuis, si rapidement, le degré considérable d’accrois- * sement où nous les voyons aujourd’hui. Dans tout cela, la grandeur . de l’entreprise, l'importance et la variété des bienfaits qui en sont résultés, font un devoir de célébrer ce grand homme avec un sou- \ venir reconnaissant et tous les témoignages possibles d'honneur; : mais, avant tout, il faut reconnaître et révérer avec juste raison it l'influence et l'inspiration de la pensée éternelle, à laquelle l'inventeur du Nouveau Monde a obéi et servi en toute volonté. Afin donc que les fêtes de Christophe Colomb soient dignement
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célébrées et conformément à la vérité, il convient d'ajouter la sain- PE à teté de la religion à l'éclat des solennités civiles. Et c'est pourquoi, La de même que, autrefois, à la première nouvelle de l'événement, de KP
publiques actions de grâces furent rendues, sous la présidence du | Souverain Pontife, au Dieu immortel et à la divine Providence; Qu ainsi croyons-nous devoir faire encore, pour la commémoration de Me cet heureux événement. En conséquence, Nous avons décidé que le 12 octobre, ou le premier dimanche suivant, à la convenance de l'Ordinaire du lieu, dans toutes les églises cathédrales et collégiales d'Espagne, d'Italie et des deux Amériques, après l'office du jour, une messe solennelle de Sanctissima Trinitate serait célébrée. Et ï Nous espérons qu’en dehors des nations ci-dessus nommées, pareille chose aura lieu dans les autres, sur l'initiative des évêques; car il convient que ce qui a été utile à tous soit aussi célébré par tous pieusement et avec reconnaissance. | :
En attendant, comme gage des divines faveurs, et en témoignage de Notre paternelle bienveillance, Nous Vous donnons affectueusement dans le Seigneur, à Vous, Vénérables Frères, à Votre clergé et à tout Votre peuple, la Bénédiction Apostolique.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le XVI jour de juillet, de l'an MDCCCXCII, l'an quinzième de Notre Pontificat.