LETTRE DE NT ,S/0R LÉON XIII
AUX ÉVÉQUES BRÉSILIENS
A nos Vénérables Frères les Évéques du Brésil, R LÉON XIII PAPE Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique.
Au milieu des manifestations si nombreuses et de si grande piété que presque toutes les nations ont accomplies et continuent
d'accomplir chaque jour, pour Nous féliciter d’avoir atteint heureu-
sement le cinquantenaire de Notre sacerdoce, il en est une qui Nous à particulièrement touché et c’est celle qui Nous est venue du Brésil, où, à l'occasion de cet heureux événement, la liberté a été légalement rendue à un grand nombre de ceux qui, dans le vaste territoire de cet empire, gémissaient sous le joug de la servitude.
Cette œuvre, tout empreinte de miséricorde chrétienne et due au zèle d'hommes et de femmes charitables, agissant en cela de concert avec le clergé, a été offerte au divin auteur et dispensateur de tout bien, en témoignage de reconnaissance pour la faveur qui
Nous a été si bénignement accordée d'atteindre sain et sauf l’âge de Notre année jubilaire. NE
Cela nous a été particulièrement agréable et consolant, surtout parce que Nous en avons recu la confirmation de l'attente, si vivement chère, que les Brésiliens voudraient abolir désormais et extirper complètement la barbarie de l'esclavage. Cette volonté du
‘peuple a été secondée par le zèle éminent de l'empereur et de-son auguste fille, de même que par ceux qui dirigent la chose publique, au moyen des lois qui ont été rendues et sanctionnées à cet effet. La joie que Nous en avons éprouvée, Nous l’avons manifestée, au
mois de janvier dernier, à l’envoyé que l'’auguste empereur avait délégué auprès de Nous, en ajoutant même que Nous devions écrire à l’Episcopat au sujet des malheureux esclaves (1).
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Nos quidem ad omnes homines vice fungimur Christi, Filii Dei, qui humanum genus amore tanto complexus est, ut non modo non recusarit, natura nostra suscepla, versari nobiscum,, ; sed et nomen adamarit Filii hominis, palam testatus, se ad consuetudinem nosiram propterea accessisse « ut prædicaret « Captivis remissionem » (1), atque a pessima, quæ peccati est, servitute humano genere vindicato, « omnia quæ in cœlis et que
» in terra sunt in se instauraret » (2), itemque universam Adami
progeniem ex alla communis noxæ ruina in gradum pristimum dignitatis restitueret. Aptissime ad rem sanctus Gregorius Magnus : « Quum Redemptor noster totius conditor creaturæ, » ad-hoc propitiatus humanam voluerit carnem assumere, ut » divinitatis suæ gratia, dirupto, quo tenebamur captivi, vinculo » servitutis, pristinæ nos restitueret libertati, salubriter agitur, » si homines quos abinitio natura liberos protulit, et jus gentium » jugo substituit servitutis, in ea qua nati fuerant, manumit-
|» tentis beneficio, libertate reddantur (3). »
Addecet igilur, et est plane muneris Apostolici, ea omnia foveri a Nobis impenseque provehi, unde homines tum singuli : tum jure sociati habere queant præsidia ad multiplices miserias levandas, quæ, tamquam corruptæ arboris fructus, ex culpa primi parentis profluxere : ea quippe præsidia, quocumque in genere sunt, non modo ad cultum et humanitatem valde possunt, sed
etiam apte conducunt ad eam rerum ex integro renovationem,
quam Redemptor hominum Jesus Christus spectavit et voluit. Jamvero tot inter miserias, graviter deplorandum videtur de servitute, cui pars non exigua humanæ familiæ abhinc multis sæculis est obnoxia, in squalore jacens et sordibus, idque omnino contra quam a Deo et natura erat primitus institutum . Sic enim ille rerum conditor saummus decreverat, ut homo in bestiis et agrestibus et natantibus et volucribus regium quem-
dam dominatum teneret, non item ut in similes sui homines
dominaretur : « Rationalem factum, « ex Augustini sententia,
» ad imaginem Suam, noluit nisi irrationabilibus dominari : non
» hominem homini, sed hominem pecori (4). | Quo fit ut « conditio servitutis jure intelligatur imposita pec-
» catori. Proinde nusquam Scripturarum legimus servum, ante-
» quam hoc vocabulo Noë justus peccatum fillii vindicaret. » Nomen itaque istud culpa meruit, non natura (5). » :
Ex primi contagione peccati et cetera mala omnia et ista erupit monstruosa perversitas, ut homines fuerint, qui memoria fraternæ ab ONE conjunctionis rejecla, non Jan duce natura
(4) Is. LXI, 1: Luc, IV, 19. — (2) Ephes. I, 40. — (3) Lib. VI, ep. 12. pris (4) Gen. I, 96. (a) Gen. 1, 25, er CA XXE
ai N PLURIMIS , à MAI 1888 ANA
Nous tenons, en effet, auprès de tous les hommes la place du Christ, Fils de Dieu, qui a été tellement embrasé de l'amour du genre humain, que non seulement il n’a pas hésité, en prenant notre nature, à vivre au milieu de nous, mais qu'il a aussi aimé à
se donner le nom de Fils de l’homme, en attestant qu'il s'était mis
‘en rapportavec nous pour « annoncer aux captifs la délivrance (1) »,
et afin que, affranchissant le genre humain de la pire des servitudes, qui est celle du péché, «il renouvelât toutes choses en lui,
. et ce qui est au ciel, et ce qui est sur la terre (2) », et rétablit * ainsi dans sa dignité première toute la race d'Adam, précipitée - dans la ruine de la faute commune. Saint Grégoire-le-Grand a dit opportunément à ce sujet : « Puisque notre Rédempteur, auteur de toute créature, a voulu dans sa clémence revêtir la chair humaine, afin que, par là grâce de sa divinité, le lien de notre servitude étant brisé, il nous rendît l'antique liberté, c'est chose salutaire de rendre, par le bienfait de l'affranchissement à la liberté, dans laquelle ils sont nés, les hommes que la nature à fait libres dès l'abord et à laquelle le droit des gens a substitué le joug de la
servitude (3) ».
Il convient donc, et c’est bien le propre de notre ministère apostolique, de seconder et de favoriser puissamment tout ce qui peut assurer aux hommes, soit pris séparément, soit en société, les secours aptes à soulager leurs nombreuses misères, dérivées, comme le fruit d’un arbre gâté, de la faute des premiers parents, et ces secours, de quelque genre qu'ils soient, sont non seulement très efficaces pour la civilisation, mais ils conduisent aussi convenablement à cette rénovation intégrale de toutes choses, que Jésus- Christ, Rédempteur des hommes, s’est proposée et a voulue. Or, au milieu de tant de misères, il faut vivement déplorer celle de l'esclavage auquel une partie considérable de la famille humaine est assujettie depuis bien des siècles, gémissant ainsi dans la douleur de l’abjection, contrairement à ce que Dieu et la nature ont d’abord établi. ,
En effet, l’Auteur suprême de toutes choses avait décrété que l’homme eût à exercer cette domination royale snr les animaux des bois, des mers et des airs, et non que les hommes eussent à exercer cette domination sur leurs semblables : « Ayant créé l’homme » raisonnable à son image, dit saint Augustin, Dieu a voulu qu'il » ne füt le maître que des créatures dépourvues de raison; de telle » sorte que l’homme eût à dominer non pas les autres hommes,
» mais les animaux (4). » D'où il suit «que l’état de servitude se . » comprend avec raison comme imposé au pécheur. Aussi le nom __ » d’esclave n’a pas été employé par l'Ecriture avant que le juste ___» Noé eût puni par ce nom le péché de son fils. C’est donc la faute .» qui à mérité ce nom et non pas la nature (5).»
De la contagion du premier péché ont dérivé tous les maux et notamment cette perversité monstrueuse par laquelle il y a eu des hommes qui, perdant le souvenir de l'union fraternelle d’origine,
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. mutuam inter se benevolentiam mutuamque Hu A i
rent, sed cupiditatibus obedientes suis, homines alios infra se putare cœperint, et perinde habere ac nata jugo jumenta. Ho?
. modo, nulla ratione habita neque communis naturæ, neque digni- | di
tatis humanæ, neque divinæ expressæ similitudinis, consecutum est ut, per certationes et bella quæ deinde exarserunt, qui vi existerent superiores, 11 victos sibi subjicerent, atque ita multi-.
tudo ejusdem generis individua sensim in duas SA PO partes, ca
sub victoribus dominis victa mancipia.
Cuijus rei luctuosum quasi theatrum memoria priscorum tem porum explicat, ad tempora usque Domini servatoris, quum calamitas servitutis populos omnes late pervaserat, rariorque erat numerus ingenuorum, ut Cæsarem poeta ille atrociter dicen-. tem induxerit: « Humanum paucis vivit genus (1) ». Idque pu eas etiam nationes viguit, quæ omni Cultu expolitæ eminebant, apud Græcos, apud Romanos, quum paucorum dominatio esset in plurimos; eaque cum improbitate et superbia tanta exercebatur, ui servorum turbæ nihil supra censerentur quam bona, non personæ sed res, omnis expertes juris, ipsa adempta facultate | retinendæ fruendæque vitæ. « In potestate dominorum sunt servi, » quæ quidem potestas juris gentium est: nam apud omnes