DES CHRÉTIENS
A Nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevéques, Evéques et autres Ordinaires, en paix et en communion avec le Saint-Siège Apostolique. :
LÉON XIII PAPE Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique.
Retourner aux principes chrétiens et y conformer en tout la vie, les mœurs et les institutions des peuples, est une nécessité qui, de . jour en jour, devient plus évidente. Du mépris où ces règles sont. … tombées, sont résultés de si grands maux, que nul homme raison- . nable ne saurait soutenir, sans une douloureuse anxiété, les épreuves : du présent, ni envisager sans crainte les perspectives de l’avenir. - Ils’est fait, sans doute, un progrès considérable quant à ce qui regarde fes jouissances et Le bien-être du corps, mais la nature sen- sible tout entière, avec les ressources, les forces et les richesses qu'elle met à notre disposition, tout en multipliant les commodités . “et les charmes de la vie, ne suffit pas pour rassasier l'âme, créée à . des fins plus hautes et plus gloriéuses. Regarder vers Dieu et tendre à Lui, telle est la loi suprême de la vie del’'homme. Fait à son image età sa ressemblance, il est porté par sa nature même à jouir de son Créateur. Or, ce n’est par aucun mouvement ou effort corporel qu'on se rapproche de Dieu, mais par des actes propres à l'âme : par la connaissance et l'amour. Dieu, en effet, est la vérité première et … suprême, et la vérité n’est un aliment que pour l'intelligence. Il est
la sainteté parfaite et le souverain bien, vers lequel la seule volonté
Pr.
Pau
… peut aspirer et tendre efficacement à l’aide de la vertu. Mais ce qui est vrai de l’homme, considéré individuellement, l’est ussi de la société, tant domestique que civile. En effet, si la nature elle-même a institué la société, ce n’a pas été pour qu'elle it la fin dernière de l’homme, mais pour qu’il trouvât en elle et par Ile des secours qui le rendissent capable d'atteindre à sa perfection.
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moditates externas vitæque cultum cum elegantia et copia per- | sequatur, si Deum in administranda republica negligere, nec | leges curare morales consueverit, deterrime aberrat ab instituto suo et præscriplione naturæ, neque tam est ea societas hominum et communitas putanda, quam fallax imitatio simulatioque socie= tatis. — Jamvero ea, quæ diximus, animi bona, quæ in veræ religionis cultu constantique præceptorum christianorum custodia maxime reperiuntur, quotidie obscurari hominum oblivione aut fastidio cernimus, ita fere ut, quanto sunt earum rerum, incrementa Majora quæ Corpus altingunt, tanto earum, quæ ani-! mum, major videatur occasus. Imminutæ plurimumque debililatæ fidei christianæ magna significatio est in lis ipsis injuriis, quæ catholico nomini in luce atque in oculis hominum nimis sæpe inferuntur : quas quidem cultrix religionis ætas nullo pacto tulisset. — His de causis incredibile dictu est, quanta hominum multitudo in æternæ salutis discrimine versetur : sed civitates ipsæ atque imperia diu incolumia esse non possunt, quia laben- | tibus: institutis moribusque christianis, maxima societatis humanæ fundamenta ruere necesse est. Tranquillitati publicæ atque ordini tuendo sola vis relinquitur : vis autem valde est infirma, præsidio religionis detracto : eademque servituti pariendæ quam obedientiæ aptior, gerit in se ipsa magnarum perturbationum inclusa semina. Graves memoratu casus sæcu-. lum tulit : nec satis liquet num non sint pertimescendi pares.
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tionem sui apta reperiret. S1 qua igitur civitas nl Dreter com- l |
Itaque tempus ipsum monet remedia, unde oportet, quærere : ‘te videlicet christianam sentiendi agendique rationem in vita privata, in omnibus reipublicæ partibus, restituere : quod est unum ad pellenda mala, quæ premunt, ad prohibenda pericula, quæ impendent,aptissimum. In idnos, Venerabiles Fratres,incumbere opus est, id maxima qua possumus contentione industriaque 54 conari : ejusque rei causâ quamquam aliis locis, ut sese dedit opportunitas, similia tradidimus, utile tamen arbitramur ésse In his Litteris magis onucleate officia describere catholicorum : 4 quæ officia si accurate serventur, mirabiliter ad rerum communium salutem valent. Incidimus in vehementem eamque prope . quotidianam de rebus maximis dimicationem : in qua difficil- . Jimum est non decipi aliquando, non errare, non animo multos
succumbere. -Nostrum est, Venerabiles Fratres | admonere a quemque, docere, adhorteri convenienter tempori, ui viam verts. tatis nemo deserat.
f MT fs 2e > + Y sl rap AQU : A fe 31 h 1} “ : d 5 C SAPIENTIÆ CHRISTIAN », 10 ranvier 1890 265
Si donc une société poursuit autre ve que les aan ee exté-. rieurs et les biens qui assurent à la vie plus d’agréments et de jouissances; si elle fait profession de ne donner à Dieu aucune place dans l'administration de la chose publique et de ne tenir aucun compte des lois morales, elle s’écarte d’une façon très coupable de sa fin et des prescriptions de la nature. C’est moins une société. . qu'un simulacre et une imitation mensongère d'une véritable société … et communauté humaine. &
si Quant à ces biens de l’âme dont Nous parlons, et qui n'existent
. pas en dehors de la vraie religion et de la pratique persévérante des : … préceptes du christianisme, Nous les voyons chaque jour tenir moins de place parmi les hommes, soit à cause de l’oubli dans lequel ils les tiennent, soit par le mépris qu'ils en font. On pourrait presque dire que plus le bien-être physique est en progrès, plus s'accentue la décadence des biens de l'âme. Une preuve évidente de la diminution et du grand affaissement de la foi chrétienne, ce sont les . injures trop souvent répétées qu'on fait à la religion, en plein jour ) etaux yeux du public ; injures, en vérité, qu'un âge plus jaloux des . intérêts religieux n’eût tolérées à aucun prix.
Quelle multitude d'hommes se trouve, pour ces causes, exposée à la perdition éternelle, il serait impossible de le décrire ; mais les . sociétés elles-mêmes et les empires ne pourront rester longtemps sans en être ébranlés, car la ruine des institutions et des mœurs chrétiennes entraîne nécessairement celle des premières bases de la société humaine. La force demeure l'unique garantie de l’ordre et de la tranquillité publique. Mais rien n’est faible comme la force, quand elle ne s’appuie pas sur la religion. Plus propre dans ce cas à engendrer la servitude que l'obéissance, elle renferme en elle même les germes de grandes perturbations. Déjà le présent siècle a subi de graves et mémorables catastrophes, et il n’est pas démontré qu 11 n'y ait pas lieu d'en redouter de semblables. — Le . temps lui-même dans lequel nous vivons nous avertit donc de cher- . cher les remèdes là où ils se trouvent, c’est-à-dire de rétablir dans
la vie privée et dans toutes les parties de l'organisme social les principes et les pratiques du christianisme ; c’est l'unique moyenñ de
ous délivrer des maux qui nous accablent et de prévenir les dangers dont nous sommes menacés. Voilà, Vénérables Frères, à quoi on us devons nous appliquer avec tout le soin et tout le zèle dont . nous pouvons être sue ii
C'est pourquoi, bien qu’en d'autres D once et toutes les fois que l'occasion s'en est présentée, Nous avons déjà traité ces tières, Nous estimons utile d’exposèr avec plus de détails dans es Lettres les devoirs des chrétiens, devoirs dont l’ accomplissement xact contribuerait d'une manière admirable à sauver la société. us sommes engagés, sur des intérêts de premier ordre, dans une > violente et presque quotidienne, où il est très difficile qu'un … Grand nombre d'hommes ne soient pas trompés, ne s’égarent et ne se décourasent. Notre devoir, LRATAbIES Frèr és, est d'avertir, d’ins-
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Esse in usu vitæ plura ac majora catholicorum officia, quam eorum qui sint fidei catholicæ aut perperam compotes, au omnino expertes, dubitari non potest. Cum, parta jam hominum generi salute, Jesus Christus prædicare Evangelium Apostolos jussit omni creatüræ, hoc pariter officium hominibus universi imposuit, ut perdiscerent et crederent, quæ docerentur : cui | quidem officio sempiternæ salutis omnino est adeptio coniuncta.| Qui crediderit et baptizatus fuerit, salvus eriti qui vero non! . crediderit, condemnabitur (1). Sed christianam fidem homo, u debet, complexus, hoc ipso Ecclesiæ ut ex ea, natus subjicitur ejusque fit societatis maximæ sanctissimæque particeps, qua summa cum potestate regere, sub invisibili capite Christo Jesu, romani Pontificis proprium est munus. — Nunc vero si civi tatem, in qua editi susceptique in hac lucem sumus præcipue diligere tuerique jubemur lege naturæ usque eo, ut civis bonus vel mortem pro patria oppetere non dubitet, officium est chris- | tianorum longe majus simili modo esse in Ecclesiam semper : affectos. Est enim Ecclesia civitas sancta Dei viventis, Deo ipso naia eodemque auctore constituta : quæ perégrinatur quidem in | terris, Sed vocans homines et erudiens atque deducens ad sem- | piternam in cælis felicitatem. Adamanda igitur patria est, unde | vitæ mortalis usuram accepimus : sed necesse est caritate Eccle- | siam præsiare, cui vitam animæ debemus perpetuo mansuram : quia bona animi corporis bonis rectum est anteponere, multoque, quam erga homines, sunt erga Deum officia sanctiora.
Ceterum, vere si judicare volumus, supernaturalis amor . Ecclesiæ patriæque caritas naturalis, geminæ sunt ab eodem sempiterno principio profectæ caritates, cum ipse sit utriusque … auctor et causa Deus : ex quo consequitur, non posse alterum officium pugnare cum altero.: Utique utrumque possumus et debemus, diligere nosmetipsos, benevolentes esse cum proximis, amare rempublicam potestatemque quæ reipublicæ præsit : eodemque tempore Ecclesiam colere uti parentem, et maxima, qua fieri potest, caritate complecti Deum.— Nihilominus horum officiorum ordo, vel calamitate temporum vel iniquiore hominum voluntate, aliquando pervertitur. Nimirum incidunt causæ cum. aliud videtur a civibus respublica, aliud a christianis religio postulare : idque non alia sane de causa, quam quod rectores reipublicæ sacram Ecclesiæ potestatem aut nihil pensi habent, aut sibi volunt esse subjectam. Hinc et certamen existit, et peri= clitandæ virtuti in certamine locus. Urget enim potestas duplex : quibus contraria jte CHR simul utrisque non
{1) Marc, XVI, 16.
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On ne saurait mettre en doute que, ‘dans la pratique de la vie, des | devoirs plus nombreux et plus graves ne soient imposés aux catho- | liques qu'aux hommes mal instruits de notre foi, ou totalement étrangers à ses enseignements. Après avoir opéré le salut du genre | humain, Jésus- Christ, commandant à ses Apôtres de prêcher l'Evan- ‘gile à toute créature, imposa en même temps à tous les hommes . l'obligation d'écouter et de croire ce qui leur serait enseigné. A | l'accomplissement de ce devoir est rigoureusement attachée la con- Aquere du salut éternel. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé; celui qui ne croira pas sera condamné (1). Maïs l'homme qui a, comme il le doit, embrassé la foi chrétienne est, par ce fait même, soumis à l'Eglise, sa Mère, et devient membre de la société la plus haute etla plus sainte, que, sous Jésus-Christ son chef invisible, le Pon-, tife de Rome, avec une pleine autorité, à la mission de gouverner.
Or, si la loi naturelle nous ordonne d'aimer d’un amour de prédi- lection et de dévouement le pays où nous sommes nés et où nous avons été élevés, jusque-là que le bon citoyen ne craint pas d'affronter la mort pour sa patrie, à plus forte raison les chrétiens doivent-ils être animés de pareils sentiments à l'égard de l'Eglise. Car elle est la Cité sainte du Dieu vivant et la fille de Dieu lui-même, de qui elle a recu sa constitution. C’est sur cette terre, il est vrai, qu’elle accomplit son pèlerinage ; mais, établie institutrice et guide des hommes, elle les appelle à la félicité éternelle. Il faut donc aimer la patrie terrestre, qui nous a donné de jouir de cette vie mortelle; mais il est nécessaire d'aimer d’un amour plus ardent l'Eglise, à qui nous sommes redevables de la vie immortelle de l'âme, parce qu'il est raisonnable de préférer les biens de l’âme aux biens du corps, et que les devoirs envers Dieu ont un caractère plus sacré que les devoirs envers les hommes.
Au reste, si nous voulons juger de ces choses sainement, nous 4 . comprendrons que l'amour surnaturel de l'Eglise et l'amour naturel de la patrie procèdent du même éternel principe. Tous les deux ont Diheurour auteur et pour cause première ; d’où il suit qu'il ne saurait y avoir entre les devoirs qu'ils imposent de répugnance ou de contradiction. Oui, en vérité, nous pouvons et nous devons, d’une
it
la chose publique et le pouvoir qui la gouverne; d'autre part, et en même temps, nous pouvons et nous devons avoir pour l'Eglise un culte de piété filiale et aimer Dieu du plus grand amour dont nous c. Dsne être capables. RAC
- Cependant, la hiérarchie de ces devoirs se trouve quelquefois lement bouleversée, soit par le malheur des temps, soit plus encore par la volonté perverse des hommes. Il arrive, en effet, que parfois les exigences de l'Etat envers le citoyen contredisent celles - de la religion à l'égard du chrétien, et ces conflits viennent de ce que les chefs politiques tiennent pour nulle la puissance sacrée de ÿ l'Eglise, ou bien affectent la prétention de se l’assujettir. De là, des luttes et, pour la vertu, des occasions de faire preuve de valeur. Deux pouvoirs sont en présence, donnant des ordres contraires. À RE de leur obéir à tous les deux simultanément : Nul ne
part, nous aimer nous- mêmes, ‘être bons pour notre prochain, aimer
268 | ENCYCLIQUE DE S. S. LÉON XII potest : Vemo potest duobus Dominis servire (1), ïta ut omnino, | si mos geritur alteri, alterum posthaberi necesse sit. Uler vero. sit anteponendus, dubitare nemo debet. — Videlicet scelus est ab obsequio Dei, satisfaciendi hominibus causâ, discedere : nefas Jesu Christi leges, ut pareatur magistratibus, ln 1 aut, per speciem civilis conservandi j juris, jura Ecclesiæ migrare. Obedire oportet Deo magis quam hominibus (2). Quodque oh) magisiratibus non honesta imperantibus Petrus ceterique Apos-
toli respondere consueverunt, idem semper est in causa simili} sine hæsitatione respondendum. Nemo civis pace bellove melior, quem christianus sui memor officii : sed perpeti omnia potius, et ipsam malle mortem debet, quam Dei Ecclesiæve causam! deserere. — Quapropter non habent vim naturamque legum probe perspectam, qui istam in dilectu officii constantiam reprehendunt, et ad seditionem aiunt pertinere. Vulgo cogni ita et a Nobis ipsis aliquoties explicata loquimur. Non est lex, nisi jussio rectæ rationis a potestate legitima in bonum commune perlata. Sed vera ac legitima potestas nulla est, nisi a Deo Summo principe dominoque omnium proficistatur, qui mandare homini in homines imperium solus ipse potest : neque est recta ratio putanda, quæ cum veritate dissensiat et ratione divina : neque verum bonum, quod summo atque incommutabili bono repugnet, vel a caritate Dei torqueat hominum atque abducat voluntates.
Sanctum igitur christianis est publicæ potestatis nomen, nt qua divinæ majestatis speciem et imaginem quamdam Cum etiam agnoscunt, cum geritur ab indigno : justa et debita ss
verecundia, non propter Vin et minas, sed propter conscientiam … À officii : non enim dedit nobis Deus spiritum timoris (3). Verum . si reipublicæ leges aperte discrepent cum jure divino, si quam Ecclesiæ imponant injuriam, aut iis, quæ sunt de religione, officiis contradicant, vel auctoritatem ‘Jesu Christi in pont | maximo violent, tum vero resistere officium est, parere scelus :. : idque cum ipsius reipublicæ injuria conjunctum, quia Re in rempublicam quidquid in religione delinquitur. — Rursus …
autem apparet quam sit illa seditionis injusta criminatio : non.
enim abjicitur principi legumque latoribus obedientia debita :
sed ab eorum voluntate in ïis dumtaxat præceptis disceditur, | quorum ferendorum nulla potestas est, quia cum Dei injura … feruntur, ideoque vacant justitia, et quidvis potius sunt quam. leges. — Nostis, Venerabiles Fratres, hanc esse ipsissimam beati Pauli Apostoli doctrinam : qui cum scripsisset ad Titum, : monendos christianos pr incipibus et ponte PAS esse |
1) Matth. VI, 24 — 9) Act. V, 29. -— (3) II Timoth. I, 7.
« SAPIENTLE CHRISTIANE 40: JANVIER 1890 269
ea servir deux maîtres (1 ii Plaire à l'un, c’est mépriser l'autre. Auquel accordera-t-on la préférence? L'hésitation n'est pas permise. Ë Ce serait un crime, en effet, de vouloir se soustraire à l'obéissance . due à Dieu pour plaire aux hommes, d'enfreindre les lois de Jésus- Christ pour obéir aux magistrats, ‘de méconnaître les droits de E MReltee sous prétexte de respecter les droits de l'ordre civil. I vaut | mieux obéir à Dieu qu'aux hommes (2). Cette réponse, que faisaient … autrefois Pierre etles Apôtres aux magistrats qui leur commandaient » des choses illicites, il faut, en pareille circonstance, la redire toujours et sans hésiter. Il n est pas de meilleur citoyen, soit en paix, soit en guerre, que le chrétien fidèle à son devoir; mais ce chrétien doit être prêt à tout souffrir, même la mort, plutôt que de déserter u cause de Dieu et de l'Eglise.
Aussi, c’est ne pas bien connaître la force et la nature des lois que ; de blâämer cette fermeté d’attitude dans le choix entre des devoirs . contradictoires et de la traiter de sédition. Nous parlons ici de * choses très connues et que Nous avons Nous-même déjà plusieurs … fois exposées. La loi n’est pas autre chose qu’un commandement » de la droite raison porté par la puissance légitime, en vue du bien général. Mais ïl n’y a de vraie et légitime puissance que celle qui émane de Dieu, souverain Seigneur et Maître de toutes choses, lequel seul peut investir l'homme d'une autorité de commandement sur les autres hommes. On ne saurait donner le nom de droite raison à celle qui est en désaccord avec la vérité et avec la raison divine; ni non plus appeler bien véritable celui qui est en contradiction avec le bien suprême et immuable, et qu détourne et éloigne de Dieu les volontés humaines.
Les chrétiens entourent donc d’un respect religieux la notion di pouvoir, dans lequel, même quand il réside dans un mandataire indigne, ils voient un reflet et comme une image de la divine Majesté. Ils se croient tenus de respecter les lois, non pas à cause de la sanction pénale dont elles menacent les coupables, mais arce que c’est pour eux un devoir de conscience, car Dieu ne nous a pas donné l'esprit de crainte (3). Mais, si les lois de l'Etat sont en. ontradiction ouverte avec la loi divine, si elles renferment des ispositions -préjudiciables à l'Eglise, ou des prescriptions contraires ‘aux devoirs imposés par la religion : si elles violent dans le Pontife Suprême l'autorité de Jésus-Christ, dans tous ces cas il y a obligation de résister, et obéir serait un crime dont les conséquences
etomberaient sur l'Etat lui-même. Car l'Etat subit le contre-coup de toute offense faite à la religion. — On voit ici combien est injuste 48£ reproche de sédition formulé contre les chrétiens. En effet, ilsne refusent ni au prince, ni aux législateurs l'obéissance qui leur est due ; ou, s'ils dénient cette. obéissance, c'est uniquement au sujet de préceptes destitués d'autorité, parce qu'ils sont portés contre nneur dû à Dieu, par conséquent en dehors de la justice, et 3 Lie trien de commun avec de és lois.
dicto obedire, illud statim adjungit, ad omne opus bonum paratos esse (1) : quo palam fieret, si leges hominum contra sempiternam | legem Dei quicquam statuant, rectum esse non parere. Similique | . ratione princeps. Apostolorum iis, qui libertatem predicandi |. Evangilii sibi vellent eripere, forti atque excelso animo respondebat, si justum est in conspectu Dei, vos potius audire, quam Deum, Judicate : non enim possumus quæ vidimus et audivimus non loqui (2). | 2
Ambas itaque patrias unumquemque diligere, A naturæ, alteram civitatis cælestis, ita tamen ut hujus quam illius habeatur caritas antiquior, nec unquam Dei juribus jura humana anteponantur, maximum est christianorum officium, itemque velut fons quidam, unde alia officia nascuntur. Sane liberator generis humani de se ipse £go, inquit, in hoc natus sum et ad hoc veni in mundum, ut testimonium perhibeam veritati (3). Similiter, ignem vent mitiere 1n terram, et quid volo, nisi ut accendatur (4 )? In hujus cognitione veritatis, quæ mentis est summa perfectio, in caritate divina, quæ perficit pari modo voluntatem, omnis christianorum est vita ac libertas posita. Qua- - rum rerum, veritatis scilicet et caritatis, nobilissimum patrimonium, sibi a Jesu Christo commendatum, perpetuo studio vigilantiaque conservat ac tuetur Ecclesia.
Sed quam acre adversus Ecclesiam bellum deflagraverit quamque multiplex, vix attinet hoc loco dicere. Quod enim rationt : contingit complures res occultas et a natura involutas scientiæ pervestigatione reperire, easque in vitæ usus apte convertere, tantos sibi spiritus sumpsere homines, ut jam se putent numen posse imperiumque divinum a communi vita depellere.
Quo errore decepti, transferunt in naturam humanam ereptum Deo principatum : à natura petendum omnis veri princi- . pium et normam prædicant : ab ea manare, ad eamque esse. cuncta religionis officia referenda. Quocirca nihil esse divinitus traditum : non disciplinæ morum christianæ, non Ecclesiæ parendum : nullam huic esse legum ferandarum potestatem, nulla jura; imo nec ullum Ecclesiæ dari in reipublicæ ïinstitutis locum oportere. Expetunt vero atque omni ope contendunt. capessere res publicas et ad gubernacula sedere civitatum, quo sibi facilius liceat ad has docirinas dirigere leges moresque fingere populorum. Ita passim catholicum nomen vel aperte petitur vel occulte oppugnatur : magnâque cuilibet errorum per- 4 versitati nermissàâ licentià, multis sæpe vinculis publica verilatis 1 christianæ professio consiringitur. à 5
His igitur tam iniquis rebus, primum omnium M se
(4) Tit, D, I, 7. — (2) Act. IV, 19, 20. —(3) Jo. XVII, 37: ra Due, XII, 49 ;
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+ aux chrétiens qu'ils doivent étre soumis aux princes el puissances, el obéir à leurs commandements, il ajoute aussitôt : et étre prét à faire toules sortes de bonnes œuvres (1). Par là il déclare ouvertement que, si les lois des hommes renferment des prescriptions contraires à
à ceux qui voulaient lui enlever la liberté de prêcher l'Evangile, le Prince des Apôtres faisait cette courageuse et sublime réponse : Jugez vous-mêmes s'il est juste devant Dieu de vous obéir plutôt qu’à
entendu (2 }
Aimer les deux patries, celle de la tôvre et celle du ciel, mais de im facon que l'amour de la patrie céleste l'emporte sur l'amour de la première et que jamais les lois humaines ne passent avant la loi de Dieu, telest donc le devoir essentiel des chrétiens, d’où sortent, comme de leur source, tous les autres devoirs. Le Rédempteur du genre humain n’a-t-il pas dit de lui-même : Je suis né et je suis venu au monde afin de rendre témoignage à la vérité (3); et encore : Je suis venu apporter le feu sur la terre, et queveux-je, sinon qu’il s allume ! ? (4) C’est dans la connaissance de cette vérité, qui est la suprême perfection de l'intelligence ; c'est dans la charité divine, qui perfectionne la volonté, que résident toute la vie et la liberté chrétienne. Cette vérité et cette charité forment le glorieux patrimoine confié - par Jésus-Christ à l’Église, qui le défend et le conserve avec un zèle et une vigilance infatigables.
Mais avec quel acharnement et de combien de façons on fait la guerre à l'Eglise, il est à peine nécessaire de le rappeler. De ce qu'il a été donné à la raison, armée des investigations de la science,
L- cachés et de les faire servir aux divers usages de la vie, les hommes en sont venus à ce degré d'orgueil qu'ils croient pouvoir bannir de da vie sociale l’autorité et l'empire du Dieu suprême.
Egarés par leur erreur, ils transfèrent à la nature humaine cet “A empire dont ils prétendent dépouiller Dieu. D’après eux, c’est à la » mature qu'il faut demander le principe et la règle de toute vérité ;
tous les devoirs de religion découlent de l'ordre naturel et doivent lui être rapportés; par conséquent, négation de toute vérité révélée,
D ton de la morale chrétienne et de l'Eglise. Celle-ci, à les … entendre, n’est investie ni de la puissance d’édicter des lois, ni même d'un droit quelconque ; elle ne doit tenir aucune place dans les ins-
à de telles doctrines et en faire la norme des mœurs publiques, ils ne négligent rien pour s'emparer de la direction des affaires et
coup de contrées, le catholicisme est, ou bien ouvertement battu en rèche ou secrètement attaqué. Les erreurs les plus pernicieuses sont assurées de l'impunité, et-de nombreuses entraves sont apportées
MS
à à a Don se de la vérité chrétienne.
l'éternelle loi de Dieu, la justice consiste à ne pas obéir. De même,
: Dieu; car nous ne pouvons pas ne pas dire ce que nous avons vu el.
d’arracher à, la nature un ‘grand nombre de ses secrets les plus
£ titutions civiles. Afin de pouvoir plus commodément adapter les lois .
mettre la main sur le gouvernail des Etats. C’est ainsi qu’en beau-
Te ENCYGLIQUE DE S. S. LÉON XI quisque debet, vehementerque curare, ut alte comprehensat. animo fidem intenta custodia tueatur, cavendo pericula, nomi- + natimque contra varias sophismatam fallacias semper armatus, : Ad cujus incolumitatem virtutis illud etiam perutile, et magno=. 1 pere consentaneum temporibus judicamus, studium diligens, dti est facultas et captus singulorum, in christiana doctrina ponere, earumque rerum, quæ religionem continent, quasque assequi … ratione licet, majore qua potest notitia mentem imbuere. Cumque fidem non modo vigere in animis incorruptam, sed assiduis. \ etiam incrementis opporteat augescere, iteranda persæpe ad. Deum est Hi atque humilis Apostolorum flagitatio, adauges nobs fidem (1). #
Verum in hoc eodem genere, quod fidem christianam attingit, à alia sunt officia, quæ observari accuraie religioseque si salutis semper interfuit, hac tempestate nostra interest maxime. — Nimirum in hac, quam diximus tanta ac tam late fusa opinionum insania, profecto patrocinium suscipere veritatis, erroresque ex animis evellere, Ecclesiæ munus est, idque omni tempore sancteque servandum, quia honor Dei, ac salus hominum in ejus sunt tutela. At vero, cum necessitas ‘cogit, incolumitatem fidei tueri non ii solum debent qui præsunt, sed quilibet tenetur fidem suam alüs propalare, vel ad instructionem aliorum fidelium sive confirmationem, vel ad reprimendum infidelium insultationem (2). Cedere hosti, vel vocem premere, cum tantus undique opprimendæ veritati tollitur clamor, aut inertis hominis est, aut de iis, quæ profitetur, utrum vera sint, dubitantis. Utrumque lurpe, atque injuriosum Deo : utrumque cum singulorum tum communi saluti repugnans : solis fidei inimicis fructuosum, quia valde auget remissior proborum opera audaciam improborum. “ Eoque magis christianorum vituperanda segnities, quia falsa crimina dilui, opinionesque pravæ confutari levi negolio, UE plurimum, possunt : majore aliquo cum labore semper possunt. Ad extremum, nemo unus prohibetur eam adhibere ac præ se ferre fortitudinem, quæ propria est christianorum : qua ipsa non raro animi adversariorum et consilia franguntur. Sunt præterea christiani ad dimicationem nati cujus quo major est vis, eo certior, Deo opitulante victoria. Confidite : ego vicr L mundum (3). Neque est quod opponat quisquam, Ecclesiæ … conservatorem ac vindicem Jesum Christum nequaquam. opera. hominum indigere. Non enim inopia virium, sed magnitudine bonitatis vult ille ut aliquid a uobis conferatur operæ ad salutis, Ê quam 1pse peperit, obtinendos ADS ERA qUS ructs.
(1) Lue, XVI,5.— (2) S, Thom. II-II, Quæst.ur, art. 1, ad 2.—(3 do. XVI, ER 4