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séance solennelle, et en présence des magistrats et des notables de la ville, M. de Malouet, intendant de la marine royale à Toulon , en fit la remise à la Compagnie ; ce fut, pour celle-ci , l’un de ses plus beaux jours de gloire, et l’enthousiasme qu’elle mit à le célébrer, annoncei'a' toujours qu’elle fut réellement pénétrée de reconnaissance de cette honorable distinction.
En la recevant, l’Académie ne pouvait oublier (pie les descendants des Phocéens ne s’étaient illusliés, dans le temps de leur république, que par des découvertes utiles; et qu’ils n’avaient obtenu du succès que par la culture des sciences et des arts, dont l’heureuse application fait la prospérité des Etats. Vous le savez, Monsieur, les travaux des compagnies savantes, comme ceux des individus, doivent être considérés comme de vains efforts, ou de simples objets de curiosité, s’ds ne sont avantageux à la société. Dans le siècle où nous vivons, les Académies ne peuvent obtenir une sorte d’avantage, sur les individus isolément pris, <jue par la raison qu’elles forment, pour ainsi dire, une association de travaux entrepris en commun pour l’utilité de tous, et dans faccomplissement desquels il règne une-sorte de sodé l’enriehir d’un très grand nombre de belles observations astronomiques.
Il est assez curieux qu’on ait toujours pris peur le portrait du P. Feuillée celui du P. Plumier, qui se trouve dans la grande salle do l’Observatoire; mais il l’est beaucoup davantage, qu’en parlant de ce savant, M. Milhn , dans son voyage, tom. III, pag. '269, on ait voulu faire un jésuite.
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üdarité paniii les nieuibres qui les composent-; la société ne doit donc tenir aucun compte des travaux qui ne lui sont pas profitables , et les contemporains même savent faire justice des prétentions déplacées, quel que soit le mérite ou le crédit des personnages qui ne craignent pas de les manifester. Le souvenir des grandes actions, des établissements utiles, la mémoire des princes chers à la nation , des hommes qui la servent avec gloire, ou qui l’illustrent par leurs talents, échappent aux outrages du temps : le reste s’oublie ; car tout s’efface, tout disparaît , et les cités et les empires et ceux qui les ont remplis de leur stérile éclat.
L’Académie de cette ville semblait , à l’époque dont nous parlons, recouvrer les débris de son riche héritage; et marchant, pour ainsi dire, sur le tombeau de Pythéas, d’Euthymène et de tant d’autres hommes célèbres , elle se sentit sincèrement éprise du désir de rappeler les sciences et les arts dans leur antique patrie.
Les Villars avaient marqué la place où siégeaient nos aïeux , et l’on vit bientôt des hommes dignes de l’occuper. C’est chez les navigateurs. Monsieur, c’est dans les ateliers du commerce que l’industrie appelle réellement toutes les recherches solides des savants, tontes les ressources du génie; l’artisan grossier, l’infatigable matelot et cette foule empressée qui transporte et répand les richesses du spéculateur, ne sont, (•(»mmc les fruits de la terre, rpie la matièie première
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du coiiiinerce; ce sont les hommes précieux et ignorés de la multitude, qui, dans le silence et la méditation , ont tracé les routes, creusé les canaux , soulevé les fardeaux, mesuré l’espace qu’elle doit parcourir, sur les différents points du globe : ils ont dirigé leurs travaux , créé les métiers , inventé les machines , réglé les mouvements de la masse et des individus.
Combien , sous ces rapports, Marseille dut toujours être chère à ses habitans! Combien ils doivent être fiers de leur patrie! Riche, éclairée , florissante, lors- (}ue le reste de la Gaule était encore barbare. Plus de vingt siècles se sont écoulés depuis que ses murailles subsistent , depuis que son port offre un asile commode et sûr aux vaisseaux de toutes les nations (1). Or, de combien de savants utiles, de philosophes, d’orateurs célèbres, d’artistes distingués , de hardis navigateurs, de spéculateurs habiles , ne dût - elle pas être embellie , pour que Carthage fût jalouse de son commerce , Athènes de son urbanité, Rome de son savoir.
Ce fut donc par la culture des sciences que cette colonie grecque prit cet ascendant qui lui acquit tant de splendeur; et son Académie, dans ces temps modernes , devait saisir avec empressement une si brillante occasion d’intéresser la politique au progrès des arts , et de lier le gouvernement à la cause des sa-
(1) Discours d’inauguration de l’Observaloirc , par M. -de Malouel. Flegisf. de l’Acad. cit.
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vants : elle vit, avec une grande satisfaction, qu’elle appartenait désormais à l’État, et qu’elle pouvait concourir à sa gloire en perfectionnant les sciences qui subjuguèrent tant de peuples ignorants; car il est certain que les empires ne pourraient subsister sans le secours des arts , et que ceux-ci ne sauraient se maintenir, sans la connaissance, des principes qui en démontrent le mécanisme et l’utilité; comme il l’est aussi , que la navigation n’est rien sans l’astronomie , et que les moyens qui conduisent à l’étude de celle-ci, sont les mêmes que ceux qui donnent naissance aux arts accessoires ou nécessaires à celle-là; mais que tous ces produits des intelligences ne peuvent réellement se développer sans la, protection des gouvernements.
Ces louables motifs engagèrent l’Académie a redoubler de zèle et d’efforts, pour prouver quelle était digne de la confiance dont elle venait d’être investie, elle se hâta de fixer le mode de ses rapports avec le ministère de la marine, et dès ce moment, ses membres s’engagèrent à recueillir leurs observations sur les objets relatifs à la science, dont l’étude devenait pour eux un devoir. Tous les plans de l’Observatoire, tous les instruments dont il était muni, furent mis à sa'disposition : le directeur de cet établissement fut regardé comme son correspondant, pour ce, qui concernait l’astronomie. Elle tint ses séances à l’observatoire : le dii'ecteur, l’adjoint et le secrétaire de la
classe y furent logés. On y forma bientôt un cabinet de physique et de chimie, une bibliothèque choisie; et des registres furent ouverts pour y consigner les faits ({ui pourraient intéresser les sciences en général et Tastronomie en particulier.
M. de Saint-Jacques était Tâme de ces nobles résolutions; on sut apprécier son mérite, et la compagnie suivit constamment l’élan qu’il sut lui communiquer. La première séance de chaque mois fut consaciée aux rap[X)rts astronomiques et à ceux des sciences exactes et naturelles; tous les trois mois , un résumé méthodique des faits les plus importants était olfei t à la Compagnie , dont le secrétaire perpétuel rédigeait un compte-rendu fort détaillé , à la fin de chaque année , pour être transmis au gouvernement. Depuis cette époque, les directeurs de f Observatoire ont tous appartenu à l’Académie; ils n’ont été pourvus de cet emploi qu’en leur qualité de membres de ce corps, qui les présentait comme candidats; et tous se sont empressés de lui faire part des travaux qui faisaient essentiellement partie de leurs études.
Voyez cette grande salle et les tours qui la couronnent; en 1781, elles tombaient en ruines; la ville ne s’occupait nullement de leur entretien , et l’édifice de l’Observatoire s’écroulait sous son poids; mais à peine l’Académieen prit-elle possession, (ju’il fut sauvé de la
chute dont il était menacé
il fut mis dans l’état où
LETTRE VINGT-DKLXIÈME.
VOUS le voyez; c’est à sa vive sollicitude, à son amour pour les sciences que nous sommes redevables de ce bienfait (1). Ces bustes sont ceux de Galilée , de Gassendi et de Peyresc : voilà le portrait du P. Plumier, sur lequel tant de voyageurs se sont trompés : ce domaine leur appartient , puissent-ils y recevoir le culte qui leur est dû '.puisse le souvenir de leurs travaux, inspirer aux savants qui fréquentent leurs images le . désir de les imiter. Les portraits de Saunderson, de Flamsted , de Cook , de Jérôme Lalande , de Newton , de Dalembeft, de Diderot, ont jadis embelli ces lieux (2) : ils n’y sont plus; ces murs semblent les regrettei’.
L’Académie conserva la direction de l'Observatoire
jusqu’au moment de la destruction de tous les établis-
sements littéraires et scientifiques du royaume ; elle ne put échapper elle-même à cette fatale loi. L’Observatoire dépendit successivement du Conseil exécutif, du Directoire, et en 1 804, il fut mis sous la dépendance du Ministère de l'intérieur. Il fallait un bouleversement général dans toutes les institutions utiles, pour priver l’Académie d’une propriété qu’on ne pouvait lui contester. Aujourd’hui, c’est au Bureau des longitudes (jue le directeur rend compte de ses observations astronomiques. Mais je ne terminerai point ce récit sans ajouter, qu’en perdant ses droits sur cet établissement,
(1) Registre de l’Acad. de Mars., aiin., 178] et 1782.
(2) Millin , voyag. cit., loin. 111, pag. 269.
LKTTKE VLNGT-DEUXIÈME.
l’Académie se félicite d’y voir présider un de ses membi es qui , par ses talents , ses mœurs douces et l’amabilité de son caractère , ne lui fait éprouver que le regret de n’voir pu le désigner elle-même au gouvernement. Mais la nuit appelle, dans cette pièce , M. le directeur : laissons-lui le champ libre; c’est l’heure de son travail, et celle de notre repos.
LETTRE VINGT-TROISIÈME
Monsieur ,
L’ ASPECT de la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, le 30 juillet dernier, m’a glacé d’effroi; le tracé noir qui l’entoure, fortuitement entrevu sous l’enveloppe, a rendu, tout-à-coup, ma main indécise et tremblante, et je n’ai pu me rendre maître de mon émotion.
La perte que vous venez de faire, Monsieur, me paraît immeuse, et peut être, au-dessus de vos forces : elle fera le destin de votre vie. Ainsi, tout s'est précipitamment évanoui dans ce néant d’où rien ne reparaît sur la terre; esprit, grâce, beauté, vous avez fui devant cette âme vertueuse dont vous embellissiez l’existence ; et ces liens si doux et de si peu de durée, sont à jamais brisés, pour ne laisser que d’amers souvenirs. Non, il n’est pas de mortels heureux icibas , un faible rayon d’espérance sème de quelques Heurs la route de la vie, mais les roses se fanent à l’instant, et gardent pour nous des épines (jui ne jieuvenl
LETTKE YINGÏ-TUOISIÈMK. 4 () 1
S émousser, quel est donc ce souffle léger de bonheur (jui s’envole en naissant?
Vous puiserez, j’en ai la certitude, dans vos croyances religieuses les consolations dont vous ôtes digne ; la haute raison qui vous distingue vous convaincra, sans peine, qu’elles sont plus puissantes que les nébuleuses promesses de la philosophie du siècle. Les hommes, Monsieur, ne consolent pas.
Je suspends, dès ce jour, l’envoi de mes lettres; mais je m’engage à vous en adresser la suite, dès ([ue le calme sera rentré dans votre âme et que j’aurai la certitude qu’elles peuvent encore vous être agréable.
Je suis, Monsieur, etc..