RUE GARANCIÈRE
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Lorsque, en 1870, après trois ans de séjour à Constantinople, où j’avais rempli pendant quatorze mois les fonctions de chargé d’affaires de France, je publiais les Lettres du Bosphore , je consacrais les dernières pages de ce livre à la ville d’Athènes, que j’avais visitée au retour.
Appelé en 1880 au poste de ministre plénipotentiaire en Grèce, j’ai passé six ans au pied de l’Acropole. J’y ai vécu dans l’hospitalité des ruines augustes et des sympathies contemporaines. J’y ai rencontré à la fois l’amitié des Hellènes et la familiarité des marbres. C’est pourquoi, toujours fidèle à mes amis de Constantinople et aux paysages du Bosphore, j’ai voulu rappeler dans un second ouvrage les émotions ineffaçables que m’ont laissées les merveilles de la Grèce antique, le souvenir que je garderai toujours aux Hellènes d’aujourd’hui.
De là ces Lettres athéniennes où j’ai résumé le résultat de mon étude assidue, et pour ainsi dire de tous les jours. Je ne suis qu’un médiocre archéologue, et ce livre n’a rien de commun avec la politique : j’ai essayé seulement de représenter ce que j’ai vu et ce que j’ai aimé. Je ne dédaigne pas assurément ce qu’il faut admirer ailleurs, et, transplanté aujourd’hui à Rome, je sais comprendre les grandioses magnificences du Colisée et du Vatican. Mais je reste persuadé que l’art grec est supérieur à la pensée la plus haute de toute autre civilisation : nulle part, à mes yeux, la beauté même, qui ne dépend ni des époques transitoires, ni des passions qui se modifient, n’est apparue avec cette splendeur souveraine.
Quoi qu’en disent les réalistes modernes, l’idéal grec est pour moi le point culminant qu’ait atteint l’humanité. Il est la conception simple et nécessaire, la lumière qui doit éclairer tout homme venant en ce monde. On peut faire autre chose, l’art est libre, et chaque siècle a ses inspirations légitimes ; mais il faut d’abord comprendre la Grèce. Celui qui l’ignore peut avoir du talent, du génie même : il lui manquera toujours le rayon sacré.
C’est sur le sol attique qu’on se pénètre de cette clarté. Au Vatican, au Louvre, dans tous les musées du monde, on en voit le reflet, et, encore, souvent à
faux. Le plein soleil ne brille que sur l’Acropole d’Athènes.
J’ai écrit ce livre dans cette pensée, et je ne l’offre qu’à ceux qui ont le sentiment de la perfection et l’amour de l’idéal.
Rome. Palais Farnèse, avril 1887.