‹ Lettres athéniennesChapitre 22 sur 22 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

les broussailles; au pied des carrières de Paros, d’où sont sorties tant de statues; à Milo, qui nous a donné sa Vénus; à Santorin, bâtie comme par des fées sur sa falaise noire en face de son étrange volcan ; puis, passant dans une autre mer, j’eusse visité avec eux les montagnes de Céphalonie, les champs fertiles de Zante, Corfou, File des Phéaciens, ce paradis terrestre où j’ai revu Nausicaa aux bras blancs, la falaise de Leucade, qui garde le souvenir de Sapho, les rudes anfractuosités d’Ithaque, où erre encore l’ombre d’Ulysse.

Mais en suivant cet ordre d’idées, qui réclame à lui seul tout un livre, en parcourant tant de mers et m’approchant de tant de rivages, je dispersais l’unité de ces lettres, consacrées au seul génie et au seul paysage athéniens, c’est-àdire à une forme supérieure et particulière de l’idéal. J’ai donc résolu de ne pas aller plus loin. Ces lettres resteront comme un hommage exclusif à la pensée attique et aux lieux où elle s’est épanouie, comme un acte de gratitude pour un enseignement moral et artistique sans pareil, comme un alfectueux souvenir à la ville dont j’ai été l’hôte pendant tant de jours, comme un témoignage de sa vie passée et présente. Je les dédie à tous mes amis d’Athènes, et ils savent que je les leur donne du fond d’un cœur qui ne les oubliera jamais. Je les consacre, ainsi qu’une humble offrande, sur l’autel détruit du Parthénon; elles seront comme un faible rameau apporté par le vent du Nord sous les portiques d’Ictinus et les frises de Phidias, et je les place avec une gratitude infinie, l’amour d’un fils et la foi d’un croyant, à l’abri du bouclier de la grande Minerve.

(Achevé en juillet 1886.)

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