LETTRE DE BOILEAU DESPRÉAUX A M. DE LAMOIGNON
Numéro 694.
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S. vi
Précieuse lettre dont voici le texte : « Monsieur Racine est présentement tout occupé à finir sa pièce qui sera vraisemblablement achevée cette semaine. Il vous prie donc, Monsieur, de remettre à la semaine qui vient le récit que vous souhaittés qu'il fasse à Madame de La Moignon et au P. de la Rue. Pour Auteuil, il ne tiendra qu'à vous de l'honnorer quand il vous plaira de vostre présence. Je serois bien aise néanmoins que vous le vissiés dans tout son éclat, c'est à dire avec un soleil digne du mois de juin et non pas dans une journée de pluies et de frimats comme celle d'aujourd'hui... »
695 BOILEAU DESPREAUX (Nicolas).
P. S., sur vélin; Paris, 12 juin 1700, 1 p.in-8 oblong.
Reçu, signé N. Boileau, de soixante-quinze livres pour un semestre d'une tituée le 28 mai dernier sur les aides et gabelles. — (On voit par cette pièce cédente que le célèbre poète signait Boileau dans les actes et Despréaux dans les lettres.)
■} 696 * LE NAIN DE TILLEMONT (l'abbé Louis-Sébastien), historien de Saint
Louis, n. à Paris, 3o novembre 1637, m. dans la même ville, 10 janvier 1698.
L. A. S. à Nicolas Toinard (célèbre érudit, n. 1627, m. 1706) ; 16 juillet»
1696, 1 p. in-8, cachet brisé. (Coll. Brunet et L. Veydt.) — P. d'Edelinck. ^Jb/k^/rg/Jhttn^L*?
Très folie lettre où il lui mande qu'il s'est mis depuis peu à lire Basnage. « J'y trouve frf. Cr/e^yi^t/-7i//i,-I-^/~—
une infinité de médians raisonnemens, mesme dans les choses vraies. J'ay esté surpris de /' ' Q Ç^Jj
la manière foible dont il combat la venue de Sainte Madeleine en Provence, qui se peut dé- y ' ■*^v<L<4lo££77^^rnr~ truire en deux mots. »
^697 {• MALEBRANGHE (Nicolas), oratorien, illustre écrivain, philosophe et géomètre, auteur delà Recherche de la vérité, n. àParis,6août i638,m. i3 octobre 1 7 1 5 .
L. A. S. (à Dortous de Mairan, célèbre physicien et géomètre); 12 juin 1714, 4 p.in-4. — P.
Précieuse lettre toute relative à ses idées métaphysiques. Il démontre que l'étendue intelligence, qui est l'essence de Dieu, est nécessaire, éternelle et infinie. « Je ne comprens pas, Monsieur, comment vous trouvez de la difficulté à concevoir la différence qu'il y a entre l'idée d'une chose et la chose même, entre l'étendue créée que j'appelle matérielle, celle dont le monde est composé et qui sans le mouvement, qui est la cause de leurs différentes figures, ne seroit qu'une masse informe, et l'idée que Dieu en a et dont il affecte mon esprit, idée que j'appelle intelligible, parce que la matière ou l'étendue créée n'a point d'efficace propre et ne peut agir sur mon esprit. » Longues considérations à ce sujet. « Trois personnes se trouvent ensemble, un philosophe, un géomètre, un goûteux. Le géomètre dit au goûteux : Vous croyez que vous avez la goûte, mais il n'en est rien. Je vous le démontre. La douleur ne peut être causée que par votre corps ou par votre âme ou de Dieu seul. i° Elle ne peut être causée par le corps, car votre corps ne peut agir sur votre âme. Demandez-le à M. le philosophe. 2» Ce n'est pas votre âme qui se tourmente elle-même, car si la douleur dépendoit de vous, vous n'en souffririez jamais. Enfin ce ne peut être Dieu, car Dieu ne la connoit pas, la douleur. Certainement Dieu ne tire ses connoissances que de lui-même. Or il n'y a point en lui de douleur. Il seroit malheureux; il ne peut donc pas en vouloir produire en vous, puisqu'il ne sçait ce que c'est. Cela est démontré; demandez-le au philosophe ou montrez-nous précisément le défaut de la démonstration. Je sçai qu'elle est fausse, répond le goûteux, et que vous vous moquez de moi. Adieu.
— Le vrai fidèle fait comme le goûteux ; il n'écoute pas seulement ceux qui attaquent la foi de peur d'être embarassépar des objections qu'il ne pourroit pas résoudre, car perdre la foi c'est tout perdre et la foi ne vient que par la révélation et non de la spéculation des idées claires des mathématiques et des nombres.»
En post-scriptum il dit que sa santé a peine à se rétablir et qu'il a soixante-seize ans.
*• 698 -5- RACINE (Jean), un des plus grands poètes dramatiques qu'ait produits
la France, n. à La Ferté-Milon, 21 décembre 1639, m. à Paris, 26 avril 1699.
P. S., sur vélin; Paris, 20 octobre 1677, 3/4 de p. in-8 oblong. Rare. — P. d'Edelinck.
Très jolie pièce. Reçu, donné en son nom et en celui de Catherine de Romanet, sa femme, de la somme de cent livres, pour un quartier de rente constituée sur les gabelles.
S. vi
* 699 -5- GALLAND (Antoine), érudit, traducteur des Mille et une Nuits, qu'il a popularisées en France, n. à Rollot,près de Montdidier, 1646, m. à Paris, iqfévrieriyiS.
L. A. S. à l'abbé Nicaise (l'antiquaire), à Dijon ; Paris, 6 février 1693, 2 p. 3/4 in-8, cachet. — P.
Très intéressante lettre sur la confection du Menagiana. II y collabore activement avec MM. Châtelain, Baudelot, Valois, Bouteville, Pinsson, Dubos, etc. « Je puis vous assurer qu'on n'aura encore rien veu de pareil dans ce genre. On aura en même temps bons mots, morale et érudition à foison, et tout cela mêlé agréablement et par conséquent pour contenter plusieurs sortes de gens. Comme les articles sont mêlés, ceux qui les ont donné se reconnoissent à une marque que l'on met à la fin de chaque article. J'en ai fait la préface, à laquelle il ne reste plus pour l'achever que ce qu'on ne peut dire que l'impression ne soit finie. Comme j'y parle de l'origine de ces sortes d'écrits, j'y ai mêlé de l'érudition arabe, persane et turque... »
->- 700 -s- BAYLE (Pierre), illustre critique et philosophe, auteur du Dictionnaire qui porte son nom, n. au Cariât (Ariège), 18 novembre 1647,111. 28 décembre 1706. L. A. S. à Ménage; Rotterdam, 22 mai 1692, 2 p. in-4. — P. de Savart.
Très belle lettre ou il exprime la pensée de faire un Dictionnaire critique. « Je vous avoue, Monsieur, que j'ai quelque espèce d'envie de m'ériger en faiseur de dictionnaire. Mon dessein est de composer un dictionaire que j'apellerai critique, mais au lieu de vous expliquer ce que ce sera, je vous prierai d'attendre à vous en instruire que vous aiés reçu l'exemplaire que je vous envoie d'un petit prodrome ou avant-coureur de l'ouvrage ; il est achevé depuis sept ou huit jours et contient, sans la préface, vingt-cinq feuilles. Quelques articles sur une partie des lettres de l'alphabet feront voir mon projet et ma manière d'exécution qui m'étant un peu suspecte a été cause que j'ai été bien aise de donner à corriger au public... » — (Le Dictionnaire historique et critique parut en 1699.)
* 701 <r FÉNELON (François de Salignac de La Mothe), archevêque de Cambrai, un de nos plus illustres écrivains, membre de lAcadémie française (1693), n. au château de Fénelon (Dordogne), 6 août 1 65 1 , m. à Cambrai, 7 janvier 1 7 1 5 .
L. A. S. à M...; Cambrai, 25 mai 1705, 4 p. in-4. — P- de Saint-Aubin.
Superbe lettre toute relative à l'archevêque de Cologne qui veut entrer dans les ordres et aux négociations entamées avec le Pape à ce sujet. « Il faut seulement souhaitter qu'un prince, qui est naturellement si bon et qui a d'ailleurs tant de religion, se tourne tout entier vers la profession qu'il veut embrasser. Quand ces grands princes se donnent de bonne foi à l'église, non seulement ils la protègent dans les pais où elle a un pressant besoin de protection contre les protestants, mais encore leur vertu édifie plus que celle des autres évêques d'une moindre naissance. Le poinct principal est que son Altesse Electorale employé le tems qui lui reste, sans aucune irrésolution et sans regarder derrière lui, ne songeant qu'à se préparer et qu'à vivre par avance dans la régularité qu'il se propose d'observer aprez sa consécration... » — (Joseph-Clément de Bavière, né en 167 r , archevêque de Cologne en 1688, fut, en effet, ordonné prêtre à Lille par l'évèque de Tournay, le 25 décembre 1706. Il obtint du pape Clément XI le pallium et fut sacré, le 1 mai 1707, par Fénelon. Il mourut le 12 novembre 1723).
•i 702 * DACIER (Anne Lefèvre), fille de Tanneguy Lefèvre, femme de l'académicien Dacier, célèbre par satraduction d'Homère, n. à Saumur, i65q, m. 17 août 1720.
L. A. S. à Huet; ce vendredi matin (1684), 2 p. in-4, cachet-camée. (Coll.