‹ Lettres autographes composant la collection de M. Alfred BovetChapitre 118 sur 312 · LETTRE DE MADAME DE STAËL A ALEXANDRE DE LAMETH - FRAGMENT · texte numérisé non relu

LETTRE DE MADAME DE STAËL A ALEXANDRE DE LAMETH - FRAGMENT

Numéro 793.

S. vi

année d'un ouvrage sur la littérature allemande, je me suis entretenue avec tous les écrivains distingués de l'Allemagne sans exception. J'étois loin de penser, je l'avoue, qu'on put à présent me supposer une idée politique quelconque. Il faudroit être stupide pour s'en occuper dans un tems ou la destinée interprétée par le génie de S. M. l'Empereur dispose entièrement du sort de tous et de chacun. Quoique mon exil m'ait fait et me fasse un mal que l'éloquence la plus vive ne pourroit encor réussir à peindre, je me résigne et, loin de chercher aucune relation suspecte, je passe ma vie dans les occupations les plus étrangères aux intérêts de ce monde. L'Empereur avoit bien voulu m'assurer qu'il me protégeroit partout ailleurs qu'à Paris. Maintenant dans quel pays puis-je aller si je n'y ai pas l'appui de l'ambassadeur de France ?... » Elle comptait passer l'hiver à Vienne auprès de son second fils, mais elle ne pourra accomplir ce projet que si les ordres donnés au général Andréossy sont révoqués. Dans le cas d'un refus, il ne lui restera d'autre ressource que de se réfugier avec ses deux fils en Amérique où son père a acheté des terres il y a dix ans. — (Elle avait été exilée de Paris en 1802, y était revenue en i8o5, puis avait été éloignée de nouveau

à cause de la publication de Co- S Â

rinne en 1807. Elle rentra en /' ~? % Jrs "7^ —

l'Allemagne, mais en fut brutale-

ment chassée en octobre 1810. Son «r"^^ '

exil ne cessa dès lors qu'en 1814.)

796 -s- SAY (Jean-Baptiste), un de nos plus célèbres économistes, auteur du Traité d économie politique, n. à Lyon, 5 janvier 1767, m. à Paris, i5 novembre i832. L. A. S. à M. Charles Piéry ; Paris, 12 juin i83o, 2 p. 1/4 in-4. (Coll. L. Veydt.)

Lettre fort remarquable ou il le dissuade de publier un tableau synoptique qui réveillerait cette sotte vanité nationale qui

fait croire à chaque nation qu'elle est la première du monde. « Peut-être serait-il suffisant que des esprits aussi philosophiques que le vôtre travaillassent à persuader aux hommes que les vanités et les rivalités nationales sont une puérilité également funeste à tous les peuples ; qu'elles ne sont entretenues que par les gouvernemens qui gagnent de l'argent et du pouvoir à faire battre un pays contre un autre, tandis que les deux pays, le vainqueur et le vaincu, y perdent... »

~: 797 "* CHATEAUBRIAND (François-René, vicomte de), un des plus grands écrivains de ce siècle, auteur des Mémoires d* outre-tombe, membre de l'Académie française (181 1), n. à Saint-Malo, 4 septembre 1768, m. à Paris, 4 juillet 1848.

L. A. à Fontanes (poète, l'ami le plus intime de Chateaubriand), à Paris; Avignon, samedi 5 novembre 1802, 3 p. 1/2 in-4. Légère déchirure par la rupture du cachet. — P.

Superbe lettre, une des plus curieuses qu'on connaisse de Chateaubriand. Il annonce qu'il a saisi cinq contrefaçons à'Atala et une du Génie du christianisme, et il fait connaître l'arrangement qu'il a pris avec le libraire coupable, quanta la dernière contrefaçon. Il a été confondu de l'accueil qu'il a reçu partout. Tout retentit de sa gloire. S'il eût écrit un livre philosophique, son nom serait à peine connu. « Mais, dit-il, j'ai consolé quelques malheureux, j'ai rappelé des principes chers à tous les cœurs dans le fond des provinces. On ne juge pas ici mes talents, mais mes opinions. On me sait gré de tout ce que j'ai dit, de tout ce que je n'ai pas dit, et les honnêtes gens me reçoivent comme le défenseur de leurs propres sentiments, de leurs propres idées... » — Le reste de la lettre est consacré au récit de son voyage et à ses projets. Il a vu Lyon, qui est la ville qu'il aime le mieux au monde. Bientôt il aura parcouru toute la France, mais ce n'est pas si rapidement qu'il voudrai! la voir. « J'ai un dernier projet : si on ne fait rien de moi, ce qui est très probable, je proposerai à votre grand ami (Bonaparte) de me faire faire le voyage de France en détail. Il me donnera un peintre et nous aurons un ouvrage complet sur ce vaste empire dont il n'existe pas une description passable. Cet ouvrage a manqué au siècle de Louis XIV. J'en ai tous les plans et toutes les parties dans la tête... J'arrive de Vaucluse ; je vous dirai ce que c'est. Cela vaut sa réputation. Quant à Laure la bégueule et Pétrarque le bel esprit, ils m'ont gâté la fontaine... »

4 798 * CHATEAUBRIAND (François-René, vicomte de).

L. A. S. (au comte Joseph de Maistre) ; Montgraham (?), par Nogent-le-Rotrou, 6 septembre 1 8 1 7, 3 p. 1/4 in-4. (Coll. de la marquise de Barol avec notice autographe de Silvio Pellico.)

Superbe lettre où il mande qu'après trois mois d'angoisses et de craintes pour la vie de madame de Chateaubriand, il est allé à Paris, ou il a trouvé la lettre et le manuscrit du comte. Il le prie donc d'excuser le retard de sa réponse. « Je vais, monsieur, le comte, lire le manuscrit; mais vous croyez bien que je n'aurai point l'impertinence d'y trouver rien à changer. Ce n'est point à l'écolier de toucher au tableau du maître... » Il s'occupera, s'il le désire, de lui trouver un éditeur. « La triste politique et les persécutions de tous genres que j'éprouve occupent une grande partie de mon temps, mais il m'en restera toujours pour vous lire et vous admirer. »

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