‹ Lettres autographes composant la collection de M. Alfred BovetChapitre 125 sur 312 · LETTRE DE CHAMPOLLION LE JEUNE · texte numérisé non relu

LETTRE DE CHAMPOLLION LE JEUNE

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Numéro 827. ^ J

S. vi

4 83o * COUSIN (Victor), grand philosophe, écrivain et orateur, membre de l'Académie française (i83o), n. à Paris, 28 novembre 1792, m. à Cannes, 14 janvier 1867. L. A. S. de ses initiales à La Mennais (l'illustre écrivain); (Paris), 1 1 février 1826, 1 p. 3/4 in-8. — P.

Epitre des plus curieuses où il mande qu'il trouve les affaires publiques si déplorablement conduites qu'il ne veut plus s'en occuper. L'antiquité est désormais sa seule étude. « Mes projets d'érudition philosophique sont devenus mon univers et mon pays. Pythagore m'occupe plus que M. de Villèle et j'en suis à ne pas comprendre M. Royer-Collard, mon meilleur ami politique, qui essaye de se placer entre deux partis aveugles qui ne le comprennent pas. Ce qui manque le plus en France, ce sont ce que les Italiens appellent teste di governo. Les circonstances aussi ne permettent de parler qu'à ceux qui sont du parti dominant pour le rappeler à la modération, et si j'étais prêtre ou noble, je le ferais avec toute la force qui serait en moi, car le clergé et la noblesse me paraissent dans une route déplorable. »

* 83 1 * COUSIN (Victor).

L. A. S. (à Eduard Gans, jurisconsulte allemand, n. 1798, m. 1839) ; Paris, 20 mai i832, 3 p. in-4.

Superbe lettre d'envoi du second volume de sa traduction des Lois de Platon. Il a mis à ce travail toute l'attention dont il est capable et il lui demande son appréciation en toute sincérité. La mort récente d'Hegel lui inspire de tristes réflexions, ci Tout tombe, tout s'en va en Allemagne. Encore quelques pertes irréparables et la philosophie comme la poésie y sera réduite à d'honorables médiocrités. Alors la France et l'Allemagne pourront se donner tristement la main. Entre Uhland et Lamartine, je vous laisse le choix, quoique pour mon goût je préfère Lamartine, et quand Schelling aura rejoint Hegel, en vérité il ne restera plus en philosophie que des écoliers. Nous serons une nuée d'hommes de talent sans un seul génie... Pour moi, je travaille avec une constance infatigable, mais sans illusion, ne songeant qu'à être utile, ce qui se peut toujours, méprisant la réputation, n'estimant que la gloire, mais sachant trop qu'elle est le fruit de grandes découvertes et la récompense de quelques hommes. » Malgré cela il n'est point mélancolique. « Dans quelques minutes j'irai à la campagne avec deux femmes aimables et demain j'irai à l'Opéra entendre encore Paganini (le grand violoniste). Il faut vivre jusqu'au dernier moment, arracher à cette vie le plus de bonheur possible, travailler sans cesse et livrer le' reste au sort. »

* 832 * DELAVIGNE (Jean-François:Casimir), célèbre poète dramatique et lyrique, auteur des Messêniënnes et de l'École des vieillards, membre de l'Académie française (1825), n. au Havre, 4 avril 170,3, m. à Lyon, 11 décembre i8q3.

L. A. S. (à Georges Ozaneaux, auteur dramatique et historien, n. 1795,111. i852),4 p. in-8. (Coll. B. Fillon.j — P. original au crayon dessiné en octobre 1825 parle peintre Dupré.

Charmante épitre à un de ses plus intimes amis. « Ah! je n'ai rien vu, Suisse orgueilleux! J'ai vu des forêts de pommiers couverts de fruits vermeils; j'ai vu des fermes immenses environnées de quatre rangs de chênes, et des ombrages ou l'on trouve la nuit en plein midi; j'ai vu des monta- /

gnes couronnées de verdure, d'oii l'œil découvre une rivière de deux lieues de largeur serpentant à travers de beaux pâturages"; j'ai vu cette rivière, qu'une haute marée chassoit devant elle, se précipiter en furieuse contre ses bords, se gonfler, couvrir les prairies de sable et d'écume et poursuivre à grand bruit les génisses et les taureaux effrayés ; j'ai vu des falaises inaccessibles dont la mer vient battre le pied avec un bruit monotone... .) Il continue la relation de son voyage en Normandie et termine en disant qu'il serait heureux d'aller vérifier lui-même en Suisse ce que son ami lui a écrit sur ce beau pays.

4 833 f KOCK (Charles-Paul de), un des romanciers les plus populaires et les plus amusants de ce siècle, n. à Passy (Seine), 1794, m. à Paris, 29 août 1871. L. A. S. à son frère, capitaine, à Versailles; Paris, 21 septembre 181 1, 3 p. in-4. — P.

Curieuse épitre ou il le gourmande spirituellement de ne pas venir voir ses parents de Paris. Il lui mande qu'il est place1 depuis deux mois à l'administration du Journal de l'Empire, mais sans appointements. « Enfin il vaut mieux cela que de ne rien l'aire. Il est bien clair que si j'en trouvois une (place) ou l'on gagnât de la vaisselle de poche, je lâcherai bien vite telle ou l'un ne \ it que d'espérance, nourriture fort légère et qui ne restaure pas un jeune homme... »

S. vi

•5- 834 h- THIERRY (Jacques-Nicolas-Augustin), illustre historien et écrivain, le rénovateur des études historiques en France, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, n. à Blois, 10 mai 1795, m. à Paris, 22 mai 1 856. i° L. A. S. à M. Bulos ; (Paris, vers 181 9), 2 p. in-8. Pièce de la plus grande rareté. -— P.

Précieux autographe, Augustin Thierry étant devenu aveugle en 1826. Il lui mande qu'il a fait pour le Censeur (auquel il collaborait de 1817 à 1821) un article sur sa brochure. Il le prie de recommander à M. Dulong un jeune homme de l'Ecole d'Alfort auquel il s'intéresse particulièrement.

2° P. S. ; Paris, 10 janvier 1 838, 1 p. in-4, tête imprimée du ministère de l'Instruction publique.

Reçu signé par Augustin Thierry, alors aveugle, de la somme de onze cent vingt-cinq francs pour un trimestre de l'allocation annuelle qui lui est donnée comme chargé de surveiller la publication de la collection des chartes de communes et de corporations.

4- 835 -s- REBOUL (Jean), célèbre poète, qui exerçait à Nîmes la profession de boulanger, envoyé par le parti légitimiste du département du Gard à l'Assemblée Constituante de 1848, n. à Nîmes, 23 janvier 1796, m. dans la même ville, j juin 1864.

L. A. S. à Silvio Pellico; Nîmes, 23 décembre 1837^ 1 p. 1/2 in-8, enveloppe. (Coll. de la marquise de Barol avec notice autographe de Silvio Pellico.) — P.

Très jolie lettre d'envoi d'un exemplaire de ses poésies. « Le livre de vos Prisons m'a fait pleurer : on sent à sa lecture la haine tomber au fond du cœur comme la vase au fond d'une eau qui coule plus tranquille. Encore une fois, que Dieu vous rende le bien que vous avez fait ! »

4- 836 -s- MIGN ET (François-Auguste-Marie), un de nos meilleurs historiens et écrivains, membre de l'Académie française (1 836), secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences morales et politiques, auteur de la meilleure Histoire de la Révolution française, n. à Aix (Bouches-du-Rhône), 8 mai 1796, m. à Paris, 24 mars 1884. L. A. S. à M. Stolz; Paris, 3 novembre 1848, 6 p. in-8. — P.

Lettre des plus curieuses à un ami qui avait quitté la France après la révolution de février. Quant à lui, il est remonté à son quatrième étage de i83o. « Je me suis logé près de mon vieil ami M. Thiers qui rend de si puissants et de si glorieux services à la vraie sociabilité humaine, dont l'esprit s'étend avec les difficultés, le courage s'élève avec les périls et la réputation grandit chaque jour auprès de tout le monde. De la fenêtre de mon cabinet de travail je vois son jardin, et lorsque je suis sur mon balcon, que j'ai garni de fleurs, je plonge chez lui du regard et peux être au courant de ce qui s'y passe. » Il fait ensuite un sombre tableau de Paris, qui est si cruellement puni d'avoir manqué de bon sens légal et de patience constitutionnelle. « Si l'on avait attendu quelques mois, le ministère du 29 octobre tombait : s'il n'était pas tombé devant la Chambre et qu'on eut attendu deux ans, il serait tombé avec éclat devant le pays. Les élections générales auraient irrévocablement frappé le système trop longtemps suivi, brisé ses instruments trop longtemps employés, et l'on serait arrivé à la pleine exécution de la monarchie représentative, c'est à dire à la République sous un roi, à la République sans ses fougues et ses périls, étendant la liberté et conservant l'autorité, donnant au peuple le moyen de se gouverner par ses chefs les plus capables et ne le laissant pas se perdre lui-même par ses inconstances et dans ses égarements, installant sans secousse au pouvoir les partis prêts à conduire l'État, résolvant sans violence les questions mûries par la pensée publique, en un mot cette monarchie représentative que le général Lafayette appelait avec esprit la meilleure des républiques. » Il cite comme exemple de la force de la monarchie représentative le royaume de Belgique et conclut en ces termes : « Au fond la révolution de 1848 était sans objet comme sans cause. Elle est le résultat d'une surprise et elle sera le châtiment d'une inexpérience impardonnable après les longues et instructives épreuves qu'avait traversées la France. ■>

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