‹ Lettres autographes composant la collection de M. Alfred BovetChapitre 154 sur 312 · PIÈCE DEVERS DE FRANÇOIS COPPÉE — FRAGMENT · texte numérisé non relu

PIÈCE DEVERS DE FRANÇOIS COPPÉE — FRAGMENT

^ ALLEMAGNE

* 981 -s- REUCHLIN (Johann), illustre humaniste, qui fut un des initiateurs de la Réforme et une des gloires de l'Allemagne au quinzième siècle, n. à Pforzheim, 22 février 1455, m. aux eaux de Liebenzell, près de Hirschau, 3o juin i522.

L. A. S., en latin, à Aurèle Qûestenberg, docteur des décrets; 7 des ides de mai 1 5 1 S, 1 p. in-fol., trace de cachet. Pièce de la plus grande rareté. (Coll. B. Fillon.)

Précieuse et importante lettre où il le conjure de prier le pape Léon X de s'interposer dans les querelles des théologiens. « Tu vero, Jacobe, prestanti prudentia vir, tandem aliquando persuade meo Leoni, meo patri, patri omnium studiosorum, patri sanctissimo, ut pacem rixe ponat, vel judicum autoritate, vel proprio motu. Nam pendente me ac tepefacto, audacia crescit adversariorum et grassatur in optimos quosque Germanorum convitiis et contumeliis, contra quos insurgit nunc doctissimorum cohors, quando inhibitiones apostolice videntur esse despecte, neglecte, contempte. In reverendissimum Archepiscopum G. Benignum Nazarenum venenata nuper jacula turpissime Astorotha turpissimus exacuit. Quo invectivorum libro multorum famam lesit dignissimorum virorum. Putant spectatores beatissimo Patri nostro rixas placere, cum sedare posset et non sedat. Crede mini quàm plurima inde orientur mala. Jam enim Astarotha docet scriptis publiée impressis, in hac causa non esse Pape obediendum, si pacem faciat, si ponat silentium, si partibus inhibeat etiam sub excommunicationis late sententie pena. Et ad hoc allegat sicut et allegavit frater Hieronymus Savonarola, jamdudum Florentie ob hanc heresim combustus, quod oporteat plus obedire Deo quàm hominibus. Ego vero quis sit i lie deus qui ei jusserit viris honorandissimis contumelias inferre prorsus ignoro. Id de me sperato, quoniam non committavi ut me obliviscar Capnionem esse. (Capnion était un surnom donné à Reuchlin parUlric de Hutten dans son poème intitulé : Triumphus Capnionis, et qui venait de paraître.) Feram equo et hilaro animo quicquid Papa mihi ferendum duxerit, cui me subjeci ab initio, in medio et in fine. Non me secundis tantum rébus sed etiam adversis ornabo. Rancorem a corde abjeci. Rideo nunc infeelices et lividos theologistas, quanquam eorum me miseret quandoque tamen non ridere non possum, quod ob vindictam et ultionem ita se macérant, ita se torquent ut liveant... » Il lui a récemment envoyé ses livres sur les accents et l'orthographe de la langue hébraïque pour les offrir de sa part au cardinal Adrien.

982 ~* LUTHER (Martin), le grand réformateur, dont l'influence sur la langue et la littérature de son pays n'a pas été moins grande que son action sur les destinées religieuses et politiques de l'Europe, un des plus grands hommes de l'Allemagne, n. à Eisleben, 10 novembre 1483, m. dans la même ville, 18 février 1546.

L. A. S. à Johann Walther, « Musîs amico et amato » ; i52Ô, 1 p. in-4 oblong, trace de cachet. Légers raccommodages. — P.

Précieuse lettre, dont voici la traduction : « La grâce et la paix soient avec vous, mon cher Walther. Je vous déchargerai de vos anxiétés et de vos dépenses, et j'écrirai moi-même à Son Altesse (Jean le Constant, électeur de Saxe, successeur de Frédéric le Sage, n. 3o juin 1467, m. 16 août i53s) au sujet de vos trois pauvres chantres. Car soyez persuadé aussi que si vous partiez, ce qui serait encore plus grave, cela ne servirait à rien et qu'on penserait nécessairement que vous m'assiégez de suppliques. Il vaut donc mieux que je prenne votre cause en mains, comme venant de ma propre initiative. J'ai fait également appel à Spalatin (Georg Spalatin, dont le vrai nom était Burckardt, l'un des promoteurs les plus célèbres de la Réformation, n. 1480, superintendant ecclésiastique à Altenbourg, m. i5 janvier 1 545, ami et conseiller de l'électeur de Saxe), qui m'écrit qu'il nous aidera de son mieux. Je vais m'adresser aussi à M. Conrad au sujet des livres et de vos appointements, et ferai les recommandations que vous savez. Je suppose toutefois que les livres continueront à rester à votre

disposition » — (Johann Walther, n. à Cola, petit village de la Thuringe, en 1496, m. à Torgau en 1570, un des plus

anciens compositeurs de chant choral pour le culte luthérien, était maître de chapelle à Torgau, lorsque Luther, qui connaissait son mérite, le fit venir à Wittenberg en 1524 pour appliquer aux prières et cantiques de la nouvelle église quelquesuns des chants du culte catholique, et pour composer de nouvelles mélodies sur d'autres parties de l'office, afin d'en former la messe allemande. Il fut alors nommé maître de chapelle de l'électeur de Saxe. Bien que Walther et le chœur qu'il avait formé fissent le plus grand honneur au nouveau chant d'église et au culte, l'électeur prit en 1 526 la résolution de les licencier par des motifs d'économie. Cependant, grâce aux énergiques protestations du grand réformateur, qui fait allusion à ces faits dans la lettre ci-dessus, cette décision fut provisoirement ajournée, mais les appointements des chanteurs furent diminués; eux-mêmes furent finalement remerciés en i53o. Luther fut très irrité en apprenant la décision de l'électeur et prononça à cette occasion ces paroles bien connues : « Quelques nobles et pingres s'imaginent avoir fait faire à mon gracieux seigneur une économie de trois mille florins, et pendant ce temps on en gaspille trente mille ailleurs. Les rois, les princes et les seigneurs doivent protéger la musique, c'est aux potentats et aux grands de le faire, quelques particuliers seuls ne sauraient y suffire! » Walther ayant formé ensuite, avec le concours d'amateurs et de personnes de bonne volonté, un nouveau chœur pour l'exécution de la musique d'église, l'électeur lui accorda une gratification annuelle de cent florins, à condition que ce chœur chanterait à la chapelle ducale chaque fois qu'il en serait requis.)

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