LETTRE DE LESSING AU POÈTE GLEIM
S. VI
* 1010 -s- MENDELSSOHN (Moses), célèbre philosophe spiritualiste, apôtre de la tolérance, n. à Dessau (Saxe), 6 septembre 1729, m. à Berlin, 4 janvier 1786.
P. S., avec deux lignes autographes; 26 avril, 3 p. infol. Rare. (Coll. Charles de Halm.j— P.
Examen d'une thèse philosophique de Christian-Theophilus Selle sur le scepticisme et l'axiome que tout est sujet à doute. — (Mendelssohn est le chef d'une nombreuse famille, qui s'est distinguée dans le commerce, les sciences et les arts ; l'illustre compositeur Mendelssohn-Bartholdy était son petit-fils.)
* ion -* MENDELSSOHN (Moses).
P. A., 3 p. 1/2 in-4. — (Les autographes de ce philosophe sont très recherchés). — P. de Graff.
Importante et très intéressante dissertation sur les mobiles qui font agir les enthousiastes, les visionnaires et les fanatiques. 11 est difficile de détacher quelque chose de ce morceau aussi bien écrit que fortement pensé. En voici cependant un passage intéressant. Il dit, parlant des influences qui s'exercent à divers degrés sur l'intelligence : « que les notions abstraites touchent moins l'esprit que les concrètes; les manifestations tangibles moins que celles qui procèdent de l'intuition; une partition peut produire de l'émotion sur le virtuose qui sait la lire, mais à un degré bien moindre que ne le ferait la musique elle-même, parce que la partition ne lui donne qu'une explication technique, tandis que la musique le fait pénétrer par intuition dans l'essence même de la chose. — Die Ideen sind aber auch in ihrer Wûrksamkeit, dem Grade nach,unterschieden. Die abgezogene Begriffe wûrken mit weniger Nachdruck, als die concreten ; die Zeichenbegriffe weniger als die Anschauenden. Eine Partitur kann den Virtuosen, der sie zu lesen versteht, in Bewegung setzen, aber viel weniger, als die Musik selbst, weil die Partitur eine blosse Zeichenerkentniss gewâhrt, die Musik selbst eine intuitive. »
-y 1012 * HAMANN (Johann-Georg), philosophe et écrivain, célèbre surtout par l'influence qu'il exerça sur Jacobi, Herder et Goethe, surnommé par ses contemporains le Mage du Nord, n. à Kœnigsberg, 27 août 1730, m. à Munster, 21 juin 1788. L. A. S.; Kœnigsberg, 6 novembre 1775, 1 p. pl. in-4. Léger raccommodage. Rare. — P.
Belle lettre amicale et littéraire. Il parle de ses amis F.-L. de Stolberg, Hippel, etc. Intéressants détails sur sa famille. « Ce qu'Horace a dit de Melpomène, je puis le dire aussi de l'amitié. — Was Horaz von der Melpomène, kann ich von der Freundschaft sagen : « Quod spero... Tum est. »
-> 101 3 -s- NICOLAI (Christoph-Friedrich), écrivain satirique, ami de Lessing et de Moses Mendelssohn, n. à Berlin, 18 mars 1733, m. dans la même ville, 8 janvier 181 1.
L. A. S., en français, à M. Tacet, à Londres; Nancy, , 4 août i785, 3 p. in-4, cachet. — P. de Geyser. / 4^ tf/%J<r&
Belle lettre sur son arrivée à Nancy et sur la maladie de sa femme. {/ & ^"^P
-: 10 14 ■+ WIELAND (Christoph-Martin), illustre poète et écrivain, que l'universalité de ses connaissances a fait surnommer le Voltaire allemand, auteur à'Oberon, n. à Oberholzheim (Souabe), 5 septembre 1733, m. à Weimar, 20 janvier 181 3. L.A.S. à Salomon Gessner (le célèbre poète suisse), à Zurich; Berne, 7 août 1759, 3 p. in-4. — P.
Très belle lettre de sa jeunesse. Il venait de quitter Zurich (ou il avait passé cinq années comme précepteur chez le poète Bodmer) et s'étend sur les beaux souvenirs qu'il conserve de ce séjour, et sur les bons amis qu'il a laissés à Zurich. Il met entre tous Gessner en première ligne ; il a bien formé de nouvelles amitiés à Berne, mais il ne trouvera plus un Gessner. — « Ich habe zwar Freunde gefunden, aber ich werde niemals mehr einen Gessner finden ». Il parle de son poème de Cyrus (paru cette même année) qui a du succès, et il aimerait bien savoir ce qu'on en pense à Zurich. Il s'étend avec enthousiasme sur les Idylles de Gessner. Intéressants détails.
S. vi
* ioi5 * WIELAND (Christoph-Martin).
L. A. S., en français (au littérateur Boaton); Weimar, 16 août 1784, 2 p. in-4. Légère déchirure.
Très belle lettre relative à la première traduction française de son poème à'Oberon faite par Boaton. Il le remercie chaleureusement de ce travail. « S'il y a quelque chose qui égale l'admiration que cette preuve d'héroïsme littéraire m'inspire, ce ne peut être que l'excès de politesse et d'honnêteté, dont vous avez bien voulu, Monsieur, me combler à la tête de votre charmant ouvrage et l'extrême modestie avec laquelle vous en rabaissez le mérite pour en ajouter à celui qu'une heureuse prévention fait trouver mes amis au mien. Trop intéressé à souhaiter que le public partage vos sentiments sur celui-ci et qu'on ne vous trouve pas à plaindre de ne pas avoir emploie tant de peines à quelque ouvrage plus digne et plus susceptible d'être revêtu des grâces du langage des Racine et des Voltaire, je me borne à vous remercier, Monsieur, avec la plus vive reconnoissance et de votre beau présent et des expressions obligeantes dont vous avez bien voulu l'accompagner... ».
+• 1016 * MUSAEUS(Johann-Karl-August), écrivain et conteur original, auteur des Contes populaires des Allemands, n. à Iéna, 1735, m. à Weimar, 28 octobre 1787.
L. A. S. J. C. A. MusAEusà Matthisson (le célèbre poète), à Dessau; Weimar, i5 juin 1783, 3 p. in-4. Très rare. (Coll. Wagener.) — P.
Charmante épitre amicale. Il se félicite d'avoir fait la connaissance de Matthisson et lui envoie la poésie promise (elle figure à la troisième page sous ce titre : « Fur einen Seiler der bey Hofe Arbeit begehrte. » « Um ihnen Wort zu halten, Hochgeschâtzter Freund, iïbersende ich ihnen hier die poetische Kleinigkeit, welche sie von mir verlangten. Ich segne noch die Stunde die mir ihre schâtzbare Bekanntschaft" verschaffte, etc. ». Très intéressants détails à ce sujet.
*■ 1017 SCHUBART (Christian-Friedrich-Daniel), l'un des poètes les plus populaires de son temps, célèbre par ses poésies contre les tyrans, qui lui valurent un emprisonnement de dix ans, n. à Sontheim (Souabe), i3 avril 173g, m. 10 octobre 1791. Ses poésies et ses malheurs exercèrent une grande influence sur le jeune Schiller. L. A. S. (au ministre Gemmingen) ; (Stuttgart), 1 mars 179 1 , 3 p. in-4. — P- d'E. Morace.
Supplique dans laquelle il prie le ministre d'user de son influence auprès de l'ambassadeur wurtembergeois M. de Sekendorf, pour qu'on ne supprime pas la Chronique (journal qu'il publiait). Il a appris que l'assemblée de Ratisbonne a dénoncé sa Chronique à l'empereur d'Allemagne comme un journal hostile à la constitution de l'Empire et il demande qu'on lui donne des instructions écrites sur la ligne de conduite qu'il devra suivre à l'avenir. Il reconnaît du reste que des termes inconsidérés ont pu lui échapper parfois, et cela en particulier quand il a eu à rendre compte de l'état politique actuel de la France. Entraîné par l'enthousiasme populaire, il a exprimé alors des opinions démocratiques, mais il se soumettra volontiers à toute direction qui ne soit pas incompatible avec la conscience d 'un citoyen allemand qui place au-dessus de tout Dieu et la Patrie. « Ich werde mich jeder Vorschrift fûgen, die mit der Freiheit eines deutschen Bûrgers, dem Gott und Vaterland ûber Ailes heilig ist, bestehen kann. »
± 1018 * JACOBI (Johann-Georg), célèbre poète lyrique, ami de Herder et de
Goethe, n. à Dusseldorf, 2 septembre 1740, m. à Fribourg-en-Brisgau,4 janvier 18 14.
L. A. S. à son ami le poète Gleim: Fribourg-en-Brisgau, 17 mai 1794, 5 p. 1/2 in-8. — P.
Charmante épître. Il s'excuse de son long silence; il avait déjà commencé dès le mois de mars une épitre en vers qu'il comptait lui envoyer pour le 2 avril (jour de naissance de Gleim), « car j'avais fait le vœu, sacré pour moi, de ne pas laisser passer cette date sans chanter mon ami, » mais diverses circonstances graves et imprévues l'ont empêché de terminer sa poésie. « Schon im Mârz fîeng ich eine kleine Vers-Epistel an, die am 2ten April Ihnen zugestellt werden sollte; denn ich hatt' ein heiliges Gelûbde gethan, diesen Tag nicht ohne Gesang vorbey zu lassen. » La guerre l'a forcé à se retirer avec
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femme et enfants à Frihourg, où il se sent complètement abandonné; les habitants du pays de Brisgau sont dans des terreurs continuelles de leurs barbares voisins d'outre-Rhin. « Ces événements me plongent dans une telle mélancolie dit-il qu'aucune Muse ne se hasarde plus à me visiter. J'ai pourtant essayé, après m'ètre remis un peu de mes émotions de continuer mon épitre à mon ami Gleim, et j'espère la terminer prochainement. — Jetzt bin ich mit meiner Marie u. meinen Kleinen vôllig verlassen,und gerade zu einerZeit, woich eines benachbarten Freundes am mehrsten bedùrfte; denn die Unmenschen jenseits des Rheins erhalten uns arme Breisgauer in immerwahrender Furcht. Jene Nachricht versetzte mich in eine solche Schwermuth, dass keine Muse sich mich zu nâhern getraute. Doch versuchte ichs, nachdem ich einigermaassen mich gefasst hatte, wieder, die Epistel an meinem Gleim fortzusetzen, u. ich hoffe sic nachstens zu vollenden. »
•s- 1019 -s- JUNG STILLING (Johann-Heinrich Jung, dit), célèbre écrivain mystique, n. à Im-Grund (Nassau), 12 septembre 1740, m. à Carlsruhe, 2 avril 1817.
L. A. S. à Élise von der Recke (femme poète, amie de Tiedge et de Gellert), à Mittau; Marbourg 9 février 1794, 1 p. in-4, cachet brisé. — P. de Lips.
Belle lettre amicale. « Chacun de nous s'efforce de suivre la voie qui mène à son perfectionnement moral, mais à ce qu'il me parait par des routes différentes; cela importe peu du reste pourvu que nous nous retrouvions au grand but final, ce dont je ne doute nullement pour ma part. — Wir gehen beyde den Gang unserer Veredlung, aber wie es mir scheint, auf verschiedenen Wegen; doch das thut nichts wenn wir niai" am Grossen Ziel zusammen treffen; und daran zweifle ich im geringsten riicht. »
^ 1020 HIPPEL (Theodor-Gottlieb von), célèbre humoriste, élève et fidèle ami de Kant, précurseur de Jean-Paul Richter, dont il s'appelait le frère littéraire, n. à Gerdauen (Prusse orientale), 3i janvier 1741, m. à Kœnigsberg, 23 avril 1796.
L. A. S. à son neveu (Gottlieb-Theodor von Hippel, auteur de l'Appel à mon Peuple, composé en 181 3) ; 26 décembre 1 795, 4 p. pl. in-4. Rare. — P.
Très belle lettre. Il adresse de vifs reproches à son neveu sur ses dépenses exagérées et sur la légèreté de sa conduite. Il menace de diminuer le chiffre de la pension qu'il lui alloue. Curieux détails d'un caractère intime.
± 1021 * LICHTENBERG (Georg-Christoph), célèbre physicien, publiciste et écrivain satirique, commentateur de Hogarth, adversaire acharné de la Physiognomonie, n. à Oberramstœdt, près de Darmstadt, 1 juillet 1742, m. à Gœttingue, 24 février 1799.