L. A. S.; Halberstadt, 29 mars 1792, 1 p. 1/2 in-8. — P
Belle et intéressante lettre où il mande à son correspondant qu'il possède les portraits de Winckelmann, de Hagedorn, de Mendelssohn, de Lessing, de Leibniz et de Bodmer, mais qu'il désire avoir des exemplaires de plusieurs autres portraits de personnages célèbres. Il les lui demandera, ainsi que des paysages gravés sur cuivre, à son passage pour aller en Italie.
* 1006 + UZ (Johann- Peter), célèbre poète anacréontique, auteur de la Théodicée, de la Victoire du dieu de l'amour et de l'Art d'être toujours joyeux, n. à Ansbach (Bavière), 3 octobre 1720, m. dans la même ville, 12 mai 1706.
L. A. S. à son ami Cramer; (Ansbach), 3 août 1767, 3 p. in-4. — P. de Bause.
Très belle lettre. Il lui envoie suivant sa demande son autobiographie (elle est jointe à la lettre et formedeux pages'in-4). Anacréon et Horace furent de tout temps ses poètes favoris et ses modèles. Il fréquenta l'Université de Halle « à l'époque, dit-il, où une saine critique osait enfin lever la tête, et où nos grands poètes commençaient à être de plus en plus connus. — Wo gesunde Kritik in Deutschland das Haupt emporzu heben anfing, und wo unsere grôssten Dichternach und nacli bekannt wurden. » Il parle de Gleim (le poète) qui fut son compagnon d'études, et de l'amitié étroite qui les unit depuis cette époque; de Hagedorn, qu'il appelle » l'immortel Hagedorn, » dont les chants inspirés allumèrent en lui la flamme poétique. — (Sa traduction d'Anacréon fut publiée sans son aveu en 1746, et son premier recueil de poésies lyriques en 1749. Celui-ci fut accueilli avec succès).
•3- 1007 * KANT (Immanuel), le grand philosophe, auteur de la Critique delà raison pure, n. à Kcenigsberg, 22 avril 1724, m. dans la même ville, 12 février 1804.
L. A. S. (à son éditeur De La Garde, à Berlin); Kcenigsberg, 21 décembre 1792, 1 p. in-4. — P.
Belle lettre. Il remercie son éditeur des soins tout particuliers qu'il a donnés à la publication de la dernière édition de son ouvrage (la Critique du Jugement) et il espère avoir à faire encore à lui à l'avenir.
4 1008 -s- KLOPSTOCK (Friedrich-Gottlieb), un des poètes et écrivains les plus grands de lAllemagne, l'illustre auteur de l'épopée de la Messiade, n. à Quedlinbourg, près de Magdebourg, 2 juillet 1724, m. à Ottensen, 14 mars i8o3.
L. A. S., en français (à Jérôme Petion, maire de Paris) ; Hambourg, 25 avril 1792, 4 p. in-4. — l5-
Précieuse et très curieuse épitre, qui commence ainsi : « Il y a déjà long-tems que je cherche l'occasion de pouvoir dire à Pethion que je lui ai consacré une place dans mon petit temple, que j'appelle le temple des Anciens. Je crois maintenant de l'avoir trouvée cette occasion, aïant des bonnes raisons de vous envoier la lettre ci-jointe à M. Larochefoucauld. Je suis en correspondance avec lui, mais il ne m'a pas répondu. J'aime à me persuader que vous trouverés le contenu de la lettre digne d'être sçu de vous. Dans le cas que vous jugerés de la chose comme moi, mon denier de la veuve deviendra un Heckethaler. Il faut que je vous explique ce mot allemand. Le peuple croit encore chés nous par ci par là qu'il y a des sorcières bénignes qui donnent à leurs amis des écus, qui font un très grand nombre de petits. Le mot Heckethaler parle de ces couches réitérées. » Ensuite il commente certaines parties de sa lettre au duc de La Rochefoucauld. 11 engage les Français à ne pas sortir du royaume, surtout si l'armée est formée en partie de gardes nationales, car ils s'exposeraient à ne pas commencer heureusement la guerre. « Et un premier échec a bien plus de suites mauvaises que tel autre que l'on souffre dans le cours de la guerre. » Il entre dans d'autres détails relativement à la vivacité française, qui peut entraîner du désordre, et à l'usage de la bayonnette, qui est familier depuis longtemps aux Français. Puis il termine par ces mots : « J'ai observé depuis la Révolution, sans lâcher prise, ce Monsieur le comte d'Estaing. Les François se devroient méfier de lui, comme ils auroient dû se méfier du détestable Bouillé. Je mérite un feuillet d'une couronne civique de la part de Pethion, tant aimé-je à faire mon devoir comme citoien françois, quoique je ne le sois que très imparfaitement. >> — (Klopstock avait reçu de l'Assemblée constituante le titre de citoyen français. Dès lors il correspondit avec plusieurs
hommes politiques français, entre autres La Fayette, le duc de La Rochefoucauld et Roland. Ayant de grandes prétentions à la connaissance de l'art militaire, il envoyait aux hommes politiques français des plans pour préparer la France à repousser l'invasion étrangère. En même temps qu'il écrivait cette lettre à Petion, il adressait sa belle ode la Guerre de la Liberté au duc de Brunswick pour le dissuader d'accepter le commandement des armées coalisées.)
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* 1009 c- LESSING (Gotthold-Ephraïm), un des plus grands noms littéraires de l'Allemagne, auteur dramatique, et surtout critique de génie, dont l'influence féconde prépara l'avènement de la plus glorieuse époque littéraire de sa patrie, auteur du Laocoon, n. à Kamenz (Saxe), 22 janvier 1729, m. à Brunswick, i5 février 1781.
L. A. S. (au poète Gleim, à Dresde); Berlin, 1 février 1767, 3 p. 1/2 in-4. — P.
Magnifique et très rare lettre. Lessing annonce à Gleim qu'il est sur le point d'aller s'établir à Hambourg, et il prévoit qu'il ne lui sera pas difficile d'oublier Berlin. « Les amis que j'y laisse, dit-il, me seront toujours chers et resteront toujours mes amis; — quant au reste, du plus grand au plus petit... Mais je me rappelle que vous n'aimez pas qu'on exprime son peu de goût pour cette reine des villes. — Que suis-je venu chercher dans cette maudite galère ! — Ich hoffe es soll mich nicht sclrwer fallen Berlin zu vergessen. Meine Freunde daselbst werden mir immer theuer, werden immer meine Freunde bleiben ; aber ailes uebrige vom grôssten bis zum kleinsten... Doch ich errinere mich sie hôren es ungern wenn man sein Missvergnùgen ûber dièse Kônigin der Stâdte verràth. Was hatte ich auf der verzweifelte Galère zu suchen. »aIl n'a aucun avenir à Berlin, tandis qu'à Hambourg il compte mettre enfin la dernière main à ses œuvres dramatiques et les produire sur le théâtre qui vient d'y être fondé. A cette perspective il sent se rallumer sa passion pour la scène. « Je commençais, dit-il, à me perdre dans d'autres études qui m'auraient bientôt rendu rebelle aux inspirations de mon génie. » Il s'occupe toujours cependant de son Laocoon qui paraîtra bien assez tôt au gré de l'impatience de ses lecteurs. « Ich will meine theatralische Werke welche làngst auf die letzte Hand gewartet haben, daselbst vollenden, und aufglûhen lassen. Solche Umstande werden nothwendig, die fast erloschene Liebe zum Theater wieder bey mir zu entzûnden. Ich fing aber an mich in andern Studien zu verlieren die mich sehr bald zu Aller Arbeit des Genius wûrden unfàhig gemacht haben. Mein Laocoon ist nun wieder die Nebenarbeit. Mich dûnkt ich komme mit der Fortzetzung desselben, fur die grossen Hauffen unserer Léser, auch noch immer frilh genug. Die wenigen die mich jetzt lesen, verstehen von der Sache, eben so viel wie ich, und mehr. » — Une autre raison qui le pousse à aller à Hambourg, c'est qu'il a l'intention de s'y associer avec un certain Bode qui y fonde une imprimerie, et il engage vivement Gleim à leur confier la publication de ses œuvres. Il va être forcé de vendre sa bibliothèque, composée de plus de six mille volumes, et il n'en conservera que ce qui lui est strictement nécessaire pour son travail courant ; ne connaitrait-il pas quelqu'amateur disposé à lui acheter ses journaux ? Il a entre autres la collection du Mercure de France jusqu'en 1758, en 2B4 volumes ; l'Année littéraire de Fréron, etc. Lessing termine en disant que s'il peut aller voir Gleim à Dresde avant de partir pour Hambourg, il le fera certainement, d'autant plus qu'il sera enchanté de profiter de l'occasion pour faire la connaissance des frères Hagedorn, dont tout le monde parle avec enthousiasme. — (Il s'agit de Friedrich Hagedorn, n. 1708, m. 1754, célèbre poète didactique et anacréontique, et de Christian-Ludwig Hagedorn, n. 1713, m. 1780, écrivain sur les beaux-arts, ami de Winckelmann.)