‹ Lettres autographes composant la collection de M. Alfred BovetChapitre 205 sur 312 · SEPTIÈME SÉRIE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME SÉRIE

ARTISTES DRAMATIQUES

FRANCE

1 338 •+ LA GRANGE (Charles Varlet, sieur de), un des meilleurs acteurs de la troupe de Molière, dont il était l'orateur, n. en Picardie vers 1639, m. à Paris, 1 mars 1692. Élève préféré et ami de Molière, qui le considérait comme son second, il succéda à ce grand homme. Il eut l'honneur d'écrire la Vie de son illustre maître et de publier la première édition de son Théâtre complet en 1682. Il a laissé un Journal, qui a été conservé dans les archives du Théâtre-Français et qui a été mis au jour, en 1876, sur l'initiative des sociétaires de ce théâtre.

P. S., sur vélin; Paris, 21 août 168 1 , 1 p. in-4.oblong. Superbe pièce. Très rare. (Coll. Chambry.)

Intéressant document. Il reconnaît avoir reçu, tant en son nom qu'en celui de la troupe des comédiens français de Sa Majesté, la somme de onze cent soixante-deux livres « ordonnée à ladite trouppe, sçavoir cinq cens livres à compte des nouritures depuis le quinziesme avril dernier, y compris ledit jour, trois cens trente livres pour frais journaliers, et trois cens trente deux livres pour frais de symphonie et balets. »

1 33g MOLIÈRE (Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth Béjart), femme de l'illustre écrivain, excellente comédienne, n. vers 1643, m. à Paris, 3o novembre 1 700.

P. S., sur vélin, signée aussi par Isaac-François Guerin, célèbre comédien de la troupe de Molière, son second mari (n. 1 636, m. 1728) ; Paris, 20 septembre 1691 , 1 p. in-4 oblong. — P.

Armande Béjart, veuve de Molière, et Isaac-François Guerin, son mari, tuteurs de Marie-Madeleine-Esprit de Molière, leur fille mineure, déclarent avoir reçu la somme de cent six livres six sous six deniers pour un quartier d'une rente constituée sur le clergé de France le 26 avril 1564. En voici le texte : « Isaac-François Guerin, officier du Roy, et demoiselle Armande-Grésinde-Claire-Elisabeth Béjard, sa femme, qu'il autorise, auparavant veuve de Jean-Baptiste Poquelin, sieur de Molière, valet de chambre du Roy, tant en leurs noms que comme conjointement tuteurs de demoiselle Marie- Magdeleine-Esprit de Molière, leur fille mineure, ont confessé avoir receu de. . . la somme de cent six livres six sols six deniers pour le second quartier de l'année mil six cents soixante deux, à cause de quatre cens vingt cinq livres six sols de rente constitués sur le clergé de France le vingt-six avril mil cinq cents soixante quatre, dont quittance. Fait et passé ès estudes l'an mil six cents quatre vingt unze le vingt septembre. » — (.\rmande Béjart avait épousé Molière le 20 février 1662. Elle en avait eu trois enfants, deux fils, morts jeunes, et une fille, Madeleine, née en août i665. A la mort de Molière, en 1673, elle fut tutrice de sa fille mineure, qui était héritière de la fortune de son père et de celle de sa tante, Madeleine Béjart, décédée en 1672. Elle se remaria, le 3i mai 1677, avec Guerin, un des comédiens de la troupe de son premier mari. Ayant eu des contestations avec sa fille, elle dut rendre ses comptes de tutelle en 1 69 1 et transiger le 26 septembre 1693. Madeleine Molière se maria à l'âge de quarante ans, le 5 août 1705, avec Claude-Rachel de Montalant ; dans son contrat figure la rente mentionnée dans la présente quittance, rente provenant de Madeleine Béjart. La fille de Molière mourut à Paris, sans postérité, le 23 mai 1723. — Cf. Recherches sur Molière et sa famille, par Eudore Soulié et Dictionnaire critique de Jal.)

S. vu

ARTISTES DRAMATIQUES

± 1340 + BARON (Michel Boyron, dit), grand comédien, un des meilleurs élèves de Molière, n. à Paris, 8 octobre 1 653, m. dans la même ville, 22 décembre 1729. Il fut le digne interprète des tragédies de Racine, se montrant ainsi supérieur dans le genre dramatique comme dans le genre comique. Il composa plusieurs comédies, dont la meilleure est l'Homme à bonnes fortunes, où il mit en scène ses propres aventures galantes. Comme son illustre maître, Baron fut frappé au milieu d'une représentation théâtrale par la maladie dont il mourut quelques mois plus tard.

L. A. S. à Jean-Baptiste Rousseau (le célèbre poète lyrique), à Bruxelles (où Rousseau vivait exilé) ; Paris, 3o décembre 1728, 2 p. in-8, trace de cachet. Belle pièce. Très rare. (Coll. B. Fillon.) — P.

Supei'be et précieuse lettre, dont voici le texte : « Je croyois, Monsieur, que les personnes qui m'ont fait l'honneur et l'extrême plaisir de me faire sçavoir tout le bien que vous avez la bonté de dire de moy, je croyois, dis-je, que ces mesmes personnes auroient aussi celle de vous instruire avec quelle joye j'ay appris que non seulement vous vous souveniez encor de mon nom, mais que j'estois mesme un de ceux que vous souhaiteriez le plus de revoir. Je vous jure, Monsieur, à mon tour que je pense la mesme chose et que je ne sache rien au monde qui put égaler celuy que j'aurois à pouvoir vous dire à vous mesme combien je vous ayme et vous et tout ce qui sort de votre plume.

J'ay leu avec plaisir vos œuvres, j'ay veu dans votre dernière impression de Holande bien des choses admirables que je ne connoissois pas. Adieu, mon cher Monsieur.

Je vous embrasse de tout mon cœur et vous proteste que je seray jusqu'à la mort

0 Votre très humble et très obéissant serviteur, Baron. »

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4- 1341 * LECOUVREUR (Adrienne Couvreur, dite), une des plus grandes tragédiennes qu'ait produites la France, n. à Damery (Marne), 5 avril 1692, m. à Paris, 20 mars iy3o. Elle interpréta avec une passion et une grâce jusqu'alors inconnues les rôles des tragédies de Racine. Le charme merveilleux de sa voix et l'intensité touchante de son regard sont restés célèbres. Le refus de la sépulture ecclésiastique aux restes d'Adrienne Lecouvreur inspira à Voltaire une de ses plus belles pièces de vers.

L. A. (au comte Charles-Augustin d'Argental), 1 p. 1/2 in-4. Très rare. (Coll. Monmerqué.) — P.

Précieuse lettre, dont voici le texte : « Vous n'estes en vérité pas sage dans les querelles que vous me cherchés. Vous vous plaignés pour me prévenir, car sy je voulois je pourois être fort en colère du tour que vous me jouâtes hier; mais je ne suis cepandant pas assés hardie pour vous mètre le marché à la main. Ce seroit me vanger sur moy même que de me priver du plaisir de vous voir. Je vous vcés donc malgré vos injustices et je vous aimerés malgré les défauts que l'on vous a dit que je vous trouve. Eh depuis quand prestés vous l'oreille à la tracaserie. Je vous l'ay déjà dit, et cela est très véritable, vous avés bien plus d'esprit que votre Thémire. mais elle a bien plus de raison. Adieu. Je conte vous voir demain, sy vous n'avés ny grand maitre, ny abé qui vous en empêche, et sy je n'ay point d'humeurs noires à cacher, car je vous avoue qu'en cet estât je ne veux point paroitre; je crains trop de me faire haïr. » — (Le jeune comte d'Argental était violemment épris d'Adrienne Lecouvreur, qui, amante de l'illustre Maurice de Saxe, ne répondit pas à cet amour. Sainte- Beuve, dans ses Causeries du lundi, a écrit sur ce sujet des pages très remarquables.)

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