DRAMATIQUES
4- 1342 s- QUINAULT (Jeanne-Françoise), célèbre soubrette du Théâtre-Français, amie .de Voltaire et de Piron, la spirituelle amphytrionne des soupers philosophiques du dix-huitième siècle, n. 1700, m. 1783. Elle rassemblait à sa table les plus beaux esprits de son temps; d'Alembert, Duclos, Diderot, Destouches, Jean-Jacques Rousseau, le comte d'Argenson, Marivaux étaient au nombre de ses familiers.
L. A. (à Alexis Piron); (Fontainebleau), 28 avril (1730), 4 p. in-4. Belle pièce. (Coll. Dubrunfaut.J
Curieuse épitre d'une orthographe bizarre et où elle le prie de lui écrire. « Mon Dieu, le jolis païs. On ne m'i die que des choses agréables et je m'i déplais à mourir. Je suis logée dans la rue la plus tranquille qu'il y oit dans Fontainebleau, mais les jolie choses que j'entens. Je fus réveillée par un mot allemand, la nuit passée; ce matin c'ettoit un crée (grec). Quand me parlera-t-on fransois. A propos de françois, sçavez-vous que la première visitte que j'ay fait icy on m'a parlé de vous Je ne connois point l'homme qui se trouva chés M. le duc de Rochoir (Rochechouart), fils de M. le duc de Mortemar. Cette homme dit un bien infinis de vous et je fus priés de chanter vos chansons. Je ne m'en acquittéz pas trop mal... »
•î- i343 * GRANDVAL (François -Charles Racot), un des maîtres de la comédie au dix-huitième siècle, élève d'Adrienne Lecouvreur et ami de mademoiselle Dumesnil, auteur de parades en vers, n. à Paris, 23 octobre 1 7 1 o, m. dans la même ville, 24 septembre 1784.
L. A. S. (à la célèbre actrice Jeanne- Françoise Quinault) ; (Paris), 23 juillet 1737, 4 p. in-4. Rare. (Coll. Hervey.)
Superbe lettre où il lui fait part des corrections qu'il a dû apporter au rôle que doit jouer mademoiselle Quinault. « J'ay osé ajouter quelques mots dans la scène du Sénéchal pour anoncer de plus loin le divertissement. Vous restiés la seule à en parler sur la fin de la pièce, puisqu'on a supprimé la scène de monsieur Duchemin... » Il lui demande son avis sur ces corrections.
•f- 1344-f DUMESNIL (Marie-Françoise Marchand, dite), une des meilleures tragédiennes de son temps, interprète puissante des tragédies de Racine et de Voltaire, rivale de Clairon, n. près d'Alençon (Orne), 7 octobre 171 1, m. 20 février i8o3.
L. A. S. à son camarade d'Alainval (Jean-Baptiste Canavas), semainier de la Come'die-Française ; (Paris), dimanche, dix heures et demie (20 février 1774), 3/4 de p. in-4. (Coll. Chambry.)
Superbe lettre où elle lui mande que, faute de carrosse, elle est obligée de manquer l'assemblée des acteurs de la Comédie- Française. » Mon carosse d'habitude me manque ce matin de parole. Depuis une heure l'on m'en cherche et l'on en trouve point. Il n'est pas possible d'aller à pied. Vous voyez le temps... »
ARTISTES DRAMATIQUES
S. vu
•f i345 * RICCOBONI (Marie-Jeanne de Heurles de Laboras), actrice du Théâtre italien, renommée pour sa beauté et pour son esprit, romancière de talent, auteur d'Amélie, n. à Paris, 25 octobre 1713, m. dans la même ville, 7 décembre 1792.
L. A. S. à Bernardin de Saint-Pierre (l'illustre auteur de Paul et Virginie)] (Paris), 10 décembre 1784, 3/4 de p. in-4, cachet. (Coll. Chambry.)
Très belle lettre ou elle le remercie de l'envoi de ses Études- de la nature. » Je suis très sensible à l'honneur de votre souvenir, Monsieur, et très reconnaissante du présent que vous voulés bien me faire. Je ne doute point du succès d'un ouvrage écrit par vous. L'agrément de votre style en donnera toujours à tous les sujets que vous traiterez et vous fera lire y *
avec autant de plaisir qu'on pourra tirer d'avan- fo^n 7^ V^/t/*^ 77^) „ rsr/C
tage de vos études. » 1/ ' ir^^t^^
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4 1346 -f PRÉVILLE (Pierre-Louis Du Bus, dit), un des meilleurs comédiens de son temps, n. à Paris, 19 septembre 172 1, m. à Beauvais, 18 décembre 1799. Il se montra l'acteur le plus varié, dans l'ancien répertoire et dans le nouveau, et fut, en 1795, nommé membre de l'Institut dans la section de musique et de déclamation.
Notes, pièce autographe; (Paris, vers 1770), 1 p. in-4. Très belle pièce. — P.
Curieuse pièce ou il parle d'abord des spectacles de foire, qui ne doivent être admis chez les grands qu'aux fêtes éclatantes. Puis il raconte l'anecdote suivante sur Beverlei (tragédie de Saurin, représentée en 1768). « Le mauvais goût gagne même chez les gens qui n'ont profesé que le bon longtems. A la quatorzième représentation de Beverlei, il entra au foyer un homme dans un état épouvantable, les yeux gros et rouges, remplis encore de larmes qu'un mouchoir à chaque main ne pourvoient étancher. Il me vit et vint à moy furieux en me demandant raison des comédiens qui, chargés des plaisirs du public et du jugement des pièces à luy présenter, avoient osé recevoir et jouer un ouvrage aussi attroce. L'ouverture de cette plainte première fut le prélude de l'explosion la plus violente; il fit une déclamation sans réserve sur le public, le ministère, les comédiens, et enfin épuisé, je le vis plus tranquille et je saisis un moment pour luy dire : Mais, Monsieur, voilà donc la première fois que vous la voyés, cette pièce? — Qu'appelés vous, me répondit-il avec une voix pressée et essuiant ses yeux des deux mains; voilà la quatorzième représentation, je n'en ai pas manqué une. — Le bon goût, réveillé en luy, l'avoit mis en colère, le mauvais l'aiant gagné et étourdi l'a consolé et engagé sous sa bannière. »
± 1347 * PRÉVILLE (Pierre-Louis Du Bus, dit).
L. S. à Beaumarchais, signée par Fleury (Abraham-Joseph Bénard, n. 1751, m. 1822), Courville, Madame Molé (Pierre-Claude-Hélène Pinet, n. 1740, m. 1782), Brizard (Jean-Baptiste Britard, n. 1721, m. 1 79 1 ), Bellemont (Jean-Baptiste Colbert de Beaulieu, n. 1728, m. i8o3), Larive, Desessarts (Denis Dechanet, n. 1738, m. 1793), Bellecour, Mademoiselle d'Oligny (Louise-Adélaïde Berthon de Maisonneuve, n. 1746, m. i 82 3), Bouret (Claude-Antoine, m. 1783), Mademoiselle Suin, Dorival, Molé, Auge, Vanhove (beau-père de Talma, m. 1794), Madame Préville (Madeleine-Michelle-Angélique Drouin, n. au Mans, 17 mars 17/31, m. à Senlis, 7 mai 1794), Florence, Rose Vestris (Françoise-Rose Gourgaud, n. 1743, m. 1804), Madame Thénard (m. 1846), Dugazon (Jean- Baptiste-Henri Gourgaud, n. 1743, m. 1809), Dazincourt, Mademoiselle Raucourt, Mademoiselle de la Chassaigne et Madame Dugazon (Louise-Rosalie Lefèvre, n. 1755, m. 1821); (Paris), 2 juillet 1781, 3 p. in-fol. Superbe pièce. (Coll. de Loménie.)
Précieux document. Les artistes de la Comédie-Française répondent à Beaumarchais, qui s'opposait à une reprise du Barbier de Séville, prétendant que cette reprise avait pour but de lui faire perdre la propriété de sa pièce. Ils discutent et rétorquent les arguments de leur adversaire. « La Comédie vous réitère, Monsieur, l'avis qu'elle vous a donné de l'intention où elle est d'afficher la reprise du Barbier de Séville pour en acquérir enfin la propriété par sa chute dans les règles. Pour s'en tenir aux termes de l'ancien règlement approuvé par le nouvel arrêt du Conseil, elle désire que vous conveniez avec elle du temps ou cette reprise aura lieu; elle avait pensé que, malgré la beauté de la saison, le malheur arrivé à l'Opéra (qui avait brûlé le 8 juin) rendait ce moment plus favorable, et vous le propose. S'il ne vous convient pas, indiquez-nous en un autre; nous tâcherons à notre tour qu'il nous convienne; mais veuillez bien, Monsieur, en réponse à celle-ci nous fixer un temps quelconque, car, à faute par vous de le faire, nous avons l'honneur de vous prévenir que nous passerons outre et que nous afficherons la reprise du Barbier de Séville. Nous ne devons ni ne pouvons plus nous écarter de la loi qui indique la nouveauté et la reprise d'un ouvrage. Tant que le vôtre ne sera pas repris, il sera absent du théâtre, et l'intérêt des plaisirs du public exige qu'il y soit. »