LETTRE DE GUSTAVE DORÉ — FRAGMENT
Numéro 1697.
PEINTRES ET. SCULPTEURS
S. vin
+• 1698 -s- VOLLON (Antoine), peintre de genre, qui a conquis le premier rang dans les sujets de nature morte, n. à Lyon, 20 avril 1 833. On doit aussi à cet excellent artiste des paysages et des aquarelles très remarquables.
i° L. A. S. au peintre Guillardin, 1 p. in-18. Jolie pièce. — P.
Belle lettre où il s'excuse de ne pouvoir retoucher le tableau qu'il lui a rapporté.
2° L.A.S. àM.Chailloux, 1 p. 3/4 in-8. Très jolie pièce.
Il demande un délai pour le payement d'une dette et promet un tableau, car il a trouvé de beaux motifs d'intérieur.
-s 1699 + BRACQUEMOND (Joseph-Félix), peintre et graveur, du talent le plus vigoureux et le plus original, le prince des aquafortistes, n. à Paris, 22 mai 1 83 3 . Aux artistes, pièce autographe signée ; (Paris, 1870), 6 p. in-4. Belle pièce. (Coll. B. Fillon.) — P.
Important document où le célèbre artiste expose ses vues particulières sur la question, si controversée, des expositions. Après d'intéressantes considérations sur la nécessité d'une association des artistes, il arrive à cette conclusion : il y aura deux sortes d'expositions; l'une, faite parle gouvernement et à ses frais, aura lieu tous les cinq ans; l'autre, faite par les artistes et à leurs frais, aura lieu tous les ans, à l'exception de l'année où le gouvernement fera la sienne. — (On sait que les idées de Bracquemond ont fini par triompher et qu'actuellement les expositions sont organisées par les artistes constitués en société.)
± 1700 -s- BONN AT (Joseph-Florentin-Léon), peintre d'histoire, un des chefs les plus célèbres de l'école contemporaine, membre de l'Institut (1881), n. à Bayonne (Basses-Pyrénées), 20 juin 1 833. Ce grand artiste excelle aussi dans le portrait.
iu L. A. S. à un critique d'art; Paris, 23 décembre 1 863, 7 p. 3/4 in-8. — P. photographié.
Superbe lettre, qui fait le plus grand honneur à ce célèbre artiste. Elle a été écrite à l'occasion de la réorganisation de l'école de France à Rome. Bonnat donne de piquants détails sur le peintre Hector Leroux et sur l'esprit de corps des pensionnaires de l'école. Il rappelle que Leroux obtint le premier prix dans la section de peinture, mais que cet arrêt fut cassé par l'Institut en masse, c'est-à-dire par les musiciens, les architectes et les sculpteurs. « N'y a-t-il pas là quelque chose d'illogique, et la voix d'un musicien, quoique de l'Institut, quand il s'agit de juger un peintre, devrait-elle avoir la même valeur que celle d'un peintre? M. Halévy peut-il avoir en peinture des connaissances aussi positives que celles de M. Delacroix?» (Ceci se passait en 1857 et Hector Leroux n'eut que le second prix.) Il discute la nécessité pour les élèves de faire des envois. Il est partisan des nouvelles mesures prises relativement à l'école de Rome. Considérations à ce sujet. «Je suis, dit-il, convaincu que toutes les fois que l'on laissera de la liberté aux artistes et que l'on étouffera l'esprit de routine, l'art y gagnera. Nous, jeunes, nous puiserons dans notre cœur et y trouverons des motifs d'orignalité, de personnalité, une émotion que ne sauraient nous donner les recettes compassées de l'enseignement que l'on nous a donné jusqu'à présent, »
2" L, A. S. au même; (Paris), samedi 26 décembre i863, 3 p. in-8. Très jolie et curieuse pièce.
Très remarquable lettre sur le même sujet que la précédente. « M. Ingres, qui crie tant contre le nouvel état de choses, a été le premier à s'affranchir des règles imposées par la queue de David. Ce n'est qu'à force d'étudier les maitres, en s'affranchissant de l'esprit de routine, qu'il est parvenu à produire des œuvres si imposantes et si belles. Ne pourrait-on le présenter comme modèle à la jeune génération?... Notre école est en décadence; qu'on la compare à ce qu'elle a été sous Louis XIV, sous l'Empire, en i83o. Ça vient du manque de foi dans le beau, ça vient du manque de chaleur dans les jeunes gens qui cherchent à gagner de l'argent plutôt qu'à produire de belles choses. On leur dit que le nouveau décret tend à tuer le grand art et à baisser encore le niveau. Dites-leur, Monsieur, je vous prie, que des recettes ne peuvent que produire un semblant de grand art. Le grand art se trouve dans leur conscience, dans leur cœur. Qu'ils s'écoutent et qu'ils deviennent des hommes, qu'ils sa livrent, sans arrière-pensée et tout entiers, à l'étude des grands maitres, de la nature, et leurs œuvres seront du grand art... L'on dit que le grand art est mort, c'est faux. » — (Les œuvres de M. Bonnat ont prouvé surabondamment combien ses théories et ses sentiments étaient justes.)