‹ Lettres autographes composant la collection de M. Alfred BovetChapitre 83 sur 312 · LETTRE DE LEONHARD EULER · texte numérisé non relu

LETTRE DE LEONHARD EULER

FRAGMENT

Numéro 523.

SAVANTS ET EXPLORATEURS

4 524 s- LINNÉ (Charles de), l'illustre naturaliste suédois, qui appliqua le premier la méthode naturelle à la botanique, n. à Rashult, 12 mai 1707, m. à Upsal, 10 janvier 1778.

L. A. S., en latin, à Haller (l'illustre naturaliste); Upsal, 24 septembre 1746, 2 p. 1/2 in-4, cachet. Légers raccommodages. — P. de Cathelin d'après Roslin.

Superbe lettre où il le remercie, au nom de l'académie d'Upsal, de ses observations touchant la tunique de l'œil. Il sollicite la faveur de l'envoi de son portrait. — (Linné entretint une correspondance suivie avec Haller, qui eut le tort de la publier, sans avoir consulté son ami. Ce fait amena un refroidissement dans la liaison des deux savants.)

4- 525 -s- BUFFON (Jean-Louis Leclerc, comte de), le grand naturaliste, n. à

Montbard (Côte-d'Or), 7 septembre 1707, m. à Paris, 16 avril 1788.

L. A. S. à d'Alembert; 20 juin 1752, 1 p. in-4, cachet brisé. — P. de Chevillet d'après Drouais.

Superbe lettre où il le félicite de son Discours sur l'Encyclopédie. « Je viens, mon cher Monsieur, de lire votre Discours. Il est grand, grand, très bien écrit et encore mieux raisonné. C'est la quintessence des connoissances humaines, mais ce suc n'est pas fait pour tous les esthomacs, et je crois que vous n'aurez d'abord que l'admiration des gens de beaucoup d'esprit et qu'il faudra vous passer pour quelque temps du suffrage des autres. Les pédants surtout feront la grimace et les sots, même les demi-sots, parleront beaucoup et ne vous entendront pas. Avec tout cela ce morceau ne peut manquer d'avoir le plus grand succès. Pour moy j'en suis enchanté et très flatté de la manière dont vous m'avez traitté. Si je n'avois pas l'honneur d'être de vos amis, je vois par votre éloge que je serois digne de l'être, et c'est ce qui pouvoit me toucher d'avantage... »

4~ 526 •* HALLFR (Albrecht von), illustre physiologiste, botaniste et poète suisse,

n. à Berne, 16 octobre 1708, m. dans la même ville, 12 décembre 1777.

L. A. S., en français (à Maupertuis); (Gœttingue, 1 753), 8 p. in-4. — P- de Pruneau.

Lettre des plus remarquables où il répond à l'offre que le grand Frédéric lui a faite, par l'organe de Maupertuis, de venir s'établir à Berlin. Il avait le dessein de rentrer bientôt dans sa patrie. L'offre glorieuse du Roi dérange ce projet. Aussi est-il partagé entre l'amour de la patrie, la reconnaissance qu'il doit au ministère de Hanovre (qui l'avait nommé professeur à Gœttingue en 1736) et la fortune inespérée qui vient à lui. Avant de se décider il voudrait savoir quelle place on lui destine, (i Vous m'avez touché en passant le mot de cour et d'anatomie. Pour la cour je n'ai ni la politesse ni les manières nécessaires pour y réussir. Quoique présenté sous vos auspices, je pourois, par timidité, par ignorance, faire des faux pas dans un païs inconnu pour moi. Faut-il s'exposer à la lumière la plus vive quand on connoit ses défauts? L'anatomie est mon métier. Les vues et les idées que j'ai sur cette science pourroient mener à quelque chose, à découvrir par des expériences réitérées le vrai et le précis de bien des fonctions animales. C'est sur ces idées que je fais travailler mes disciples ici, que j'ai fait un grand nombre d'expériences sur la respiration et que M. Ziem vient d'en faire sur le cerveau. Mais je deviens trop vieux pour sufire moi-même à ce qu'il y a de mécanique dans cette science. » Il préférerait la situation d'un académicien chargé des correspondances et des examens de livres. — (Haller rentra, cette même année, à Berne.)

4 527 + VAUGANSON (Jacques de), le célèbre et ingénieux mécanicien, n. à

Grenoble, 24 février 1709, m. à Paris, 21 novembre 1782.

L. A. S. aux frères Jubié, à La Sonne; Paris, 3i janvier 1777, 2 p. in-4, cachet. Rare. — P.

Belle lettre où il les remercie de leurs compliments. « Le plus agréable et le plus flatteur que je puisse recevoir de vous sera d'apprendre que mes moulins ont eu, dans vos mains et Jy

dans le local que vous leur préparés, tout le succès que je / f ^"9-^^<^

désire. « Il a combattu l'opinion de l'intendant à cet égard, y / y^2^é^C^^^/^^^^

«J'avouerai avec grand plaisir que j'ai eu tort, si les deux établissements qu'il a voulu faire produisent des organsins semblables ù ceux que la première fabrique a donnés àAubenas...» — (Vaucanson était inspecteur des manufactures de soie et il avait perfectionné le métier à organsiner.)

LETTRE DE LINNÉ A HALLER Numéro 524.

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SAVANTS ET EXPLORATEURS

4- 528 * TRONCHIN (Théodore), le célèbre médecin de Voltaire, n. à Genève, 24 mai 1709, m. à Paris, 3o novembre 1781. L. A. à Voltaire; (1760), 3/4 de p. in-8, cachet. — -.P. de Gaillard d'après Liotard.

Très curieuse épître où il raconte que La Condamine étant allé chez Lefranc de Pompignan pour lui demander sa voix (pour l'Académie française), celui-ci s'est écrié : « La postérité déposera pour moi contre l'Académie et me vengera de ses outrages. » Le dauphin a aussi recommandé La Condamine à Pompignan, qui l'a supplié de le dispenser d'aller à l'Académie. 0 Ce même jour, Pompignan avoit mené Fréron à Versailles pour qu'il fut témoin des boutez de la Reine. Ils furent tous deux au disner, mais malheureusement la Reine ne dit pas un mot à Pompignan, et Fréron lui-même l'en a plaisanté. » — (La Condamine fut élu à l'Académie française en 1760, à la place de Vauréal.)

4- 529 -5- BERNOULLI (Jean II), éminent mathématicien et jurisconsulte suisse, n. à Bâle, 18 mai 1710, m. dans la même ville, 17 juillet 1790.

L. A. S. (à Dortous de Mairan); Bâle, 2 mars 1726, 4 p. pl. in-4. (Coll. Ganthier-Lachapelle.)

Lettre écrite à l'âge de seize ans, au nom de son père très malade depuis trois mois. Il parle longuement d'un de ses mémoires qui n'a pas obtenu de l'Académie des Sciences le prix auquel il semblait avoir droit. En France on a des préjugés en faveur des petits tourbillons du Père Malebranche. C'est ce qui a guidé l'Académie dans son choix. Si Mairan peut faire éditer le mémoire de Bernoulli, celui-là lui en saura le plus grand gré. — A la fin on lit ces mots de Bernoulli père : « J'ajoute ces deux mots d'une main tremblante pour vous prier d'excuser la méchante écriture de cette lettre écrite par un garçon bien jeune. » — (Bernoulli se rétablit et ne mourut qu'en 1748.)

•5- 53o * DAUBENTON (Louis-Jean-Marie), grand naturaliste et anatomiste, ami et collaborateur de Buffon, membre de l'Académie des Sciences (1744), n. à Montbard (Côte-d'Or), 29 mai 1716, m. à Paris, 1 janvier 1800.

L. A. S. à Bernardin de Saint-Pierre; Paris, 9 mai 1793, 1 p. 1/2 in-4, cachet brisé. (Coll. Gilbert.) — P.

Très belle lettre où il lui mande qu'il s'est entendu avec Lakanal pour lui faire envoyer soixante barils de farine vides. Il est inquiet au sujet du citoyen Valenciennes, que la loi de recrutement atteindra peut-être. « Il a été arrêté hier à la section que l'on feroit une proclamation trois jours de suite pour offrir trois cens livres aux citoyens qui voudroient s'enrôler volontairement, et que si, au bout de ce temps, le nombre n'étoit pas complet, on tireroit au sort. «

-3- 53 1 POIVRE (Pierre), célèbre voyageur, intendant des îles de France et de

Bourbon, n. à Lyon, 23 août 1 7 1 9, m. près de cette ville, 6 janvier 1786. Il fut

un des fondateurs de ces colonies où il introduisit la culture des arbres à épices

et il mérita le magnifique titre de bienfaiteur de l'humanité.

L. A. S. à Messieurs...; 17 juin 1769, 1 p. in-4. (Coll. B. Fillon.) — P. t^T O VJL? 1^

Relative au payement de deux cents milliers de fer en gueuset fournis par eux pour faire ^ ^"'■V-' V/ partie du lest du vaisseau le Sphinx. — (Il rentra en France en 1773.)

4 532 -s- BONNET (Charles), grand naturaliste et philosophe suisse, n. à Genève, i3 mars 1720, m. dans la même ville, 20 juin 1793. Il était d'origine française. L. A. S. à Haller (l'illustre savant); Genève, 27 janvier 1755, 9 p. in-4. — P-

Magnifique lettre, la plus belle qu'on connaisse de ce savant. Il le félicite de sa dissertation sur l'Irritabilité. « Chaque ligne de cet excellent ouvrage renferme une vérité; et ces vérités combien sont-elles fécondes en conséquences utiles! Un nouveau jour vient éclairer la médecine et la chirurgie. L'expérience triomphe de l'ignorance, de l'erreur et du préjugé. Les chimères s'évanouissent, les faits se multiplient, le trésor de nos connoissances augmente et la postérité vous mettra à juste titre au rang de ceux qui auront le plus contribué à augmenter ce trésor. » Bonnet fait ensuite allusion aux affaires politiques de Berne, qui lui inspirent ces belles considérations : « C'est, en effet, une terrible chose que les mouvements des Républiques: mais ces mouvements même indiquent qu'il y a beaucoup de vie dans cette sorte de gouvernement. Il y a certainement bien moins de vie dans la monarchie, et dans le despotisme il n'est qu'un homme qui respire. Il est vrai que le trop grand mouvement des Républiques y conduit quelquefois a la destruction des membres. Mais ces sortes de corps reviennent de boutures et les playes

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SAVANTS ET EXPLORATEURS

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qu'on leur fait et qu'ils réparent si facilement ne servent souvent qu'à les rendre plus sains et plus vigoureux. L'illustre auteur de l'Esprit des loix, cet homme qui a fait pour le monde moral ce que Newton a fait pour le monde physique, dit que la meilleure aristocratie est celle où la partie qui est Peuple est si petite et si pauvre que la partie qui gouverne n'a aucun intérest à l'opprimer. Si vous jugés, Monsieur, sur ce principe de l'aristocratie de Berne, que vous en semblera-t-il ? Ne vous paroitra-t-il point qu'il eut peut-être été plus avantageux d'élargir un peu la piramide. On perd ainsi un peu de son activité, mais on acquiert plus de force réelle, on est plus difficilement ébranlé. Après tout, souvenons-nous de ne point chercher dans les gouvernements une perfection que nous ne trouvons point dans l'humanité. Le meilleur gouvernement est le moins mauvais; le moins mauvais est celui qui s'accorde le moins mal avec le génie du peuple à gouverner, avec les circonstances où il se trouve placé, avec ses mœurs, ses préjugés même, car les préjugés mènent les hommes mieux que les loix. » Après il parle d'expériences scientifiques et de Voltaire. « M. de Voltaire vient d'achetter, sous le nom d'un de nos citoyens, M. Cramer, libraire, la campagne de M. le conseiller Mallet, à Saint-Jean, sur notre territoire et à une portée de mousquet de notre ville. Il donne de ce fonds environ quatre-vingt-sept mille livres, argent de France. Ainsi le voilà dans le dessein de se fixer ici. Je ne voudrois cepen. dant pas répondre qu'il ait tellement renoncé au séjour des cours qu'il ne lui prenne quelque jour envie d'y retourner. » On lit en post-scriptum : « Cette lettre est une des plus longues que j'aye écrites de ma main depuis longtemps. Mes yeux me l'ont permis et j'en ai profité avec empressement. » — (En effet Charles Bonnet avait une vue très faible et était obligé le plus souvent de dicter ses lettres à un secrétaire.)

^ 533 ^ CALDANI (Leopoldo-Marco-Antonio), célèbre anatomiste italien, n. à Bologne, 21 novembre 1725, m. à Padoue, 3o décembre 181 3.

L. A. S., en français, à Haller (l'illustre naturaliste) ; Bologne, 27 novembre 1758, 1 p. in-4, cachet. Envoi d'un mémoire. « Le silence de nos ennemis, du moins en Italie, nous dit clairement que nous n'avons plus rien à craindre. »

4- 534-5- DE LUC (Jean-André), éminent physicien et naturaliste suisse, qui résida longtemps en Angleterre, ami de Jean-Jacques Rousseau, n. à Genève, 8 février 1727, m. à Windsor, 8 novembre 1817.

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