V" HUGO
• Hernani.
2 Propriété de M. Bertin aîné, à Bièvre (Scine-ct-Oise).
Mademoiselle Louise Berlin, aux Roches, Bièpre.
Ce 5 M., 9 h. du matin (i83i ou i832).
Mademoiselle,
Permettez-moi d'adresser à vous ce petit billet et soyez assez bonne pour en transmettre le contenu à M. Bertin. Armand ne pouvant m'emmener, je prendrai la voiture de Sceaux qui part à trois heures, et je serai à cinq heures moins un quart au haut de la montagne jaune. Si le cabriolet s'y trouve, je le prendrai, sinon, je viendrai très gaillardement à pied.
A ce soir donc. Mademoiselle, et permettezmoi en attendant de mettre à vos pieds tous mes respects et tout mon dévouement.
Mademoiselle Louise Berlin, 6, rue de Seifie .
Ce 4 juillet, de i83i à i835.
Mademoiselle,
Je voudrais bien dire deux mots aujourd'hui dans la matinée à monsieur Bertin, sans le déranger pourtant. Vous seriez bien bonne de lui demander de me faire savoir par le retour de ma messagère quelle heure il désire que je prenne, et s'il aime mieux que je vienne le trouver chez lui ou au bureau du Journal des Débats. Mille pardons.
Permettez -moi de vous offrir avec l'hommage de mon respect celui de mon amitié bien dévouée.
VICTOR
Mademoiselle Louise Berlin, 8, rue de Seine.
Vendredi. . . (iS32).
Mademoiselle,
Voici mon griffonnage.
Je le recommande à votre indulgence et je le mets à vos pieds avec mes homniages les plus respectueux et les plus empressés.
VICTOR H
Il est nuit \
La chambre de sainte Marthe,
Un lit, une fenêtre ouverte au fond.
Entrent FroUo et la Falourdel (que nous ne nommerons pas).
FroUo donne une bourse d'argent à la vieille qui le fait cacher dans un pan de tapisserie.
Du peu de paroles qu'ils échangent il
' Scénario du 3'^ acte de la E^imcralda, opéra en quatre
résulte qu'un complot est ourdi entre eux pour perdre l'Égyptienne. Des hommes du guet sont aposte's. Le crime qui va se commettre retombera sur elle.
Frollo seul. Court monologue de jalousie et de vengeance.
Entrent Esméralda et Phébus.
La jeune fille timide, tremblante, troublée, éperdue. Phébus triomphant, joyeux, amoureux.
actes, paroles de Victor Hugo, musique de M"" Louise Bertin, représenté à l'Opéra le i6 novembre 1 836, avec la distribution suivante :
La Esméralda. M"'= Falcon.
Phœbus de Chateaupers. MM. Ad. Nourrit.
Claude Frollo. Levasseur.
Quasimodo. Massol.
Fleur de lis. MM"»" Jawureck.
M"^ Aloïs Gondelaurier. Mori Gosselin.
Diane. Lorotte.
Bérengère. Laurent.
V'« de Gif. MM. Alexis Dupont.
M. de Cheuvreuse. Fréd. Prévost.
M. de Morlaix. Serda.
Clopin Trouilesou. Wartel.
M"« Taglioni dansait dans le ballet.
Ils sont assis tous deux sur la même banquette.
Phébus demande un baiser.
Elle refuse, et le laisse prendre.
Au moment où elle se laisse aller dans les bras de Phébus, FroUo sort de sa cachette, fond sur le capitaine et le poignarde. Grand cri. Phébus tombe mort, Esméralda évanouie.
FroUo saute par la fenêtre.
Tumulte, rumeur en dehors, flambeaux.
On enfonce la porte.
Entre le guet. Entre la foule.
Cris confus, qui accusent Esméralda d'avoir assassiné le capitaine. Cette accusation la ranime. Elle se jette sur le corps de Phébus en protestant de son innocence et de sa douleur. La Falourdel et les soldats redoublent d'invectives ; 'on l'entraîne malgré sa résistance.
Mademoiselle Louise Bertiît, che^ M. Berlin l'aîné, aux Roches, près Bièvre.
Paris, 27 mai i832.
Voici, Mademoiselle, une nouvelle lettre de Poupée '. Puisque vous le permettez, j'y joins quelques mots.
J'espère que tout le monde aux Roches se porte bien. Nous sommes partis l'autre jour avec le regret de n'avoir pu serrer la main à M. Bertin, mais il n'était encore levé au moment de notre départ.
Boulanger- est dans le ravissement des Roches, tout ce qu'il a vu et tout ce qu'il a entendu l'a charmé. Il a bien raison. Il faudrait vivre dans votre vallée. Votre verte vallée couvre Paris de poussière et de cendre. Paris est hideux quand on y revient des Roches. Paris est horrible avec ses barrières
' Léopoldine Hugo.
- Louis Boulanger, peintre.
de plâtre, ses charrettes de foin, ses boulevards poudreux et ses ormeaux gris. C'est une triste chose, je vous assure, que de marcher devant soi quand on a le dos tourné vers les Roches et le visage vers Paris.
Je me tire de l'ennui de cette prosaïque ville comme je peux, par le travail. Vous travaillez aussi, vous, là-bas, dans vos arbres et dans vos gazons. Ce que nous faisons tous deux se ressent des milieux où nous sommes. Vous répandez votre âme sur votre piano. Moi, je barbouille mon esprit avec mon encrier. Vous faites de la poésie, moi, de la prose. Vous êtes aux Roches, moi à Paris.
Adieu, Mademoiselle.
Dites à vos excellents parents que nous sommes à eux du fond du cœur, et permettezmoi de mettre à vos pieds une amitié bien respectueuse et bien dévouée.
VICTOR H
A Mademoiselle Louise Bertin, chei M. Bertin l'aîné, aux Roches, près Bièvre.
{Recommandée à Madame Languedoc.)
Lundi, 22 octobre (i832).
Mademoiselle,
Est-ce que vous me permettrez d'ajouter un troisième griffonnage aux deux griffonnages que je vous envoie ? Didine ' et Chariot ^ ont gribouillé à l'envi, comme vous allez voir, et je vous demande grâce pour eux comme pour moi.
Nous avons reçu ce matin votre bonne et charmante lettre. Didine m'a prié de la lire à haute voix, ce que j'ai fait à la satisfaction générale de ma populace de marmots. Ma femme a été attendrie jusqu'aux larmes de tout ce que vous écrivez de tendre et de gracieux à ces
1 Léopoldine Hugo.
- Charles Hugo.
pauvres enfants. Je vous assure que toutes nos journées se passent à regretter les Roches, quand je ne suis pas dans la caverne de Saltabadil et de Maguelonne. Nous nous rappelons à chaque heure du jour quelque douce chose à laquelle elle était employée près de vous. Ligier me disait hier à la répétition ' que je reconstruisais le théâtre français, j'aimerais bien mieux bâtir avec vous un théâtre de cartes ^
Le temps est beau, et je pense avec joie que l'admirable jardin des Roches n'est pas fermé par les pluies d'automne aux promenades de M. Bertin. Dites-lui bien, ainsi qu'à Madame
• Répétitions du Roi s'amuse.
* Victor Hugo et mademoiselle Louise Bertin se plaisaient à faire toutes sortes de constructions en cartes. Nous lisons, à ce propos, dans Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie : « Pendant que le drame {Le Roi s'amuse) allait comme « il pouvait, l'auteur employait la tin de l'été (aux Roches) « à jouer avec ses enfants sous les arbres, et à faire, en col « laboration avec mademoiselle Louise Bertin, des cocottes, « des bateaux, des carrosses merveilleux qu'il dorait et que « ne dédaignaient pas de peindre des peintres célèbres qui K venaient voir M. Edouard Bertin. »
Bertin, à quel point je vous suis dévoué à tous. Vous ne me parlez pas d'Edouard qui travaille, j'espère, comme un diable, et qui est bien heureux de n'avoir pas besoin de faire jouer ses paj^sages. Serrez-lui la main pour moi, je vous prie.
Ma femme me charge expressément de vous prier de ne pas trop travailler et de penser beaucoup à nous.
Il est inutile que je vous reparle de mon profond et respectueux attachement.
Je ferai chercher votre couteau, mais Didine se prétend sûre de ne pas l'avoir emporté. Je pense que vous le retrouverez dans quelque double fond de la boîte à couleurs.
Mademoiselle Louise Berlin.
Paris, 3o octobre i832.
Malgré votre défense, Mademoiselle, je vous écris encore : il faut que vous me permettiez de vous envelopper de quelques mots le style et l'orthographe de mes marmots. Je ne sais pas où diable Antoni' irait chercher le naïf dans l'art, si ces lettres-là ne le ravissaient pas. Quant à moi, elles m'enchantent, je vous le déclare; je leur laisse la bride sur le cou, et les deux petits lutins vous écrivent tout ce qui leur passe par la tête. Je vous demande pardon pour eux.
Je vous demande aussi pardon pour moi qui ai pris la liberté de vous envoj^er de mon style imprimé ces jours passés. C'est votre libretto sur papier de Chine et en trois volumes que je me suis hasardé à mettre à vos pieds. Il
' Anton i Deschamps.
y a par-ci par-là quelques pages nouvelles pour lesquelles je vous demande votre indulgence, si vous les lisez, par aventure.
Il faut que vous me plaigniez, d'abord et beaucoup, d'avoir quitté les Roches, ensuite un peu d'être depuis huit Jours dans l'exécrable tohu-bohu d'un déménagement', fait à l'aide de ces machines prétendues commodes qui ont aidé tant de pauvres diables à déménager en masse et pour leur dernier logis à l'époque du choléra. Voilà huit jours que je suis dans le chaos, que je cloue et que je martèle, que je suis fait comme un voleur. C'est abominable. Mettez au travers de tout cela mes répétitions où je suis bien forcé d'aller, et le portrait* qu'on peut voir chez Ingres, que j'ai la plus grande envie de voir, et que je n'ai pu encore aller voir! Voilà bien des z'OzV dans la même phrase, mais que voulez-vous, c'est du style
' Victor Hugo venait de quitter la rue Jean-Goujon pour s'installer place Royale.
- Portrait de M. Bcrtin l'aîné.
de garçon tapissier que je vous envoie aujourd'hui.
Jugez si je regrette les Roches, et les douces journées, et les douces soirées et les châteaux de cartes, et Jamais dans ces beaux lieux ', et Phébus, l'heure t'appelle \
On me joue du 12 au i5 novembre'.
Adieu, Mademoiselle. Il y a une famille qui est heureuse et qui est bonne, et que je porte dans mon cœur, c'est la vôtre. Je donnerais le reste du monde pour les Roches, et le reste des hommes pour votre famille.
Adieu encore, c'est-à-dire à bientôt. Quand reviendrez-vous ?
Votre respectueux et dévoué collaborateur.
VICTOR
' Chœur à'Armide, de Gluck.
* Air d'Esinéralda.
^ Le Roi s'amuse.
Mademoiselle Louise Bertin, aux Roches, pi^'s et par Bièrre.
2 novembre i832.
Mademoiselle,
Je veux faire comme la pauvre Poupée, et je vous écris ces lignes malgré mes mauvais yeux, auxquels je crois bien qu'il faut que je renonce décidément.
Nous voici à peu près emménages.
C'est votre tour maintenant.
J'espère que vous ne tarderez pas.
J'ai beau, et par égoïsme je devrais faire des vœux tout contraires, j'ai beau souhaiter à M. Bertin le plus beau temps possible pour les derniers jours de l'automne. L'automne s'obstine à devenir hideux. Paris est un cloaque de boue et d'eau. Je suis sûr que les Roches sont encore mille fois plus praticables. Pardon, praticable est un mot de coulisse et
de machiniste qu'il faut que vous me passiez en ce moment où les oreilles me tintent nuit et jour de théâtre et de comédiens.
Adieu, Mademoiselle, vous avez fait je suis sûr de belles choses aux Roches en mon absence. Moi je crois que mes meilleurs ouvrages seront toujours ceux que j'aurai faits avec vous; le petit théâtre, les voitures de cartes et notre opéra.
Rappelez-moi au souvenir de tous les habitants des Roches et dites-leur combien nous pensons à eux.
Je vous suis bien profondément et bien respectueusement dévoué.
VICTOR
Boulanger n'est pas encore de retour.
Mademoiselle Louise Berlin, chei M. Bertin dîné, 8, rue de Seine.
27 novembre i832.
Mademoiselle,
Quelles que soient les malheureuses divisions politiques et littéraires qui se sont élevées et où j'ai la consolation de ne pas avoir eu un tort de mon côté, j'espère que vous n'avez pas douté de moi un seul instant. Vous me savez dévoué du fond du cœur, à vous Mademoiselle , à votre excellent père ( que j'aime comme s'il était le mien, et qui est, je suis sûr, plus affligé que moi de l'événement inouï qui me frappe '), à tout ce qui vous est cher. Cet événement-là même aura eu cela d'heureux à mes yeux, de bien vous faire voir
' Interdiction du Roi s'amuse, après la première repre'sentation.
qu'il n'y a jamais eu que des raisons d'attachement personnel et désintéressé dans les relations que j'ai été si heureux et si fier de nouer avec vous, avec vous dont j'admire la belle âme et le profond talent. Dites bien, je vous supplie, cà vos bons parents qu'ils ne s'inquiètent de rien avec moi, qu'ils ne se croient pas obligés de gêner les polémiques littéraires ou politiques qu'ils pourraient juger nécessaires contre moi dans la nouvelle position où mes ennemis de toute nature et de tout rang m'ont placé, que je serai toujours, quoi qu'il arrive, empressé et obéissant à vos moindres volontés, et que je ne renoncerai jamais à l'œuvre que nous faisons en commun, à moins que ce ne soit vous qui, dans votre propre intérêt, cro3-iez devoir répudier une collaboration qui expose à tant d'orages.
Vous me connaissez, vous, Mademoiselle Louise, et je suis sûr que vous vous êtes déjà dit tout cela à vous-même; je suis sûr que vous comptez fermement sur moi.
Répondez donc de moi, je vous prie. J'irai vous voir. Je vous demanderai vos ordres comme par le passé.
Je mettrai tout mon loisir à vos pieds. Je vous demanderai aussi de me plaindre un peu, moi homme tranquille et sérieux, d'être ainsi violemment arraché à toutes mes habitudes et d'avoir à soutenir maintenant un combat politique en même temps que le combat littéraire.
Où sont nos beaux jours des Roches ?
Je mets tous mes respects et tout mon dévouement à vos pieds.
VICTOR HUGO
Mademoiselle Louise Berlin.
Ce mercredi (i832}.
Mademoiselle,
Votre lettre me touche profondément. Dans quelques jours vous allez me lire, me juger, et m'absoudre. D'ici là j'irai vous voir, j'irai serrer les bonnes et cordiales mains de votre père et de vos frères, j'irai vous dire à quel point ma respectueuse amitié vous est à jamais dévouée.
VICTOR
Mademoiselle Louise Berlin.
6 mars (de i833 à i836).
Voici, Mademoiselle, cet absurde gribouillis.
Je serais surtout tenté de remercier madame V... des deux charmantes heures que j'ai passées aujourd'hui auprès de vous. Je mets ma vieille et tendre amitié à vos pieds.
VICTOR H
Madejjioiseîle Louise Bertin, chei M. Bertin Vahiê, aux Roches, près Bièvre.
Paris, 4 juin i833.
Encore nous, Mademoiselle. Vos leçons d'orthographe fructifient, comme vous verrez par la lettre rose de Poupée. Elle vous apprend qu'elle n'est plus c^M'henrhumée. Vous lui avez écrit, vous, une lettre charmante et bien bonne, je suis bien touché de ce que vous lui dites de gracieux pour moi, je l'ai chargée de vous l'écrire. Vous verrez qu'elle s'acquitte de la commission.
Je vous adresse, moi, la plus aride et la plus ennu3^euse lettre du monde. Je m'arrache à la délicieuse lecture do. Francis Godivin et du sieur de Racoles pour vous écrire, les pages de ces deux illustres bouquins me servent de pupitre, et leur poussière sèche tout ce que je vous écris.
Pardonnez-moi, plaignez-moi et priez pour moi.
D'ailleurs, rien de nouveau ici. La Seine et les tragédies coulent toujours.
Adieu, Mademoiselle, dites à Edouard, dites à votre père, dites à madame Bertin, et ditesvous surtout à vous-même que tous tant que nous sommes ici, nous vous aimons de tout notre cœur.
Votre respectueux ami,
VICTOR H
Renduel ' s'est chargé de vous faire parvenir votre exemplaire de Han d'Islande.
Informez-moi, je vous prie, de tout retard et de toute négligence de sa part.
' Editeur.
Mademoiselle Louise Berlin, che- M. Berlin l'aîné^ aux Roches^ pj-ès Bièvre.
14 juillet i833.
I\ÎADE.MOISELLE,
Voici une lettre de Poupe'e qui a bien plutôt l'air de la lettre d'un chat que de la lettre d'une poupée. Vous l'excuserez quand vous saurez qu'elle Ta écrite de son lit, où elle est depuis quelques jours pour une fièvre de croissance. C'est cette petite maladie qui nous a empêchés, Poupée et moi, de vous donner plus tôt des nouvelles de la place Royale.
Je mets sous le même pli les quelques vers que vous m'avez demandés. J'espère qu'ils ne vous ont pas fait faute.
Je suis d'ailleurs toujours jusqu'au cou dans le travail, éperonné des deux côtés par Renduel et Harel ', qui sont bien les deux plus ennuyeux
' Directeur de la Porte-Saiat-Marlin.
hommes de négoce qu'il y ait. J'ai déclaré à Harel qu'il n'aurait pas ma pièce ' avant le 1" septembre, et malgré ses lamentations, incantations et gémissements, j'en suis resté là. Que saint Georges et saint Martin lui soient en aide.
C'est aujourd'hui dimanche, et belle et joj^euse journée aux Roches. Vous ne sauriez croire combien votre vie de campagne, de poésie et de musique paraît charmante et désirable à nous autres pauvres ouvriers du quartier Saint-Antoine, condamnés à tourner la roue qui verse l'argent dans la poche d'un libraire et d'un imprésario, et non dans la nôtre.
Vos arbres sont bien beaux, je vous jure, votre vallée est bien admirable, votre piano est bien poétique et bien harmonieux. Vous êtes encore à la partie charmante de l'œuvre que nous accomplissons ensemble -. Mais quand vous en serez au théâtre et à la coulisse, vous
' Marie Tudor.
- La Esmeralda.
me direz ce que vous pensez de ma vie actuelle comparée à votre vie actuelle. Quand vous en serez à Véron, vous me direz ce que vous pensez de Harel.
Adieu, Mademoiselle, j'espère que cette lettre vous parviendra. Est-ce que Edouard reste aux Roches à poste fixe ? Nous ne l'avons pas vu, et nous l'espérions à dîner tous les jours de cette semaine. Dites-le-lui bien, je vous prie. Vous savez combien je suis tout dévoué de cœur aux excellents habitants des Roches. Je mets mes respects et mon amitié à vos pieds.
VICTOR H
Mademoiselle Louise Berlin, che^ M. Berlin l'ainê, aux Roches, près Bièvre.
Ce iG août i833.
Ma CHÈRE Louise,
Il y a quelque chose dans ta lettre que je n'ai pas compris c'est que tu dis que je t'ai écrit quelque chose qui t'a fait de la peine moi je ne sais pas quoi.
Ma maîtresse est morte cette nuit à trois heures elle était bien malade auparavant moi je ne le savais pas et j'ai été à l'école et cela a fait qu'on m'a dit de ne pas entrer à cause que ma maîtresse était morte ça m'a fait beaucoup de peine. Nous irons toutes demain à l'enterrement. Dédé ' est toujours bien gentille mais elle est bien criarde.
J'ai hier été voir la maison de Saint- Denis et elle est bien jolie et bien grande et il y a un
« Adcle Huso.
tas de petites poupées qui dinent ma tante Julie est bien gentille et je Taime bien il y a de grandes chaudières où l'on pourrait faire cuire des petites Dedes.
Adieu ma chère Louise je t'aime de tout mon cœur.
Léopoldine HUGO.
Poupée m'en veut beaucoup, Mademoiselle, nous sommes au 20, et sa lettre n'est pas partie. C'est moi qui l'ai retardée, ou pour mieux dire, un maudit air à finir. Mais Poupée me gronde, et je fais partir la lettre.
L'air sera fini quand il pourra. Je n'aurais pourtant pas voulu vous écrire sans vous envoyer ce que vous me demandez.
Vous êtes bien bonne, vous me pardonnerez, mais moi, je ne me pardonne pas. Ce sera pour le prochain courrier, so3'ez-en sûre.
J'ai bien compris, moi, ce que Poupée ne comprend pas. Saint- Denis vous fait à peu
près le même effet qu'à moi. Mais c'est une volonté de ma femme, elle a eu, ma pauvre femme, terriblement de maternité depuis dix ans, elle demande à se reposer un peu, je suis faible et je plierai probablement. Après tout, il y a des raisons contre, mais il y a aussi des raisons pour.
Je compte bien sur votre indulgence. Mademoiselle, pour cette lettre sale, retardée, griffonnée, et déchirée par le bas comme une vieille robe d'hiver décrottée trop souvent.
Je mets à vos pieds bien des respects et bien
des amitiés.
Mademoiselle Louise Berlin, che{ M. Berlin l'aîné, aux Roches, près Bièvre.
[Recommandée à jnadame Lajiguedoc.)
Ce i6 septembre i833.
Mademoiselle , Poupée, quoique allant beaucoup mieux, est
encore hors d'état de vous écrire. Un mal d'yeux s'est ajouté à la pleurésie, et il se trouve en ce moment, que le moins borgne des deux, c'est moi. Je vous envoie ci-inclus le finale avec vos instructions pour que vous puissiez juger de ma fidélité.
Vous avez écrit à Poupée une bien bonne et bien charmante lettre, à laquelle je suis bien heureux de répondre par ce méchant billet. Je vous jure que nous devenons tout à fait stupides à Paris.
Aussi nous tarde-t-il beaucoup que Didine nous permette l'air des Roches, j'en prendrai le plus que je pourrai, et soyez sûre que je maudirai souvent les répétitions '.
Je mets à vos pieds ma poésie qui est méchante et mon dévouement qui vaut mieux.
Va-t'en ! — ' Marie Tudor.
ESMERALDA
Je t'abhorre!