‹ Lettres, avec quelques additionsChapitre 12 sur 50 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

ANNÉE 1827 JUSQU^AU RETOUR DE MEFF A GENÈVE (l*»- JANVIER- 15 JUIN 1827).

Hélas! oui, ce chapitre nous ramèoe déjà ootre cher ■bsionnaire à Genève ! A peine a-t-il commencé son œuvre libelle (il vient de nous dire qu^il a fait a à peu près » nftever la salle d^école de Dourmillouse, vitrer les fenêtres, fhocbéier, etc.), qu^il faut qu^il abandonne ses chers trama! Le cœur lui en saigna cruellement; et, comme une ■ère qui ne peut lâcher sou enfant , son cœur revenait encore à Dourmillouse, même dans la mort!... Mais n'antidpons pas sur ces pénibles pensées , et retournons à ses travaux, pour le moment encore si pleins de force et d'espérance.

La lettre qui suit n'est point relative aux Hautes- Alpes. (Test une lettre théologique et presque contentieuse, comme Heff fut , hélas ! obligé d'en écrire encore bien d'autres ! lîons laissons les commentaires r les choses elles-mêmes et le missionnaire parleront mieux que nous n'aurions pu le faire ; si nous faisons quelques notes , c'est simplement pour exprimer quelle était , selon nous , l'idée exacte de récrivain. Le lecteur reste juge du tout.

A M. LB. PASTEUR TÉRISSE, A MYON.

Dourmillouse, lOjaoYÎerlSSn. ,

Bien-aimé frère en Jésus-Christ notre Seigneur,

C'est toujours pour moi une véritable joie qut de recevoir des nouvelles des frères que j'ai coih nus dans vos contrées, et surtout d'apprendre que ceux que j'avais laissés loin du royaume de Dieu y ont été amenés par la grâce toute puissante de n<h tre Dieu. Votre lettre m'aurait donc doublemeni réjoui, si le sujet n'en était pas d'ailleurs pénible. Je suis toutefois sensible à ce témoignage de coq^ fiance et de franchise : car il est assez rare qu'aiO| attende d^avoir tout entendu pour juger. Si voua étiez plus près de notre frère Olivier aîné, il poufy r;ait vous communiquer une lettre que )e lui éciit vis, à sa demande, l'année dernière, sur le mémo sujet. Fivaz pourrait aussi vous dire assez exacte» ment quels sont mes sentiments là-dessus; et fé vous serais obligé, si vous en avez l'occasion, àé lui en parler ; car je ne puis vous les exposer ici que d'une manière bien imparfaite.

C'est probablement à la suite d'une conversa; tîon avec MM. M., N. et N. qu'on a répandu les bruits qui vous ont fait de la peine. Je crois e£* fectivement avoir dit là, que j'étais arminien. Ce n'est pas la première fois que je me suis donné c^ titre; et, comme je l'entends, je n'en ai point honte. Redoutant les extrêmes, je me vois souvent forcé de prendre l'opposé de ceux qui outrent dans

an sens quelconque ; et je suis armioien parce que la plupart d'entre vous sont trop calyinistes4 Je ae'^ rais calviniste, au contraire, si vous étiez arminiens. An reste, je ne me souviens pas d'avoir jamais cru ni plus ni moins qu'actuellement, à la prédestination. Tout ce que je puis vous dire, c'est qu'il me semble iiipossible d'encadrer et de systématiser les doctrines éiangéliques dont il s'agit, sans s'exposer à mutiler et à tordre les Ecritures ; vu que l'arminien et le calviniste trouvent également dans les Livres Saints de quoi établir, en apparence, victorieusemeni; ievr système. Je crois peu sage à Thomme de déqder hardiment la question : et je puis dire avec la même vérité, tantôt que je crois, tantôt que je Be crois pas, à la prédestination. Je reconnais fi'elle est enseignée en plusieurs endroits de la Bi»- Ue ; mais comme je vois les Livres Saints s'exprimer dans une multitude, d'autres passages comme si cett^ doctrine n'existait pas, je me crois autorisé à eu iaire autant, toutes les fois que cela me paraît nécessaire ; et je ne puis approuver ceux qui <c en fopt Qi article essentiel de notre foi('),» et qui, insis-r :| tant là-dgssus en temps et hors de temps, en font une pierre d'achoppement pour la très-grande ma* jorité des âmes. Je ne puis que gémir en voyant avec quelle témérité on s'est enfoncé dans cet abîme, sans redouter les conséquences terribles et souvent blasphématoires qu'on est presque forcé d'en tirer,{ — *de gémir plus encore, en considérant quelle

(i) Oa plutôt « qi4 présentent fune de ces doctrines à Vexclusion de Vautre, C'éCait li certaioement sa pensée, comme le prou?e tout 09 ^ précède et ce qui sait.

théologie aride, scolastique et pointilleuse en est ré* sultée, et a remplacé chez plusieurs la piété simi^ et onctueuse du petit enfant ! Ce sont ces excès tt leurs fâcheux résultats qui m'ont toujours donné de Téloignement pour cette doctrine, et m'ont eiftpéché « de m'en occuper, soit pour moi-même, soH pour les autres ('), » et surtout d'en prendre la dé^ fense en présence de ceux qui en sont scandaliaA et ne peuvent l'admettre. On en a fait en quelifnlft endroits, et surtout chez vous, un tel épouvaftttÉt que je me vois forcé de l'écarter absolument, poëlr un temps au moins, afin d'aborder avec le simfA Evangile les esprits qui ont été prévenus par Tjitfi prudence de quelques hommes trop entiers dam leurs idées. Je le répète pourtant : je suis prèt'à reconnaître que c'est une doctrine biblique, mail bien plus expérimentale que dogmatique , qui pedt se sentir et non se comprendre, encore moins êtte enseignée ex professa.

Au reste, il me semble que c'est moins à hou9« prétendus arminiens, de ïious justifier, qu'à ceox qui, par leur peu de modération et de discerM^ ment dans l'exposé des doctrines du salut, ont aitiré sur l'Evangile de si grandes préventions, et ont placé tous leurs frères dans une position si difficile, soit devant eux, soit devant le monde.

Pour ce qui regarde X. (*), je préférerais n*a- Voir point à parler de lui. Je ne puis avoir dît sérieusement que c'est un fou ; mais j'avoue bien que

(1) De l'embrasser seule , connue doctrine absolue et indépendanlf des autres.

(2) Prédicateur et écrlTaiu rigoureusement calTiaiste.

je crois voir assez peu d'équilibre dans ses facultés intellectuelles, quelque supérieures qu'elles puissent être sous plusieurs rapports ; que je crois fâcheuse rinfluence presque magique qu'il exerce, ou a exercée sur nombre de personnes, surtout dans votre canton ; et que pour mon compte je ne me crois pas plus obligé que je ne me sens disposé à* porter le blâme qu'il attire sur l'Evangile et sur lui-même, n y a très-longtemps que je pense ainsi à son égard; malheureusement mon dernier voyage n'a pas diminué mes préventions ; et je crois que le mieux pour moi est de ne point m'occuper de lui. Je vous prie donc de laisser cet article de côté. Quant aux objets qui peuvent nous édifier, et in- ; téresser le règne de Dieu, je serai charmé de m'en GDLtretenir avec vous ou avec vos amiSi à condition toutefois que personne ne méritera le reproche que vous semblez adresser à certaines personnes, d'avoir pour mes opinions un respect catholique. En vérité, je me croyais de tous les hommes le plus éloigné de semblables prétentions, et je m'attendais peu à pareille chose. Plût à Dieu que per- Bonne plus que moi ne tendît à la papauté, et que les décisions de personne ne fussent plus respectées ' que les miennes ! Bien des choses qui ont eu lieu en Suisse seraient encore à arriver ; et probable^ ment les afiFaires du règne de Dieu en iraient mieux. •

Vous voyez, cher frère, que je vous ai parlé avec

une entière franchise , coptime vous l'avez fait à

mon égard. C'est à cette condition que j'aime à

I m'entretenir avec mes frères. Dès qu'il faut des fa-

çons et tant de méhagcments, je né suis plas rhomme ; et, autant que je puis m'en souvenir, ce n'est pas non plus votre caractère. J'espère donc que ni ma franchise, ni une légère diflPérence de vues sur des objets secondaires, ne diminueront Tafiection fraternelle qui doit nous unir, et qaé vous serez pour moi ce que je suis pour vous, sa^ voir, votre bien aflPectionné frère, etc.

Puis notre cher mlssioûnaire nous ramène à son Dodr^ milloase.

A M. GBAinSR, A GENÈVE.

Donrmilloose, le 14 Jantier iSat;

Monsieur et très-honoré frère en Jésus-Christ,

Grâce à la générosité des amis, notre petite salle d'école à un plancher, des vitres, des bancs, un poêle en fer pour le chaufïage» etc., tandis que toutes les autres écoles du pays (moins nombreuses à la vérité) se tiennent dans d'humides et ob* scures étables, où les écoliers, enfoncés dans le f<i<* mier, sans cesse interrompus par le mouvement ou le babil des gens et le bêlemetit des bestiaux, ont assez à faire à défendre leurs cahiers et lôqv9 livres des poules et des chèvres qui sautent sur h table, et des gouttes d'une eau rousse et fétide qm distille continuellement de la voûte.

Nous avons, pour Tépole de Dourmillouse, un assez bon instituteur, Alexandre Vallon, du Champ* saur, âgé d'environ trente-deux ans, un d^ mûi

écoliers de Thiver dernier. Jamais cette école n*a- Tait été si bien dirigée : les enfants de ce village , qui n'avaient aucune idée de Tordre et de la discipline d*une école, avaient besoin d'un maître assidu et ferme comme Vallon, qui est d'ailleurs bien capable de leur enseigner tout ce qu'ils sont, pour le présent, capables d'apprendre. L'année dernière BOUS tenions dans ce même local une salle du soir pour les filles adultes, dont l'éducation avait été totalement négligée. On a continué à y faire tout IVté Técole du dimanche, et la semaine celle des enfants, sous les soins d'une jeune fille que javais formée pour cela et qui s'en est acquittée avec beaucoup de douceur et d'assiduité. Cet hiver les filles ne viennent à Técole du soir que deux fois la semaine. Je n'ai pas osé proposer plus; car ici, comme chez tous les peuples peu avancés en civilisation, l'éducation des femmes est regardée comme fort peu importante, et le temps qu'elles y consacrent, comme perdu. Elles viennent aussi à l'éoole du dimanche, au nombre d'environ vingt-huit. La plupart ont passablement appris à lire, et plusieurs à écrire. Dans les appartements du presbytère, je tiens l'école des élèves-régents (p. 56) que je dirige moi-même tant que je puis. Je suis secondé par JeanRostan, duyars(p. i54), un de mes élèves, intelligent et très-actif. Elle est.composée habituellement d'une vingtaine de jeunes hommes, dont l'un est venu des environs de Mens, quatre du Queyras» et quatre du Champsaur ; les autres sont du village même ; ils sont en général plus jeunes et moins intelligents que ceux de Tannée dernière. Cependant II. 11

j^espère que plusieurs sont capables die reiofiKr ^s places d^instiiuieurs dans de petits villages et pour* ront se former à Taide dé livres.

De ceux de Tiiivèr dernier douze sont en activité coTnmerégehtspourrhiver(p. i24etsuiv.): un dans laDrôme; deux en Triève (*); deux en Champsaur; deux en Queyras, et cinq dansle val d&Freyssiniëres. Presque tous se servent du vocabulaire pour exn pliquer les niots français, étrangers à leurs élèves ; ils enseignent un peu de grammaire et même dé géographie, toutes choses inouïes dans cea monta*^ gnes.

Nous sommes ici ensevelis dans plus de quatre pieds de neige depuis le i^^'^nov. (p. iS3). A Theiire qu'il est , un vent terrible l'enlève en tourbit Ions si épais qu'on les prendrait pout* des nuag^ On peut à peine sortir des maisons ; les chemins sont tellement remplis qu'on ne sait pas quand on pourra aller porter ma lettre à la poste. Pendant les abondantes chutes de neige et les vents chauds des deux derniers mois de Tannée, les communications ont été très-difficiles et même dangereuses dans nos vallées, par le nombre d'avalanches qui coulaient de toutes parts, surtout aux abords dé Dourmillouse. Un dimanche soir, nos écoliers et plusieurs personnes de Dourmillouse remontant au village depuis la Combe où ils étaient venus pour le sermon, faillirent être pris par une avalanche ; elle coula dans un passage très étroit entre deux

(1) Nous a?ons déjà dit quelquefois que ce mot désigne le pays de Mens. Il conyiendrail de récrire sur la oarle qui accompagne la Fisiu*

/ groupes de personnes ; quelques secondes plus tôt ou.plus tard, elle entraînait dans le fond d'un abîme la fleor de la jeunesse du pays. Mais le Seigneur, qui commande aux flots de la mer, commande aussi aux glaces et aux neiges, et, quand il le veut, garde ses enfants au milieu des dangers^ Les villages mêmes ont été plusieurs fois menacés; et j'ai vu à diverses reprises nos calmes et peu

! prévoyants Alpins montrer de l'anxiété. En ciBet, il est peu d'habitations dans les trois villages vaudois delà Vallée qui n'aient été, une ou plusieurs fois, rasées par ce terrible fléau ; et il n'y a pas une place, dans cette étroite gorge, où l'on en soit absolument exempt. Mais c'est à cela même qu'ils doivent en quelque sorte leur existence religieuse et peut-être physique. Si leur pays avait été accessible et habitable, ils eussent été exterminés comme tous les autres Vaudoîs, et, comme ceux de Vallouise, remplacés par les agents des cruautés de l'inquisition (').

Goillestre, 23 janvier 1837.

Chère Emilie, M. Dumont m'a informé de

votre prochain départ. Vous ne serez donc plus à Mens quand j'y retournerai!... Déjà ce printemps le vide que me laissait cette chërc Sophie, en faisait pour moi un désert ; et pendant plus de huit jours>

(i) rapprends do reste que, par suite d'une avalanche tombée en février dernier (1841), les deux villages des Mensals et des Violins son* |CBl sérieusement à se transporter dans une partie plus basse de la nllée. Le toit du temple des Violins a été touché par les débris de l'iTalanche dont il s'agit, et elle a rasé la forêt qui jusqu'ici «yail iMle abrité ces villages.

je ite prâyâk^m^y habituer (■). Cette noavelle m^ d*auiâktit' plus affecté que c*est ce à quoi je m'atten dais le moins. A qui dirai-je maintenant mes sujet d^ennui et d'inquiétude? Qui me dira mes vérifé avec cette franchise et t:ette liberté qui, quoique parfois un peu rudes, m'étaient néanmoins si précieuses et qu'on rencontre si rarement? Encore si j'étais le seul qui dût y perdre !..•• Mais puisque vous avez le courage de quitter Mens, il faudra bien que j'aie celui de m'y soumettre, et même de prier le Seigneur qu^il fasse tourner cela à sa gloire et au salut de quelques âmes.

Oui, chëre amie, je prie ce bon Sauveur de ré pandre sur vous les plus grandes grâces de cette onction, de cette vie, qui nous manque si habituel' lement, et qui est si nécessaire pour travailler avec efficace à la conversion des âmes... Puisse ce bon Berger fortifier votre santé et vous accompagner partout de sa bénédiction, comme vous accompagne de ses vœux

Votre bien affectionné frère, Félix Netf.

Je pense que vous ne partirez point sans iD*écrire.

(1) n faut mieux n*en pas faire façon, et défendre Neff contre 19^ objection qu'on pourrait lui faire sur des expressions d'un atlaehe* ment si profond employées enfers des personnea d*uD autre 90^ Cette Justification se trou?e dans sa fie entière , et en particolief diM la répugnance si Yi?e qu'on a continuellement yu percer chex 1*1 contre toute tendresse purement naturelle. Je me rappelle que, qaoi* qao fort sensible à toute espèce de beauté musicale, il n*aimait^ celle qui avait trop de douceur. « C'est mou^ disait-il, c'est mou; neU affaiblit, n Mais, d'un autre cdté, Il était bien permis à celnl qui, diU Londres, portait à sa bouche les lettres de ses paysans des Alpes, fai mer du même amour tout autre membre du peuple de Dieo.

ADTBB bBTTRS ftBIuàTIVS AUX iCOh%S M FBEYSSUflàlUBS.

VrcfuialAMir 0 mân 1897.

Monsieur et très-honoré frère en Jésus^hrist, notre Seigneur,

Je serais confus de répondre si tard à votre derttère, si j^avais pu raisonnablement le faire sans en conférer avec nos gens de Freyssinières, que je n'ai pu rejoindre que ces )ours-ci. Rien de plus juste et de mieux pensé que de consacrer les dons que vous m'annoncez à préparer des locaux pour écoles aux villages qui en sont encore dé» pourvus. Je ne puis que partager entièrement les intentions des estimables membres du comité.

En conséquence, regardant la salle d'école à Dourmillouse comme suffisamment meublée pour le présent, grâce à votre générosité et à celle de vos amis, j*ai cru devoir m occuper d*abord de la Combe ; c'est cette partie de la vallée, la plus Miroite, la plus sombre et la plus misérable, dont j'ai parlé quelquefois en comparant ses tristes habitaots aux Tartares du Nobi. Ayant donc réuni les habitants des deux hameaux des Yiolîns et des Mensals, je leur ai dit que des amis étrangers, pleins de zèle pour la gloire de Dieu et d'amour pour leurs frères, à qui j'avais fait part de leur situation à eux avaient bien voulu me promettre quelques secours pour fonder au milieu d'eux une école. QueU que peu civilisés que soient nos montagnards, ils uà

sont cependant pas dans les dispositions où Obei^ lin trouva ceux du Banc de la Roche, qui d'abord avaient peine à lui permettre de bâtir une école, même à ses frais. On a vu (1, 474) ^^^^^ V^^^ empressement ceux de Dourmillouse mirent la main à Tœuvre pour préparer une salle d'école, bien qu^ils n'attendissent alors aucun secours, et qu'ils eussent pu, à la rigueur, s'en passer mieux que ceux de la Combe ; je n'essaierai pas non plus de vous peindre la joie de ces derniers à l'ouïe de cette bonne nouvelle, ni de vous transmettre la touchante expression de leur reconnaissance envers les charitables amis qui daignent s'occuper d'eux. Comme je leur avais dit que c'était en partie à la mémoire de leurs ancêtres qu'ils devaient l'intérêt qu'on leur porte à eux, ainsi qu^à leurs frères du Pîé-i mont : «Hélas! s'écrièrent-îls plusieurs à la fois, » nous avons plus de réputation que de mérite. Si » nos pères n'avaient pas valu plus que nous, on » n'en aurait pas tant parlé! Mais puisque Dieu n est si bon que de nous avoir visités dans notre » ignorance et notre tiédeur, nous espérons qu'il » ne nous laissera pas ainsi, et qu'au moins nos » enfants profiteront des bonnes instructions qu'on » leur donnera. »

Suivant te principe de n'aider les gens dans les entreprisés de cette nature que lorsqu'ils se montrent disposés à y contribuer autant qu'il dépend d'eux, je prévins les nôtres que, bien qu'ils pussent espérer quelque secours, ils ne devaient pas s'attendre qu'on fît tout sans leur coopération, et que l'espérais qu'ils imiteraient le zèle de leurs voisins

4e Doarmillouse. Leur réponse fut telle que j^

Vatlendais.

Mais il existait' une difficulté. Ees deux hameaux,

à peu près égaux en population, sont séparés Tun

de Taulre par un grand quart de lieué, d'un chemin couvent impraticable pour des enfants. Chacun ancrait Toulu l'école pour soi; et cependant il n'y a {OS assez d^enfants pour en faire deux ! « Eh bien, leur dis-je, faisons-la sur le penchant de la montagne, à moitié chemin des deux villages ; le chemin pour y aller sera plus praticable que le long de la rivière ; Texposilion est plus saine et plus gaie que dans ce bas-fond ; vos enfants y verront du moins le soleil de temps en temps, et y respireront un air plus pur ; ils se porteront mieux ; ils ne seront peutêtre pas si blêmes et si bouffis qu'en croupissant dans le fumier de vos étables et dans Thumidité du marécage (*)• »

En effet, la vallée est si étroite, et les rochers si escarpés au sud, que depuis Téquinoxe d'automne jusqu'en novembre, le soleil n'y donné qu'un instant au milieu du jour, et depuis cet instant jusqu'en février, n'y donne plus du tout. M. le pasteur Du^ mont, qui nous visita çn juillet, et qui est grand amateur de sites pittoresques, fut pourtant si frappé delatristesse et de l'insalubrité <îe cctoi-cî, qu'il s'écria : «J'aimerais mieux mourir à Newgate qu'ici ! » Ma proposition fut généralement accueillie; et chacun promit de s'employer de tout son pouvoir pour exécuter ce projet dès que la saison le permetr

(1) La retraite de Neff a fait avorter le projet (rtsUCf 167).

trait. Pour le moment il n'est pas même possible de choisir remplacement, le sol étant partout couvert de cinq pieds de neige. A Dourmillouse nous n'avons eu qu'à construire une chambre dans un édifice tout fait, appartenant au village. Ici nous aurons à le construire entièrement ; et quoique les ha« bitants fournissent une bonne partie des matériaux et de la main-d'œuvre, il faudra néanmoins plus de fonds que pour l'école de Dourmillouse ; mais je ne puis aucunement déterminer quelle somme sert nécessaire : tout ce que je puis dire, c'est que tout sera conduit et administré avec toute l'économie possible. Ainsi je m'en remets à la sagesse et àla bénéficence des amis généreux qui veulent bifioi s'intéresser à no$ pauvres Alpins. Veuillez, Monr sieur, leur offrir le témoignage de ma gratitude, etc« P. S. Notre hiver a été très-rigoureux ; les chutes de neige se succèdent rapidement ; et pour peu que le temps soit doux, elles coulent de toutes parts ; souvent nos cantiques ont pour accompagnement le roulement terrible des avalanches qui, glissant sur la surface lisse des glaciers, se précipitent de gradins en gradins, comme d'immenses et magnifiques cataractes d'argent (')• Cependant les plus considérables ne descendent qu'en avril et mai ; ce sont celles-là qui menacent d'entraîner le reste des fo* rets, et d'engloutir une partie des pâturages et même des terres labourables.

Ici revient, par Tordre des dales, une de ces lettres oil Neff exprimait, sur les questions relatives à la coDStiUitioQ

|A) Qaell« pbrtiçr, depuii lei caaliqaes )

de l'Eglise, ces principes larges que nous loi arons déjà yus< Kaas en doDoeroiis un exiraii.

Doormlllooie» 10 mars 1897.

« Je sais que |e chrétien peut avoir, à la rigueur» le droit de se Réparer de toute Eglise hérétique, km même qu'en y restant il ne serait pas forcé de nmier la vérité. Le cas est quelquefois difficile ; et ToDpentse croire obligé d'en sortir. J'ai éprouvé tout cela. Je sais aussi que le système baptiste peut èlre défendu aussi bien, et mieux encore, que Topinion contraire. Mais je mets toutes les formes extérieures de discipline au nombre de ces rudiments du monde, de ces signes terrestres, peu influents sur la moralité de Thomme et sa destination finale. Je vois que l'importance que Ton a si souvent mise à ces choses, a été presque toujours une source de trouble, de division. Je vois que Dieu répand indistinctement ses bénédictions spirituelles sur les vrais évangélistes, quelle que soit la forme d'Eglise i laquelle ils appartiennent ; et puisque le Souverain Maître n'y met aucune importance, je me croirais bien peu sage de ne pas l'imiter

» L'Eglise sur la terre est au milieu d'un chaos ; Tentreprise de la tirer au clair serait absurde

» Au reste, tout ce que je viens de dire ne m'empêche nullement de regarder comme une source de bénédictions une congrégation, quelque peu nombreuse qu'elle soit, de frères vraiment fidèles, organisée autant que possible sur le modèle des Eglises primitives, dirigée d'après les principes de l'Evan-

gîle. Mais coninie tout cela peat se faire sans sépa^ ration proprement dite^ smi administratioii die sacrements, sans titres ostensibles de pasteurs, diacres, etc. etc. 9 cela ne change rien à cequefd dit plus haut.

» Tout est provisoire dans ce monde , TEglise comme le reste ; et pour une nuit que nous y pasr sons, il n est pas nécessaire d*y bâtir une forteresse ; une légère tente, un chariot couvert, comme aux peuples nomades, sont plus que suffisanls ; démain, s'il plaît au Seigneur, nous serons dans II cité de Dieu. »

 nê^* MARIE sbnbbieh (^).

Goillettro, le 21 mars iSSJ.

Quand Etienne Matthieu m'annonça par lettre que vous étiez à Vizile, il me dit que vous n'y rcsr teriez que trois mois ; c'est pourquoi, voyant approcher le terme , Je ne songeais pas à vous y adresser une lettre ; mais, d'aprcs ce que je vois, il paraît que la présente vous y trouvera encore, et même que vous y serez plus longtemps. Tous les vœu^ de mon cœur sont que le Seigneur voai garde dans sa paix et dans la vigilance. Je ne pense jamais à Vizile sans soupirer; cet endroit me plair sait; quand j'étais à Grenoble, où je m'ennuyaisàla mort, j'y venais passer quelques jours plus agréa* blés. J'y trouvais le brave Gachon, de Massiilargue (I, 322); et il me semblait y éprouver un désir

(1] V. 1. 1, p. 452. AcloelleincDt femme do Scipion Aadéoad (Fââ'» p. 14S). Elle a poriëyërë dans la foi.

plus vif qu'ailteurs d'annoncer r£vangi)c. Oht

poisse le Seigneur y bénir votre séjour, et faire Je

tous un bon levain qui fasse lever toute la pâte!

fc pense que M. Bonifas ne vous y oublie pas, et

tp'il vient quelquefois vous voir : j'espère aussi que

personne entre vous ne lui donnera lieu de regret-^

ter que vous soyez venues momentanément grossir

Mtroupeau, et qu'il n'aura que de la joie de votre

i^r dans cette partie de son église.

Je suis bien aise que vous vous soyez décidée jour cette vocation ; j'espère qu'elle vous fournira de quoi subsister honnêtement de voire travail; et foe vous tâcherez, tant les unes que les autres, <le contenter ceux qui vous occupent et qui vous ensei- ^ent ; car si le chrétien doit se garder soigneusement de l'avarice et des projets mondains, il doit travailler avec autant et plus d'activité que le mondain ; soit pour fuir l'oisiveté et la paresse qui sont nne source de péchés ; soit pour ne pas scandaliser le monde, qui est toujours prêt à dire que les dévots ne font rien ; soit enfin pour n'être à charge à personne, mais plutôt pouvoir faire du bien à ceux qui sont dans le besoin, et consacrer quelque chose à ceux qui travaillent au règne de Dieu. Oui, le chrétien doit, pour pouvoir faire de bonnes œuvres, travailler et économiser avec plus de soin que l'avare pour amasser un trésor, ou le vaniteux pour se procurer de beaux habits et des divertissements. C'est ainsi qu'on peut et doit faire toutes choses à la gloire de Dieu, et, sans attacher nullement son cœur au monde , s'occuper avec assiduité aux choses temporelles.

— in -•

Je n'ai pas besain de vous recommander à toates beaucoup de retenue et de prudence dam un lieii où il règne tant de corruption^ Gardez-vous d*aa« cune familiarité avec personne ; ne vous liez pas légèrement avec des filles que vdus ne connaissa pas bien ; vous n'êtes pas là dans un village où Y(m ne mette de la conséquence k rien ; vous devez le éviter Jusqu'à T apparence du mal^ et prendi» garde que personne ne puisse médire de vous ; cat vous n'ignorez pas que nous sommes une ville d' tuée sur une montagne^ et que chacun a les yem ] attachés sur nous, tâchant de nous surprendre ei paroles ou en actions pour pouvoir dire du mal dft nous et blasphémer contre TËvangile.

. Vous me parlez de M^^^ Sophie Mattey, et tcnh me dites que vous êtes heureuse de Tavoir trouyé» à Yizile : je le crois, et j*en suis, pour mon comptei bien réjoui : c'est une bien chère sœur; elle est là comme une lampe dans un caveau où Ton enterre les morts, et comme une fleur au désert ; mais 1^ Seigneur la connaît, et il en prend soin.

Adieu, ma chère sœur ; que le Seigneur soit avec vous et tous ses enfants!

Guillestre, le 21 man 18S7*

Bien-aimé frère en J.-C. notre Seigneur,

Ayant à envoyer des lettres aux sœurs qui sont à Yizile, et n'ayant pas leur adresse, j'ai pensé devoir les envoyer à Mens premièrement; et comme il y a longtemps que je ne vous ai donné de mt$

■OQvelles, fd profite de cette occasion pour vous écrire ces deux motSé

Je n'ai pas beaucoup écrit à Mens cet hiver, Mit que j'aie eu beaucoup d^occupation, soit que, igiant souvent mal à Testomac, je puisse rarement •'appliquer à écrire. M. Dumont a cependant reçu Ibsieurs fois de mes nouvelles , et a pu vous en imier. Aujourd'hui j'ai plus de temps que je ne tBodrais , étant retenu à Gmiliestre par une fou- Ik à la jambe gauche, qui provient probablement Avoir marché trop longtemps dans la neige molie A parmi les débris des avalanches (')• i* Je viens maintenant du Queyras. Notre chère Marie Philippe, des Moulins, qui était très-malade lira de ma dernière lettre à M. Blanc, est mieux Maintenant, mais encore bien faible, et ne peut prendre que très-peu de nourriture. Mais son ârnc le porte bien» Antoine Blanc, qui passa une nuit diez eux, la semaine dernière, m^écrit en parlant d'elle : « Quand vous n^auriez amené que celte senle âme à Christ, toutes vos peines seraient richement payées.» Sa sœur Marguerite (p. 3, 26) est toujours péniblement travaillée, ainsi que deux fille8deLaChalp(p.4)idontune est cousine germaine de M°^ Chagnard. Elles sont toutes trois dans un état très-difficile, connaissant leur misère, voyant leur perdition, ayant en horreur le monde et sa joie, mais ne pouvant s'appliquer aucune promesse, ni prier, ni trouver nulle part aucune consolation, déclarant même qu'elles ne peuvent et ne veulent

(1) Il resta 0 joars pour faire 12 lieues, et rejoindre ses élères à DoormilloQse.

pas accepter les offres de miséricorde dé Dieu ; du reste, ouvrant très-difficilement leurs cœurs à qui queice soit. II y a longtemps qu'elles sont' dans ce combat; deux d'entre elles y sont depuis- plus de deux ans* Elles ont grand besoin qu'on prie pour elles, afin que le Seigneur ouvre leur cœur, et dissipe leu rincrédulité.

La sœur aînée de Jean Besson s'est 'mariée der* '. nièrement avec un de ses cousins, Jean Anthoaart (p. 59 et 100), dû Plan de Freyssinières, quiétadt catholique et s'est fait protestant en Tépousaht. Li sœur de ChafiPrey Matthieu a aussi, épousé un prosélyte de Fongillarde, nommé Clément Vasserote dit Grande qui s'est fait protestant tout derniëremeriti mais par conviction, à ce qu'il paraît. Puissele Seigneur leur donner de bâtir sur la pierre de ! Tangle, après avoir quitté leur ancienne habitation! (V. p. 107.)

Nos écoliers de Dour mil! ouse quitteront probablement à la fin du mois, ou au commencement de l'autre. Quelques-uns d'entre eux ont fait des progrès; mais le spirituel marche bien doucement; c'est, ici comime chez vous, la légèreté qui fait le plus de mal. Je suis sans cesse à me demander comment une chose qui fait dans certains moments une impression si profonde, peut, dans d'autres, s'éclipser de devant nos yeux ; comment des êtres qui ont à redouter des choses si terribles et à en espérer de si élevées, peuvent être légers et frivoles comme des enfants ; et comment on peut rire, dans un enfer comme ce monde, quand on en connaît l'état et la fin? Et cependant cela m'arrive à

Rioi le p^mier ; et je me reproche souvent avec amertume d'être en partie la cause du peu de gra* nté, de sérieux et de vie de presque tou» ceuic que )*«i instruits! . ' )

Les lettres incluses sont la réponse à une lettre de trois sœurs; vous pouvez les. lire. Ces sœurs mont dit que Babau F. était trèsrlégère, et \e lui co parle ; mais, .pour ne pas les brouiller, je fais itjDdblant de n'en rien savoir. Je vous prie de ne IM en parler. Dites à E. Matthieu (p. i35) que ses pnKnts se portent bien et languissent de le voir. Il fera bien de leur faire une visite à la fin de son temps 9 mais non pas de se fixer auprès d'eux, comme peut*être on Fy sollicitera. Saluez-le dé ma part.

Adieu, mon cher Salomon; donnez-moi des Qouvelles de nos amis; dites-moi ce que fait Miette Hagnin , à qui j'ai écrit il y a déjà longtemps Q). Saluez tous les frères de ma part et de celle des amis des Hautes-Alpes qui les connaissent. Que le Seigneur Jésus soit votre berger et votre guide, et son Esprit votre consolateur !

Votre dévoué frère en Jésus-Christ , F. N.

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