‹ Lettres, avec quelques additionsChapitre 13 sur 50 · A UNE SOEUR DE MENS · texte numérisé non relu

A UNE SOEUR DE MENS

Anrieux, le i'I avril 1827.

Vous dire combien votre dernière lettre m'a réjoui serait aussi difficile qu'inutile ; car, bien que

(i) T. I, 519. Elle a continué dans le relâchement.

poor tncm compte je sois bien loin de croître en grâce et de voir avancer le- vigne de Dieu en moi, vous savez cependant que ma seule joie est de voir ce règne de vie s^avancer dans le monde ; et que» loin d'être jaloux des progrès des autreSi je suis prêt à rendre gloire à Dieu de ce que tous ses enfants valent plus^ue moi, quelque concision que cela puisse me causer ! Oh ! combien je me $eBS vraiment et profondément humilié, en considérant toutes les bénédictions que le Seigneur daigne wêt pandre sur la semence que j'ai répandue au miliev de tant d'infirmités ! Oh ! qu'il est bien visible qtà , la gloire de cette œuvre appartient à lui et non pil ^ à nous, et qu'il peut se servir des choses Êiibtei || pour confondre les fortes ! Puisse-t-il ce bon Diea, ^ selon sa promesse, être constamment au milieu de ,, vous, dans vos réunions, et manifester sa présence ^ par la joie, la paix, l'onction divine que répand son l Esprit dans les cœurs fidèles ! Puissiez«-vous es ^ sortir toujours pleines d'un plus grand désir de ^ vous consacrer entièrement à Lui, y puiser de > nouvelles forces, de nouvelles lumières, pour le glorifier en toute manière au milieu de la généra- ■ tion tortue et perverse ! Oh ! que n'ai-je l'avantage précieux dont vous jouissez ! Pourquoi faut-il que je w sois livré à moi-même, n'ayant personne à qui je puisse ouvrir mon cœur, et qui me rende le grand service de me reprendre et de m'avertir? Pourquoi faut-il que les frères qui m'entourent soient tous placés de manière à me regarder (hélas bien à tort! ) comme leur maître et leur docteur, plutôt que comme le plus petit d'entre euxP £t pourquoi faut-

— ITT ^

3îqu*aiie convenance 9 moitié religieuse, moitré mondaine, m*oblige k me tenir à une certaine distance d*eux, et à ne point les entretenir de mes faiblesses et de mes imperfections? Sans doute mon orgneil aurait beaucoup à en souffrir ; ma paresse, mon esprit d'indépendance et mes affections charnelles supporteraient difficilement ce joug ; et il serait bien dur pour moi, au commencement, de me soumettre à la surreillance, à la correction et aux avertissements de mes frères ; mais plus cela mè serait pénible, et plus cela me serait nécessaire et avantflgeax; et je suis sûr que, malgré ma répugnance, * Bien me ferait la gr&ce de m'y soumettre, et que y4Sn tirerais un bon profit.

• ' Gardez-vous donc bien, vous tous, chers frères et sœnrs qui jouissez d*un si grand avantage, de le' mépriser ou de le rejeter comme désagréable. J'envie, à cet égard, votre bonheur, et maudis souvent les convenances qui m'en privent. Soyez-en bien convaincus ; celui qui a le moins de goût pour ces ' réunions est justement celui à qui elles sont le plus nécessaires. « Les cieux et la terre, comme dit La Flécbère, crouleront mille fois avant que la souillure, l'orgueil, et le péché, en un mot, puissent habiter avec le Saint des saints. » Il faut nécessairement que le vieil homme soit crucifié acec ses passions et ses conçoitises, ou que nous périssions tout entiers hors de la voie du salut. Il faut enfin que le renoncement à nous-mêmes, quelque difficile et cruel qu'il paraisse à notre cœur charnel , s'effectue, s'achève, au moins dans la volonté, pôut^ que nous puissions suivre Jésus le crucifié et par-

tâger sa gloire étemelle. Or, je ne sais pas de meit" leur moyen, de moyen plus sàr, pins durable, que celte surveillancei cette confiance mutuelle, qui, en quelque façon, nous tient sans cesse éveillés, et, bon gré malgré nous, dissipe nos illusions et kious rappelle notre véritable état, nos obligations, nos devoirs, et les secours qui nous sont offerts. Vous reconnaissez que ces réunions ont fait beaucoup de bien : d'abord à celles d'entre vous qui étaient déjà vivantes, en les affermissant dans la pratique de la piété, comme on se Tétait proposé en les établissaot De plus, il en est résulté un bien qu'on n en attendait pas ; savoir, que des âmes encore plonge dans la sécurité et dans l'ignorance d'elles-mêmes, se trouvant dans ces assemblées, ont vu les secrets de leur cœur manifestés^ se sont senties /ugies et condamnées^ se sont humiliées ^ et ont reconnu qtu Dieu était vraiment au milieu de nous (i Cor. xiv, 24i 25). Sentez donc le prix d'une institution si utile ; soutenez-la de tout votre pouvoir ; sacrifier lui, s'il le faut, d'autres exercices religieux ; et surtout tâchez d'en tirer tout le parti possible.

Il n'est pas douteux que l'Ennemi, jaloux de la gloire de Dieu et du bonheur de ses enfants, ne cherche en toute façon à détruire ce qui s'oppose i SCS desseins, et qu'il ne tâche de jeter la division etia défiance parmi vous, et de vous susciter des obstacles de divers genres ; mais quant à cette première ruse, déjouez-la en redoublant de charité, d'humilité et de patience, surtout en redoublant de prières, pour que le Seigneur continue à y présider lui-même en tout temps. £t quant aux empêche-

inents extérieur!», surmontez-les autant que possi-» ble avec prudence et douceur, autant qu'avec cou-* rage et dévouement. Surtout hâtez-vous de serrer la récolte açant mmAles Madianites viennent Ttnleçer; c.'estai#^mti de faire, pendant les beaux jpyfS^ alMffl9ante provision pour les temps d'é-* fivuve et de captivité ou d'orage, qui peuvent arriver. Car il y a plusieurs manières de comprendre k passage « travaillez pendant quil est jour; » et toutes sont vraies, et se rapportent à cette seule jNtfole : « Rachetez le temps. »

Je félicite de tout mon cœur les personnes dont vous me parlez, de la délivrance que le Seigneur leur a accordée. Plusieurs d'entre elles paraissent BQtème, d'après ce que vous me dites, avoir trouvé la paix bien promptement» et après un bien court combat; c'est sans doute une grande bonté de Dieu, pour épargner vos faibles cœurs et ne pas décourager les âmes inconstantiès. L'Eternel en ose ainsi avec elles , « de peur, dit le prophète, qu'elles ne retournent à leur première folie, » comme cela arrive malheureusement. Car on n'est point en sûreté tandis qu'on n'a pas passé la porte étroite et trouvé « le coteau de la délivrance. » Cependant il est certain aussi, que les âmes qui ont longtemps gémi sous le fardeau sont ordinairement celles qui avancent ensuite le plus, qui sont le plus sérieuses , le plus fidèles, et qui montrent le plus cette joie mêlée d'une sainte frayeur du Tout-Puissant qui convient si bien à des tisons arrachés dufeu^ qui sont encore si près de ce même feu.

Réjouissons-nous avec ces chères âmes de leur

heureuse entrée dam la voie du salut, de leur heureux passage des ténèbres à la lumière ! Recueil* lons-les comme des échappés du même naufrage ; traitons-les avec amour, avec indulgence, afTermissànt leurs pas dans la voie de la paix, les avertis- "saiit des rencohtres dangereuses ou difficiles qui les attendent encore, et étant toujours prêts à les remettre avec douceur dans cette même voie, si elle s viennent à s^en égarer tant soit peu.

Quant à nous, d'ici, comme je le disais dans la dernière lettre à Salomon, nous en avons encore bien peu qui aient trouvé cette délivrance, ce soulagement que promet le Sauveur à ceux qui Yont à lui : on a peine à concevoir que des âmes sérieuses et zélées, bien instruites des voies de Dieu, puissent demeurer ainsi plusieurs années « dans le bourbier de la défiance » sans faire en apparence le moindre pas en avant et sans cependant regarder en arriéré (p. 173). Oh ! que ceux qui ont goûté cette dcNice paix prient poiir ceux qui la cherchent au milieu de tant d*ennuis et de soupirs (Y. p. 4, 26, 95 et i33)i

Du reste, bien chère sœur, ne craignez pas de m'importuner par vos lettres ; car, quand niéme elles ne contiendraient pas toujours de si bonnes nouvelles que cette dernière, je les reçois toujours avec un nouveau plaisir; et si quelquefois, lorsque vous m*entretenez de vos âmes, je ne réponds pas, ou pas tout de suite, c'est souvent, hélas ! parce que je me trouve plus pauvre que vous; et que la citerne, souvent crevassée, se trouve sans eau. Mais alors même la lettre arrive à propos, au moins pour moi, parce qu'elle m'humilie et me

fait viTemeat sentir la séclieresse et la tiédeur de mon âme, à moi^

Adieu, ma chère sœarf Que le Seigneur voiia multiplie abondamment ses grâces, et soit ea tout temps votre ccmsolateur ! F. N«.

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Sans doute que ma dernière lettre s'est croiséeen chemin avec celles que j'ai reçues l'autre jour de* Totre femme et des sœurs de MantairCi et aux-* quelles je réponds aujourd'hui par les deux incluses. La plus grosse est pour votre Louise ; je n*y ai rien» mis de particulier, afin qu'on puisse la lire à la réunion et la communiquer à qui l'on voudra. Deur ou trois jours avant de trouver ces deux lettres à. Guillestre, j'en avais remis une àBerthalon(i)pour Aimé du lioix, par laquelle je l'encourageais à la patience dans l'œuvre du Seigneur, lui disant qu'on ne doit point se décourager quand même on ne voit point d'abord le fruit qu'on désirerait, et lui citant rexempic de missionnaires qui ont travaillé et attendu un grand nombre d'années parmi les barbares sans voir le moindre fruit. J'étais loin, dans ce moment, de supposer que le Seigneur avait travaillé cet hiver comme on me l'annonce, et que^

(1) De nouvelles informations sur son compte m*apprenneal qqenoas pouvons en revenir» sur son sujet, au premier jag^emant» ploin indulgent, que j'en portais dans ma FisUey p. 53, plutOI qu'à ooloî 49* 1. 1, p. 404. • '

plusieurs âmes avaient été ajoutées à son troôpeau. Aussi ces bonnes nouvelles m'ont-elles bien réjo» et bien humilié, en me montrant combien mon incrédulité doit offenser le Seigneur et lui être injo-r rieuse. En.efïet, il pourrait nous dire comme à ce seigneur de Capernaûm : Si vous ne zfoyez des signes et des miracles, vous ne croyez point! Et encore, ajouterai- je, quand nous les voyons nous les oublions bientôt ; et, comme, les e^^ants d'Israël dans le désert, nous rècomniençons nos musmures et nos plaintes à chaque nouvelle difficulté qui se présente i

prenons donc courage, cher ami ; ne nous re^ lâchons point; et si le temps nous semble long, à nous qui passons si rapidement sur la terre, irappelons-nous que mille ans sont devant Dieu comme un jour ^ et quilne retarde point T accomplissement de sa promesse, comme notre folle impatience pourrait nous le faire croire. Si Ton voulait combler un laç, ou seulement pratiquer une digue ou une chaussée pour pouvoir le traverser, ony jetterait des pierres pendant longtemps avant de rien connaître de ce travail ; et plusieurs des ouvriers pourraient mourir pu quitter l'ouvrage avant qu'on vît rien sortir de l'eau. Cependant n'auraient-ils rien fait? Et bien qu'on ne voie pas les matériaux qu'ils ont apportés, ne sont-ils pas aussi nécessaires que ceux qui sortent au-dessus de l'eau et forment le chemin? Ainsi en est-il de l'œuvre de Dieu : c'est un grand abîme que celui de l'incrédulité et de la cor- Tuption du monde ; on peut pendant bien longtemps y jeter force paroles, force livrer» fpi^^

prières et force supplications sans que rien paraisse; et cependant rien n'^est perdu. Quand nous mourrions avant de rien voir sortir, nous n*en aurions pas moins travaillé utilement ; et ceux qui viendront après nous entreront dans notre travail; et^ au grand jour des rétributions, cewv qui auront moissonné et ceux qui auront semé auront ensemble de la joie.

Travaillons donc sans relâche et déplus en plus ûV œuvre du Seigneur^ sachant que notre travail ne sera pas vain auprès du Seigneur. Mais, avant toutes choses, travaillons pour nous et en nous. Lisez, pour vous et vos frères , ce que je dis à votre femme, de l'avantage des réunions; et croyez que c'est la phis forte conviction qui me fait dire combien je regrette d'en être privé. Rappelons-nous que vivre hors de Christ c'est être mort en vivant, et qu'à la lettre il faut « demeurer » en lui; car hors de lui on ne peut rien faire. Ramenons donc sans cesse notre esprit et notre cœur aux pieds et en présence de ce bon Dieu ; car nos âmes sont le charbon de la forge, qui ne brûle que pendant qu'on souffle ; ou comme les animaux à sang froid, qui n'ont de vie et de force que pendant que le soleit luit sur eux, et qui s'engourdissent à l'ombre.

Adieu, cher et bien-aîmé frère; saluez de ma part tous nos amis, et en particulier votre frère Benjamin et son épouse ; M. et M™* Chagnard ; Louis et sa femme, etc. etc., ainsi que votre bellesœur Marie à qui je ne puis écrire pour le moment. Souvenez-vous, dans vos prières, de moi et de nos amis des Alpes, surtout de ceux «quïbhciy.

eheftt les eaux et qui n'en ont point.» Quç U Seigneur vous bénisse et yoos vivifie par sa grâce t Votre dévoué fpère en Jésus-Christ,

Félix Nsm

Aryieai, lis SMavrit iSR.

Cet hiver, un affreux incendie ayant détruit un village catholique assez considérable^ aux environs de Gap, M* le pféfet envoya une circulaire dans toutes les communes du département pour sollid* ter des secours en faveur des malheureux inceob' diés, qui,^ dans la plus rigoureuse saison, se tnmvalent sans asile et sans provisions , pour eux et pour leurs troupeaux. Je lus en chaire la lettre de M. le préfet, et y ajoutai les réflexions convenables» M. le maire fit ensuite une tournée dans la commune , et recueillit une somme de plus de i6o francs, tant en argent qu'en denrées, offrande considérable pour un peuple aussi pauvre , et qui dépasse de beaucoup celle de la majorité des autres communes catholiques, qui, toutes, sont mieux situées et plus riches. Ce trait pourrait, comme mille autres, prouver au besoin que la doctrine du salut gratuit prêchéeau peuple, ne Tcmpêche pas de faire de bonnes œuvres!

Qui dirait qu^en lisant ceue petite lettre, si peu riche^en f!oiiiparaison de tant d'aulres , nous venons de lire la dernière leUre que Neff ait écriic d^Arvicux, la dernière peutêtre de celles qu'il a écrites des Ilautes-Âlpes ! C'est du moins la dernière de celles que je possède. Voilà comroeol;

M mifieit des peiUei dioses^ nous ne coimaissoos pas ie$ pindes époques de notre vie, le dernier mot qu'écrit ud komme de lettresi le dernier moment ou parle un orateur, a -demière lecture que nous faisons de la Bible, la dernière bis que bous nous mettons au lit! Cependant je suis frappé de roir que les quatre derniers mots qu'ait écrits de sa station ie prédicateur fidèle, qui a tant prêché le sang de la croix, h seule doctrine de vie, aient été ceux-ci : c< Faire de bonnes^ wmest »

'IToici quelques nouvelles rriativés à Tœuvre du Piémont, fifse rapportent, il est vrai, pour la plupart à une époque ^ peu postérieure à celle où Neff quitta les Hautes-Alpes^ Mis que nous plaçons ici afin de revenir ensuite sans inismiption à ce qui regarde le départ de notre cher mission- Mire.

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