‹ Lettres, avec quelques additionsChapitre 37 sur 50 · RÉPONSE DE P. BÂRIDON A H. NEFF, A GENÈVE · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE P. BÂRIDON A H. NEFF, A GENÈVE

DoarmilloQse, le 6 mars 1829.

Cher Monsieur ei bien-aimé, ob oui, bieu-aimé frère, ou plutôt père en Jésus-Christ notre Seigneur! Je suis sensible à Taffection que vous me témoignez, ainsi qu^à toute ma famille. Je n'ai rien à vous refuser de ce que je pourrai faire pour satisfaire à vos vœux : vous me dites de faire une visite à nos amis des Vallées qui me sont voisines : je le ferai donc moyennant la grâce et le secours de Dieu. Je ne puis le faire avant le 15 avril prochain; mais depuis ce temps, que je serai libre par rapport à Fécole, alors je pourrai le faire avec un grand plaisir. Mon père vous fait bien ses amitiés chrétiennes ainsi que toute ma famille ; sa faiblesse a augmenté beaucoup depuis ma dernière : à peine il peut porter sa nourriture à sa bouche. Que le Seigneur soit béni et glorifié; et que sa sainte volonté soit faite!

Nous avons reçu en son temps la lettre de Julie Talon

(1) Le lecteur verra encore ici avec plaisir qao je n'en ai nullement touché le slyle.

ei voire billet ioclus : nous Pavons reçueà'DoiirmiUousele l**^ de mars, et c'était le dimanche ; nous avions M. EhrmaDQ qui nous fil la prédication ; je n^ai eu le temps que de lire votre bon billet avant le sermon du malin; et au sortir da temple j'ai invité ma cousine Suscite et Anne-Marie Arnoux, pour lire le tout ; un nombre assez considérable nous ODt suivis dans la chambre de Vécole que vous avez Tait Taire à la cure (161). En lisant votre billet où vous nous dites de noas souvenir de ce beau temps, de cette bonne et belle semaine sainte de 1825, j'entendais beaucoup de voix dire : ce fl en vaut bien la peine de s'en souvenir de ce beau iemps , de ce beau Vendredi-Saint où Dieu s'était approché de plus près de nous !» — Oh ! que ce jour Tut heureux et bon pour quelques-uns, ce jour saint où la rosée d'en-haut tomba sur la divine semence que vous aviez semée depuis longtemps^ Les joues de plusieurs étaient couvertes de larmes, pensant et sachant que vous aviez donné votre vie pour nous cultiver, et que peut-être (comme il y a toute apparence) nons ne reverrions plus ici-bas votre aimable personne, notre cher Jean-Bapttsle que Dieu nous avait envoyé pour nous prêcher et nous apporter la bonne nouvelle du salul ! Oh ! puissions-nous faire tout ce qui dépend de nous afin de réjouir le cœur de notre bon Sauveur et le vôtre, et que noas fleurissions votre couronne ! Comme il n'y avait presque que de vos catéchumènes la première fois que nons les avons lus (quand nous avions M. Ehrmann), les personnes de deux villages qui ont pu y venir se sont réunies le soir à Roumas, chez mon oncle, où tant de fois nous avions eu le bonheur et l'avantage de vous entendre parler du bonheur qu'il y a en Jésus. La réunion était nombreuse; et nos avons lu de nouveau votre aimable billet et la lettre de Jq< lie. Mais on voyait tout le monde étonné , les jeunes et les vieux, les larmes aux yeux, sachant que vous nous avez prodigué toutes vos forces, et que si vous souffrez depuis un

SI longtemps, c^est nous autres qui en sommes la cause. Oh ! oui) c'est moi, avec tous nos amis de Dourmillouse qui avons été la cause de votre longue maladie. Si nous avions élé plus prompts à croire en Dieu, vous n^auriez pas eu besoin de vous fatiguer tant dans les neiges, ni épuiser votre poitrine ! Mais nous étions si aveugles et si endurcis dans nos trieilles habitudes ! Ah ! sans doute vous avez eu bien des peines, vous avez bien poussé des soupirs pour tâcher de nous faire voir le précipice oà nous étions l Oh ! que de peines vous avez dà vous donner, cher ami, pour nous faire eomprendre quelque chose concernant notre salut! Vous avez épuisé toutes les forces de votre corps, et vous vous êtes oublié vous-même, comme notre doux Sauveur, pour nous autres ; et il vous a fallu bien du temps pour nous faire connaître le peu que nous connaissons des voies de Dieu. Il vous a fallu trois ans pour nous faire connaître la voie qui conduit au bonheur étemel. Ob ! que nous étions misérables, aveugles et condamnables de fuir Jésus, TAmi des pécheurs qui se sont donnés à lui, la source des eaux vives !

Cher ami, sensible à Taffection que vous nous avez toujours témoignée^ nous voudrions tous, du fond de nos cœurs, vous être utiles en quelque chose, si nous pouvions, de nos faibles moyens pécuniaires ; et les principaux chefs de Dourmillouse se sont joints ensemble. Quelques-uns avaient pensé que peut-être il faudrait décider deux hommes pour vous aller voir, pensant que peut-être cela vous ferait plaisir ; mais tous ensemble on a décidé de vous écrire cette lettre; et si cela vous faisait plaisir vous auriez la bonté, s'il vous plaît et si vous le pouvez, de nous le faire savoir ; nous ferons tout pour tâcher de vous faire quelque chose ; nous vous prions de nous dire tout comme il vous ferait plaisir. Ou si nous devrions, au lieu de deux hommes vous aller voir, qui ne vous seraient peut-être pas de grande utilité, vous faire passer Targent qu'il aurait fallu pour leur dépense, qui vous pour-

rail être plus ulile. Si vous pouvez nous le faire savoir, nous nous empresserons de répondre à vos vœux de tout ce que nous pourrons. Nous n'avons rien à vous refuser ; car nous vous pouvons dire en sincérité de cœur que si notre sang vous était ulile, nous vous le donnerions, et nous ne ferions pas plus pour vous que vous avez fait pour nous (*)•

Que le Seigneur vous bénisse et vous donne la patience dans ces longs moments d'épreuve ! Que le Seigneur vous comble de mille bénédictions d'en^haut, et vous récompense de tant de peines que vous avez prises pour nous tous ! Votre récompense est dans le Ciel ; une couronne immortelle vous attend !

Que le Dieu de tout don parfait vous donne, s'il le juge à propos, la santé. Nous finissons en nous recommandante vos prières ; nous, quoique faibles, nous ne vous oublions pas dans les nôtres. Toutes les familles, sans exception, depuis la cime de Roumas jusqu'au pied des Inflous, vous saluent, et vous verrez le nom de quelques-uns sur cette lettre. Nous sommes vos faibles, mais tout dévoués frères en Jésus -Christ :

P. Baridon-Yerdure, J. Baridon, Michel Orgière, P. Arnoux, J.-L. Baridon, Jacq. Bertrand, G.-P. Baridon, J. Arnoux, i7zi/niVi/7.,J. Baridon, fils, J. Baridon, J.-D. Baridon, son fils, Daniel Baridon, Baridon-Yerdure, Anazest, Arnoux, J. Baridon-Yerdure, J.-J. Dehouix, N. Orgière, Jean Orgière, des Clayes, Jacq. Baridon, J. Baridon, dit Ghaffret, Jacq. Orgière, Arnoux, J. Baridon, Franfiliat, Jean Ratmont, Jean Michel, P. Arnoux.

(1) Allez voir des senfimenU pareils , tant de candear, tant d'onction , prodails par une autre prédication qoe celle de rEyangile !

Dans les marges de la leltre on lisait :

Yoas offrirez mes amiliés cbréiiennes à Julie Talon; dileslai combien je Taime, quoique je ne Taie pas vue ; et que sa lellre m'a fait beaucoup de bien, et que je n'ai pas le temps de lui écrire pour le présent. Que le Seigneur vous bénisse Tun et Tantre , et tous ceux qui Taiment ! Anne-Marie (286) me charge de vous faire bien ses compliments ; elle est bien brave« elle fait toujours des progrès ; elle aurait bien eu envie de vous écrire ; mais sachant que vous êtes si faible, elle n'a pas osé vous écrire. Quant à mes parents de Mensals, chez Jean Besson, il y a un grand changement depuis que vous avez quitté Freyssinières. Vous avez su le départ de mon cousin François (235); je ne sais si vous avez su celui de ma tante le printemps dernier, et de ma cousine Susanne cet hiver. Vous dites que vous avez appris sa mort sans aucun détail ; je ne pourrai pas non plus vous en donner un grand détail; elle a fait une maladie de neuf à onze jours; je n'ai pu la voir pendant sa maladie, ni assister à sa sépulture^ à cause de la neige. Elle a été emmenée par une maladie de force de sang qui lui était monté au cerveau , à ce qu'on m'a dit. Agréez, cher père en la foi, et recevez les salutations de votre faible, mais tout dévoué et affectionné fils en

Jésus-Christ,

P. Baridon-Yerdure.

Quand Neff reçut cette lettre, il était à quatre semaines de sa mort. Il ne put même dicter une réponse : il me chargea de récrire, en me donnant seulement l'idée principale de la lettre. Ce n'est pas sans une douloureuse émotion que je revis, plus tard, cette lettre entre les mains de ces frères, à Dourmillouse même. Je pense que je puis la donner aussi.

À M. PIERRE BARIDON VERDURE.

Geo^ye» le 17 mars 1829.

C'est avec bien de la joie, qaoiqire cette joie sort mêlée de tristesse, que je suis chargé par notre frère Neff de répondre à la bonne lettre que vous fui avez adressée : il est tropr faible même pour dicter. Loi et nous, ses âmiâ, avons été extrêmement sensibles à tout Pamonr qoe voas loi témoignez. Le regret que vons exprimez sur ses peines est très-naturel; mais lui, il se reconnaît trop heureux qu'il lui ait été donné « non-seulement de croire, mais aussi de souffrir quelque chose pour son Sauveur. » Pour toutes les choses de ce genre nous avons été payés dVance au-delà de toute valeur, par notre rédemption ; et nous en serons récompensés au-delà de toute valeur encore par dMternelles joies.

Le frère Neff pense, comme vous le pressentez, qu'nne visite de quelques-uns des vôtres, quelque chère qo'élle lai eût été en temps de santé , serait d'autant moins bien employée à présent que, par sa grande faiblesse, il ne pourrait pas même ^ profiter.

Quant aux secours que vous lui offrez en argent, il en est vivement touché ; mais des amis plus riches que*vous lui donnent tout son nécessaire ; et vous pourrez employer vos petits moyens à quelques objets d'édification pour vousmêmes. Mais il y a un service que vous pourriez lui rendre, une joie que vous pourriez lui faire; seulement il ne sait si vous le voudriez tous. — Peut-être que votre ccBur sModigae de cette pensée? Eh bien ! posez là ma lettre un moment, pour vous demander tous à vous-mêmes si vous voudriez effectivement faire une joie à voire ami Neff. Et si vous dites encore que oui, je vais vous dire ce que c'est : « S'il y a quelque consolation en Christ, s'il y a quelque soulagement

dans la charité, sMI y a quelque communion d'esprit, s'il y a quelques cordiales affections et quelques compassions, rendez sa joie parfaite, » en vous attachant sérieusement et sincèrement à ce Christ, à ce Sauveur, qu'il vous a auponcé avec tant de travaux ! — il ne vous demande pas autre chose, et il sera alors au comble de ses vœux* II y en a encore entre vous qui ne sont pas convertis de cœur à Jésus, et qui aiment plus M. Neff que le Rédempteur qui a quitté le Ciel pour venir les racheter sur la croix* Attachez-vous auSelçneur ; et chaque conversion qu'apprendra notre frère, lai causera plus de joie que toute autre chose !

Quant à vous, cher frère, qui avez écrit la lettre, le frèrç Neff vous fait dire de différer votre visite aux Vallées jusqu'à ce qu'un frère d'ici soit allé vous joindra ; op se proposa de vous en envoyer un, si Dieu le veut.

Ma commission étant ainsi remplie, je suis obligé d'abréger, à cause de la fatigue que me cause l'écriture à ipoiméme ; et je termine en vpns répétant les VQànx par lesquels je commençais. — Soyez tous fidèles ! et bientôt les frères de Dourmillouse et de Genève vont se trouver ensemble à table, avec Abraham, Isaac et Jacob, -*- Jésus-Christ essuyant toutes larmes de leurs yeux !

Votre affectionné frère, A. Bost.

C'est, je pense, par le même courrier que partit la lettre suivante de la mère de Neff, avec deux mois de Neff luimême.

Chers amis et frères en Jésus-Christ,

Bien que je ne puisse pas lire vos lettres, à mon fils, parce que mon cœur se brise, je veux cependant vous

dire deux mots de sa part Je dis de sa part, parce

qu'il est trop faible pour pouvoir dicter, mais assez fort

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