‹ Lettres, avec quelques additionsChapitre 40 sur 50 · PARAPHRASE DE JÉRÉMIE XXXI · texte numérisé non relu

PARAPHRASE DE JÉRÉMIE XXXI

Ne te désole point, Sion, sèche tes larmes! LlSternel est ton Dieu, ne sois plas en alarmes.; Il te reste un repos dans la terre de paix ; Jéhova te ramène et te garde à jamais.

U te rétablira : même au sein des ruines, La vigne et Tolivier étendront leurs racines ; Tout sera relevé, comme dans tes beaux jours, Les murs de tes cités« tes remparts et tes tourSi.

Un jour, un jour viendra que tes gardes fidèles Sur les monts d*Ephràïin, crieront aux rebelles : Retournez en Sion, l'Eternel votre Dieu Vous rappelle ; venez, et moutons au saint lieu!

Lève-toi, le Puissant ne t'a point oubliée : D*un amour éternel le Seigneur t'a aimée. Qu'au son de la trompette, assemblés en ce jour, Tes enfants, ô Sion! exaltent son amour !

Ces chanls le remplissaient d^une foule de souvenirs et de seniimenls ; ils rémouvaieni au point que nous ne pouvions continuer, quoique! ne nous vtt pas ei quUI ne nous entendit que faiblemenl.

Au commencement de mars 1829 nous eûmes des signes marquants de sa fin prochaine, et on récrivit à ses amis des Alpes.

On a vu comment ils lui répondirent; et que ces braves gens lui offrirent de lui députer deux d^enire eux pour le voir encore une fois, ou de lui envoyer Targent de leur voyage, s^'î en avait besoin; mais Neff refusa tout pour ne pas leur être à charge. Bien plus , car nous ne pouvons nous empêcher d^enfreindre sa volonté pour faire connaître son désintéressement,—ayant reçu un mandat de quatre cents francs qui lui étaient dus, il avait dit : a Cet argent ne m^appar- 7) tient plus, il est pour le missionnaire des Alpes !» et il renvoya à M. Blanc, de Mens, aGn quMI fût employé dans Tintenlion des donateurs.

Ses amis vinrent le veiller à tour; mais, avant ses dernières nuits, il ne voulut pas que nous restassions debout; il se gênait même au point de ne pas nous appeler une seule fois. De jour, cependant, il fallait presque constamment se tenir près de lui pour le sotilever et lui humecter les lèvres avec une éponge que Ton trempait légèrement de lait, coupé d'un peu de jus de citron ; il ne prenait plus auire chose. On lui faisait aussi quelques frictions sèches sur Pabdomen

pour calmer les douleurs de sa faim ; et dans celle exlrémile il avait conservé une telle liberlé d^espril, que pour demander à Tun de nous de le friclionner, il lui dit avec un sourire douloureux : c< Donne-moi à dîner. »

Sa voix s'éiait affaiblie au point qu'il fallait se tenir bien près de lui pour Teniendre ; ce n'était qu'avec effort qu'il parlait ; souvent ensuite il en ressentait de vives donleurs : cependant il acceptait voloniierscette souffrance lorsqu'il avait un avis salutaire à donner. Nous avons eu le bonheur d*élre souvent auprès de lui pendant les derniers temps de sa carrière douloureuse, et nous n'avons pas entendu une plainte sortir de sa bouche. Il était surpris et reconnaissant de l'affeciion qu'on lui témoignait, et il la rendait avec effusion. Souvent, après nos faibles services, il passait ses bras autour de notre cou pour nous embrasser, nous remercier, et nous exhorter de toute son âme à nous dévouer au Sauveur, ce Croyez-en mon expérience, nous disait-il ; il n'y a que » lui de solide, il n'y a que lui de vraiment aimable. Si vous M vous employez un jour à la prédication de FEvangile, gar- » dez-vous de travailler en vue des hommes. Oh ! combien 7) je me reproche de choses sous ce rapport! Ma vie, » qui paraii à quelques-uns si remplie, ne l'a pas été au » quart de ce qu'elle pouvait l'être. Combien aussi de temps, » précieux pour mon âme j'ai perdu ! » Il s'accusait d'inîdélilé dans l'emploi de ses heures, et d'avoir recherché une vaine gloire, lui dont les travaux étaient à peine connus de quelques amis , lui qui avait refusé l'état du mariage pour conserver tout son cœur à son Maître, et dont la brûlante charité pour ses semblables l'avait amené à l'âge de 31 ans sur le lit de mon!

Voulant nous montrer combien sa foi était solide et dépouillée de tout ce qui tient à l'imagination : a J'ai gratté » avec les ongles, nous disaii-il, jusqu'à ce que j'en aie enle- )) vé tout le sable ei tout le mortier, jusqu'à la pierre vive; » mais la pierre est restée. »

tt L'Evangile est vrai, vrai, vrai ! » nous diuil un autre mo« ment d'une voix qui n'était qu'un souffle ; mais ses yeux l'exprimaient vivement.

Environ quinze jours avant sa mort, regardant dans un miroir , et découvrant sur sa physionomie des signes non équivoques de décomposition, il laissaéclaler quelque joie : « Oh ! oui, bientôt, bientôt je m'en vais vers mon Dieu ! » Dès celte heure il ne garda presque plus de ménagement pour lui : il fil ouvrir sa porte à tous, et le soir du missionnaire redevint une mission. Il avait une parole pour chacun, jusqu'à ce qu'il en fût accablé. Jouissant de toutes ses facultés morales, tout était présent à sa mémoire, les moindres circonstances, jusqu'aux conversations qu*il avait eues plusieurs années auparavant, et il s'en servait avec un ascendant extraordinaire pour exhorter!

On ne voyait en lui d'inquiétude que pour sa mère, âgée et faible, qui lui avait voué sa vie et ne pouvait retenir ses pleurs. Devant elle il afleclait une fermelé qui allait jusqu'au reproche; puis quand elle le quiilail, lui non plus ne pouvant retenir ses larmes, la suivait des yeux avec tendresse en disant : Pauvre mère !

Il fit des dons à ses amis, et destina des livres religieux à plusieurs personnes auxquelles il espérait être encore utile ; après avoir souligné beaucoup de passsages, il écrivait ainsi l'adresse : Félix Neff mourant à

Nous aurons un éternel souvenir de la dernière lettre qu'il écrivit ; c'était peu de jours avant son délogement. Deux personnes le soutenaient. Ne voyant plus qu'avec peine, il traça h plusieurs reprises, en caractères gros et îrréguliers, qui remplirent une page, les lignes interrompues comme elles le sont ici. Quelle ne dut pas être l'émotion de ceux qui les reçurent, avec la persuasion que celui qui les avait tracées n'était plus !

Adieu, cher ami André Blanc ,

Antoine Blanc,

tous les amis Pélissier que j^aime tendrement^

François Dumont et son épouse,

Isaac et sa femme,

Aimé Du Loix,

Emilie Bonnet, etCé etc.,

Alexandrine et leur mère ,

tous.... tous les frères et sœurs de Mens,

adieu! adieu!

Je monte

vei*s notre père en pleine paix !

victoire ! victoire ! victoire !

par Jésus- Christ !

Félix Nepf.

C^est remarquable qu'il ne mentioine ici absolument que ses amis de Mens. Mais il avait écrit précédemment aux Alpins : et d'ailleurs on se souvient toujours avec un plaisir particulier de ses premières armes.

La dernière de ses nuits, quelques personnes dont nous faisions partie, restèrent pour le veiller. Jamais nou^ n'oublierons ces heures d'ango'sses, si bien nommées la vallée de Tombre de la mort. Il fallait constamment le suivre et le garder dans ses mouvements convulsifs , soutenir de nos mains sa télé défaillante, essuyer de son front les froides sueurs, courber ou étendre ses jambes raidies ; seul, le centre de son corps conservait quelque chaleur ('). Peu après il suffoquait ; on n'osait plus rien lui donner; on lui lut quelques paroles de l'Ecriture Sainte ; il ne paraissait pas entendre, et Ton se taisait ; une seule fois, quelqu'un,

(1) Je me rappelle qu'il me fit toucher sa langue pour m'en faire sentir le froid. Ce froid était en effet frappant. Edit.

désolé de le voir tant souffrir, ayant dit : c< pauvre Neff ! » celui-ci souleva la télé, attacha un instant ses grands yeux pleins d^affeciion sur son ami, et se laissa retomber. Pendant celle longue nuit d^agonie,.on ne put que prier et le soutenir.

Sur le malin, Pair frais Tayant un peu ranimé, il 6t signe qu'on le transportât sur un lit plus élevé; on le mit sur ce lit, on Tarrangea sur son séant, et le combat de la mort commença. Pendant quatre heures , nous le vîmes les yeux élevés en haut; chaque souffle qui s^échappait de sa poitrine haletante semblait accompagné d'une prière ; et dans ce moment suprême où la mort s'appesantissait sur lui, il paraissait plus vivant qu'aucun de nous par l'ardente expression de ses désirs. Autour de lui on pleurait, on murmurait même sur la longueur de sa souffrance; mais il semblait qu'on vit errer sur sa bouche son âme impatiente de TEternité. Enfin nous comprimes si bien sa véhémente pensée, que nous nous écriâmes tous instantanément : a Viens, Seigneur Jésus, viens bientôt ! »

Deux jours après nous accompagnions sa' dépouille mortelle. On lut, sur le cimelière, quelques beaux versets de cette parole qui ne passera point ; on pria : et, comme il en avait témoigné le désir, ses nombreux amis assemblés chantèrent en chœur devant sa fosse ouverte les vers suivants de M. Yinet, mis en musique par son ami B., Téditeur du présent ouvrage.

O SÉPULCmS, OD E»T TAVIGTOiaE?

Pourquoi des cœurs chrétiens gémiraient-ils encore Sur ceux qui dans l'exil comme nous dispersés , D'un jour consolateur ont vu briller Taurore , Et que vers Canaan Dieu lui-même a poussés ? Affiranchis avant nous du mal qui nous dévore, Us ne sont pas perdus, ils nous ont devancés {bis) .

Oh ! combien ici -bas pesait à lear faiblesse Ce fardeau de chagrins sur leur tête amassés ! Et que leur pauvre cœur comptait avec tristesse Tant d'heures, tant de jours dans la douleur passés ! Nouveau-nés de la tombe, et brillants de jeunesse Ils ne sont pas perdus, ils nous ont devancés (fiis),

Qull est doux, dans les cieux, le réveil des fidèles! Qu'avec ravissement, autour de Dieu pressés , Ils unissent aux sons des harpes immortelles Les hymnes de l'amour, ici-bas commencés ! Amis, joignons nos voix à leurs voix fraternelles : Ils ne sont pas perdus, ils nous ont devancés {bis).

Le péché ni la mort ne sauraient les atteindre

Dans la haute retraite où Dieu les a placés ;

Leur tranquille regard contemple, sans les craindre.

Sous les pas des humains tant de pièges dressés.

Leur bonheur est au comble : et nous pourrions les plaindre !

Us ne sont pas perdus, ils nous ont devancés (bis).

Puisse la même foi qui consola leur vie,

Nous ouvrant les sentiers que leurs pas ont pressés,'

Diriger notre essor vers la sainte patrie.

Où leur bonheur s'accroît de leurs travaux passés,

Et rendre à notre amour ces cœurs dignes d'envie !

Ils ne sont pas perdus, ils nous ont devancés (bis).

Quand le bruit de tes flots, l'aspect de ton rivage,

O Jourdain t nous diront : « vos travaux ont cessé, >

Au pays du salut conquis par son courage

Jésus vous recevra triomphants et lassés.

Près de ces compagnons d'exil et d'héritage

Qui ne sont pas perdus, mais nous ont devancés (bis).

PREMIER SUPPLElIEfVT.

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