MEDITATION
sur ee« paroles t
Mais voici ce que je disj mes frères ; c^esi que le temps est court désormais. Que ceux qui ont une femme soient comme sUls nen avaient point; ceux qui pleurent^ comme s^ils ne pleuraient point; ceux qui sont dans la joie ^ comme s'' ils n'hélaient point dans la joie; ceux qui achètent^ comme s^ils ne possédaient rien ; et ceux qui usent de ce monde^ comme sUts rCen usaient point; car la figure de ce monde passe.
1 Corînih. VII, 29-31.
(Elirait de là Feuille religieuse do canton de Taud , mentionné paj^e 346 et 347.)
Celui qui est de la terre parle comme issu de la terre (*). Mais le chrétien est citoyen du ciel, et s'il est souvent obligé de s'occuper des objets périssables, tel qu'un plongeur qui \ient respirer à la surface de l'eau, on le voit revenir aux choses divines, son élément naturel. Ainsi dans le chapitre d'où nous avons tiré notre texte, l'apôtre, après avoir traité d'une manière assez détaillée les convenances du célibat et du mariage, et les devoirs de ce dernier état, comme s'il craignait d'avoir fixé trop longtemps sur la terre nos regards et les siens, s'interrompant tout à coup, et considérant
(1) Jean III, 31.
son sujet dans ses rapports avec réternité, nous mon Ire toutes ces choses sous leur vrai point de \ue : Au reste, mes frères, le temps est court désormais. Que ceux etc.
Oh ! combien, en eflFet, les sujets ordinaires delà tristesse, de la joie, des désirs et des afiPections du mondain nous paraîtront vains et petits, envisagés des hauteurs de Téternilé ! C'est de là, seulement, qu'appréciant chaque objet à sa juste valeur, nous verrons quelle place ils devaient occuper dans notre esprit et dans notre cœur. Vivement frappés de lexcellence de cette leçon de la sagesse divine, nous désirons en faire aujourd'hui le sujet de notre méditation, en suivant simplement, et dans leur ordre naturel, les paroles de Tapôtre. Puisse l'Esprit qui les a dictées les graver profondément dans nos cœurs et nous donner de les mettre en pratique pour notre paix et pour sa gloire ! Âmen !
Le temps est court Que d'instructions renferment CCS paroles ! Que celte pensée est sérieuse : le temps est court ! Le temps de la patience de Dieu, le temps de la repeiitance accordé par grâce aux rebelles, temps, hélas! si mal employé, ce temps est court! Car le Juge est à la porte (')i l^ four du Seigneur vient^ ardent comme une fournaise (*), ce jour de terreur et d'angoisse qui surprendra le monde incrédule quand ils diront paix
(1) Jaqaes V, 9. (2) Malach. IV^ 1.
r< sûreté (*). Hâtez-vous donc, vous qui voudriez éciter la colère à venir! Cherchez F Eternel pendant quon le trouve! Inpoquez-le tandis quil est près! Marchez pendant que vous avez la lumière, car déjà l'ange de TEternel a levé la main, et bientôt, bientôt il aura juré qu'il ny a plus de temps (*) !
Le temps est court pour la gloire et les délices de ce monde. La gloire de T homme est comme la fieur dun champ : la figure de ce monde passe : bientôt la voix des chanteurs, la harpe et la trompette ne seront plus entendues^ le bruit de la meule cessera et la lampe ne luira plus dans cette Babylone Q). Puis donc que toutes ces choses doivent se dissoudre par Tardeur du feu (♦), n'y mettez point votre cœur, mais que votre trésor soit dans le Ciel; cherchez les choses qui sont en haut et regardez aux choses visibles qui sont éternelles!. .
Le temps est court pour les afflictions auxquelles les héritiers du Royaume de Dieu sont exposés dans cette vie. — Encore un peu de temps j et celui qui doit venir viendra^ et il ne tardera point (*)/ leçez vos yeux en hauty disciples souffrants de Je* sas, le temps de votre déliçrance approche (^ ; notre affliction ne fait que passer, et bientôt la gloire éternelle sera recelée en nous^^). Les jours seront abrégés pour t amour des élus Q). Encore quelques soupirs, encore quelques nuits de tris-
(1) 1 Thew. V, 3. (2) Apoc. X, 5, 6.
(3) Apoc. XVin, 22, 23. (4) 2 Pierre HI, 11.
(5) Héb. X, 37. (6) Luc XXI . 28.
(7) 2 Cor. IV, 17; Rom. VIU, 18. (8) Madh. XXIV, 22.
tessc, et nous verrons ce que nous avons cru, et nous recevrons la couronne de justice que k Seigneur a préparée à tous ceux qui auront aimé son avènement (*).
Le temps est court pour accomplir notre œuvre. Le temps est court, et la tâche est grande ; travaillons donc tandis quil est jour^ car la nuit vient oii personne ne peut plus rien faire (*). — Faisons du bien à tous pendant que nous en avons le temps Q). Répandons la semence dès le matin ^ et ne laissons point reposer nos mains le soir (♦) . — Rachetons le temps, — Rendons témoignage au nom de Jésus. Sonnons du cor en Sion et de la trompette en Israël; car nous n'aurons pas acheré le tour des villes de Juda que le Seigneur sera venu (^).
ZdC temps est courte enfin, 1^ temps de repos temporel dont nous pouvons jouir k cette heure ; et c'est ici probablement le sens littéral des paroles de Tapôtre , qui avait en vue les prochaines persécutions. JSous dormons et nous sommeillons^ mais Y ennemi s' appr oc he(^) ; nous n'avons qu'une courte trêve et non la paix avec le monde. Préparonsnous donc, s'il le faut, à souffrir avec joie la perte de nos biens Q), à oublier notre patrie, à nous cacher peut-être dans les cavernes de la terre comme cette nuée de ténioins qui nous ont précédés Q). Préparons-oous à quitter^ s'il le faut, pour
(1) 2 Timoth. IV, 8. (2) Jean IX, 4.
(3) Gai. VI, 10. (4) Ecclés. XI, 6.
(5) Matth. X, 23. (6) Mallh. XXVI, 45,46.
(7) Héb. X, 34. (8) Héb. XI, 38; XII, 1.
l'amour de Christ^ père^ mère ^ femme et enfants, et à suivre Jésus chargé de notre croiœ Q). Que ceux donc qui ont une femme soient comme s'ils n'en avaient point..***
Celui qui nest pas marié a soin des choses du Seigneur f cherchant à plaire au Seigneur ; mais celui qui est marié a soin des choses du monde^ cherchant à plaire à sa femme (•) . Sî le chrétien (et combien plus encore Thoinme du monde) est exposé â négliger Toeuvre du salut pour Tamour de sa femme, nous pouvons en dire autant de toutes les affections légitimes et des devoirs qui s'y rattachent. Celui qui aimera plus que moi, et même qui ne hait pas pour F amour de moi^ père^ mère^ femme et enfants, frères et sœurs ^ et sa propre vie^ n est pas digne de moi Q).
Et pourtant ce même Evangile, comme la loi et la nature, ordonne au chrétien d'Aonor^r 5on ^^r« et sa mère, à' aimer safemme^ à" avoir soin de ceux de sa famille ; et le chrétien obéit avec joîe à ces commandements. Oui , le disciple de Christ , comme l'homme irrégénéré, aime ceux de sa famille ; mais il ne les aime pas de la même manière. Le dernier les aime d'une affection toute charnelle. Il en fait ses idoles. Il y met son bonheur et sa gloire ; car Torgueil entre pour beaucoup
(1) Marc X, 29, 30; VHI, 34. (2) 1 Cor. Vif, 32, 33. (3) Matlh. X, 37; Lao XIV, 14-26.