‹ Lettres, avec quelques additionsChapitre 45 sur 50 · II · texte numérisé non relu

II

dans raffection que Ton porte aux siens. S'il leB perd , il murmure, il se désespère, le temps seul pourra fermer la plaie de son cœur. Il est jaloux de leur amour, de leur approbation. Qu'il les craigne ou les aime, leur plaire est toujours à ses yeux son premier devoir, et jamais la force de ces liens ne se fait mieux sentir que quand il s'agit de Toeuvre de Dieu. £st-il incité aux noces de H agneau? -— il a épousé une femme ^ ainsi il ne peut y aller (*). Estil appelé à suiçre Jésus? — il ddit auparaçant enseçelir son père ou prendre congé de ceux de sa maison (^), et il prend ainsi conseil de la chair et du sang Q). a J'entendrais volontiers telle prédication, dit- on; je voudrais fréquenter de vrais chrétiens, abandonner les vanités du monde, sanctifier le jour du Seigneur; mais mon mari mais

ma femme... mais mes parents !... » Un autre ne trouvera pas chez les siens d'opposition proprement 4ite, et cependant pour Tamour d'eux il négligera son âme immortelle. « Je suis époux, je suis père, je dois conserver mon emploi, mes chalands, mes protecteurs. Il faut aoanttout élever ma famille, et si je m'adonnais à la piété, si je me chargeais de l'opprobre de Christ, je risquerais d'en perdre les moyens. »

Le chrétien, au contraire, met avant tout Tamour de son Dieu, la gloire de son Dieu, la volonté de son Dieu. Il aime ses parents, sa femme, ses enfants ; il respecte les premiers, il a soin de tous. Il cherche à leur plaire, aussi longtemps que

(1) Luc XIV, 20. (2) Luc IX, 59, 60. (3) Gai. I, 16.

sa conscience n'y est point compromise. Mais £aiut-il opter entre ses devoirs de chrétien et ses affections de famille ? // ne connaît plus personne selon la chair (') ; il sait quitter^ s'il le faut, père et mère^ femme et enfants^ et si quelqu'un d'entre eux veut le con)urer d'avoir pitié d'eux et de lui, et l'engager à aimer sa vie en ce monde^ quand le Seigneur l'appelle à la heur (*), il les repousse comme Jésus repoussa Céphas Q). Et dans le cours habituel de la vie, lorsqu'on pourrait croire qu'il n'est appelé à aucun sacrifice de ce genre, il se rappelle que toute chair est comme t herbe ^ que la vie de l'homme s'évanouit comme une vapeur légère^ et qu'il ne doit attacher son cœur qu'aux choses qui sont permanentes. // a donc une femme comme n'en ayant point , des enfants comme nen ayant point. Que la mgrt vienne et les lui ravisse, il s'y était préparé d'avance et se soumet sans murmurer, bénissant^ comme Job, le nom du Seigneurt qui les avait donnés et qui les a ôtés. Il se rappelle^ au milieu de son affliction, que le chrétien doit pleurer comme s'il ne pleurait point.

Ce n'est point une insensibilité affectée que l'Evangile nous appelle, les larmes ne sont pas interdites au chrétien, quand l'Eternel appesantit sa main sur lui et le visite par raffiiction ; souvent il y a plus d'orgueil que de soumission dans la fermeté que quelques-uns font paraître au milieu des épreu-

(i) 9 Cor. V, 16. (2) Jeaa XH, 25. (3) Matlh. XVI» 23.

ves. — Le chrétien frappé peut pleurer, mais non pas comme ceux qui nont point d espérance* Les larmes du mondain sont amères. Son partage est dans cette Tie ; sa beauté, sa force, sa santé, sa réputation, son honneur, sa fortune, sa famille, sa patrie , sa liberté, et souvent des objets bien moins alignes de ses affections, possèdent tout son cœur ; y toucher c'est transpercer son âme ; son bonheur fragile peut être anéanti d*un instant à Tautre, et «a douleur est un désespoir.

Le chrétien a placé dans les cieux son trésor et son cœur. U na point ici-bas de cité permanente^ et n*y cherche point son repos. II tourne ses regards vers les biens célestes , et comparant ses afflictions d'un jour au poids éternel d'une gloire infiniment toDcellente^ il les appelle et les trouve légères (*).

Souffre-t-il d'un revers de fortune? est-il précipité du haut des grandeurs? Il a appris du Seigneur à être content de t état où il se trouçe , soit dans la disette , soit dans t abondance , soit dans V honneur ^ soit dans T ignominie (^). Il se rappelle que le Fils de Dieu n'eut pas où reposer sa tête^ s'étant fait pauvre pour l'amour de nous , et s'étant abaissé jusquà prendre la forme d'un serçiteur. 11 se console donc et peut même supporter avec joie la perte de ses biens , sachant qu'il a dans les cieux un héritage incorruptible Q).

Doit-il s'éloigner du toit paternel , abandonner son pays natal ? Il sait qu'il est étranger sur la terre,

(1) 2 Cor. IV, 17. (2) 2 Philipp. IV, 11, 12 ; 2 Cor. VI, 8.

(3) Héb. X, 34.

— 5erl —

qtiesa vraie patrie est la Jërosalem d'en haut , et que Bul ne peut l'en bannir. — Est-il privéde sa liberté^ chargé de chaînes , séparé de tout ce qu'il aime sur la terre ? Son âme n'est jamais liée , et son Dieu qui brise les portes d'airain est avec lui dans sa captir vite. Il est l'affranchi du Seigneur , et sous le joug de la plus dure servitude, il peut chanter sa délivrance et jouir de la liberté glorieuse des enfants de Dieu.

Est-il méprisé, calomnié par les méchants , méconnu par ses frères mêttie ? Il se console en contemplant l'Agneau de Dieu qui fut chargé d'outrages et n'ouvrit point la bouche , et qui s'est laissé mettre au rang des malfaiteurs. Il sait que dans peu de temps la vérité sera manifestée et l'iniquité confondue , et que son droit sortira comme Vaubedujouré En attendant il se réjouit de ce qu'il est jugé digne de souffrir des opprobres pour Tamour de Jésus , et dece qu^on dit faussement contre lui toutes sortes de mal (').

Doit-il , enfin , voir son corps s'affaiblir et se consumer par la maladie et les infirmités? Il sait que ce corps de péché doit retourner en poudre , pour que l'esprit revêtu d'un corps incorruptible puisse entrer dans la gloire . Il dit avec saint Paul : 1/ homme extérieur dépérit , mais Tintérieur se renouvelle die jour en four (*) . Il considère ses douleurs comme une épreuve salutaire , et se glorifie dans les afflictions (*). Il attend que la mortalité soit absorbée par la vie , et aux approches du dernier combat ,

(i) Matib. V, li, 12. (2) 2 Cor. IV, 1«. (3) Rom. V, 3,

loin de frémir devant le Roi des épouvantements , il le salue comme un libérateur i ou le brave et lui crie : ô mort^ où est ion aiguillon ! 6 sépulcre^, où est ta victoire! En toutes choses nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés (').

Mais ce n'est pas dans Taffliction seulement que le chrétien doit posséder son âme. S'il doit pleurer comme ne pleurant point , il doit aussi se réjomt comme n'étant point dans la joie ; et tandis que les enfants du monde se livrent pour des choses de néant aux transports d'une joie insensée , qui bientôt sera changée en tristesse , le chrétien ne voit rien ici-bas qui soit capable de satisfaire ses désirs etde remplir un seul instant son cœur. — Il sait que la gloire de Thomme est comme la fleur des champs, que les richesses sont un piège , et que si les biens abondent à quelqu'un , il n'a cependant pas la vie par ces biens. — ^ Il n'estime donc pas que la possession de ces choses soit un grand bonheur , et souvent il craint, loin de le souhaiter, l'embarras des richesses et des honneurs qui sont des empêchements sur la route du Royaume du ciel.

Le sentiment de la fragilité et du néant des choses terrestres doit également modérer sa joie dans d'au* très circonstances. Au jour des épousailles , à la naissance d'un premier-né , au retour d'un parent

(i) 1 Cor. XV, 55, 57; Rom. VU, 37.

chéri , il pense aux jours de deuil et craint d'attacher son cœur à ce qui doit bientôt finir.

Au milieu même des transports de la. vraie joie que l'Esprit du Seigneur excite dans son âme« Je chrétien doit se souvenir que ce n'est point ici le temps ni le lieu du repos. D'ailleurs, le sentiment de ses propres misères et de celles du peuple de Dieu, et le triste aspect d'un monde plongé dans le mal , attristeront bientôt son cœur et mêleront bien des soupirs à ses chants de triomphe et d'actions de grâces.

Mais c'est surtout dans les soins , les occupations et les travaux relatifs à notre existence temporelle , qu'il est important de bien saisir l'esprit de l'Evangile. Examinons donc attentivement cette partie de notre texte : que ceux qid achètent soient comme s'ils ne possédaient point

« L'homme naturel qui n'entend point lès choses de Dieu, croit voir à chaque instant des contradictions entre les divers préceptes de l'Evangile. Il ne peut surtout accorder l'ordre que Dieu nous donne de travailler , avec les nombreux passages où les soucis de cette vie sont mis au rang des péchés. — tf Dieu , » disent-ils , « m'a imposé des devoirs. Il m'a donné une tâche pénible à remplir, il ne peut exiger maintenant que je les néglige pour prier sans cesse, pour lire constamment sa Parole, pour fréquenter assidûment le culte , pour rechercher des conversations religieuses. » — «Qui travaille prie,

en un mot , » vous répondront , sans songer qu ils blasphèment , ces gens si fort occupés , si vous les conjurez de penser à leur âme. — «Faut-il donc tout abandonner , laisser nos champs incultes , fermer nos fabriques ou nos magasins , résigner nos emplois et ne plus faire que prier Dieu et que penser à nos âmes ! » vous répliqueront souvent ceux à qui vous lirez la parabole des noces , ou ce que Jésus dit en parlant des temps de T^oé et de Lot , et tant d'autres passages où PEcriture semble interdire et condamner les soins de cette vie (')•

£h bien, mes frères, Tun et Tautre sont vrais. Le même Dieu qui dit à Thomme : Tu mangeras ton pain à la sueur de ton visage (') , dit ailleurs : Ne travaillez pas pour l'aliment qui périt , mais pour celui qui demeure en vie étemelle Q). Be» gardez les oiseaux de îair^ car ils ne sèment ni ne moissonnent^ ni n^ amassent rien dans des greniers, et voire Père céleste les nourrit (♦)• — Dans tout cela rSsprit Saint est toujours vrai , toujours sage, toujours d'accord avec lui-même ; et si cette sagesse paraît folie au mondain , elle est justifiée par ses enfants (^) ; car Tenfant de Dieu stàxï faire ces choseS'ci , et ne point négliger celles-là (^) .

Je pourrais répéter ici ce qu'on a dit tant de fois à ceux qui prétendent « n'avoir pas le temps » de travailler à leur salut : c'est qu'ils savent bien trouver du temps pour toute autre chose ; et que quand

(1) Ed paraissant interdire les soins de cette vie, TEcritare n'interdit en réalité qae les soucis et les soins inutiles ou excessifs.

(2) Gen. IH, 19. (3) Jean VUI, 27. (4) Malth. VI, 25-31. (5) Luc VII, 25. (6) Luc XI, -«2.

ils ont un procès à suivre , une affaire importante à terminer, ils savent bien prendre le temps nécessaire pour s'en occuper , ils y pensent beaucoup et en parlent à tout le monde sans abandonner pour cela leurs travaux ordinaires. Mais nous devons surtoutnous occuper de la différence des dispositions que le chrétien et le mondain apportent au travail.

C'est par le principe que le travail du chrétien diffère de celui du mondain. — Le mondain travaille ; mais c'est souvent pour lui une dure nécessité, à laquelle il ne se soumet qu'en murmurant et en enviant le sort de ceux qui peuvent s'en dispenser. S'il en est beaucoup parmi ces derniers qui continuent à se donner plus ou moins de fatigue , c'est bien plutôt par l'amour de l'or , par ambition, par le désir de satisfaire à des besoins de luxe , de sensualité ou d'orgueil toujours croissants , que par un véritable amour du travail ; et certes les exemples ne sont pas rares de ceux qui, possédant une certaine fortune , ne se font aucun scrupule de passer dans la dissipation ou l'oisiveté leur inutile existence.

Le chrétien , au contraire , doit travailler par un principe d'obéissance. Car Dieu a soumis tous les hommes à la sentence prononcée contre Adam : Tu mangeras ton pain à la sueur de ton visage. Tu travailleras six jours et tu feras toute ton œuvre (') • Et dans le Nouveau Testament , saint Paul nous déclare que si quelqu'un ne veut pas travailler Une doit pas non plus manger (*} . C'est donc par un principe de conscience que le chrétien travaillera;

(1) Gen. m, 17-19 ; Exode XX, 9. (2) 2 Thess. UI, 10.

s'il est pauvre, pour n'être pas à charge à la société ; s'il est riche , pour lui être utile , sachant qu'il doit payer non-seulement de ses hiens, mais de sa propre personne , et qu'un homme , quel qu'il soit , riche ou pauvre , est coupable envers ses semblables , s'il refuse de se rendre utile par quelque travail de l'esprit ou du corps.

De cette différence dans le principe résultera nécessairement une différence dans les dispositions que le mondain et le chrétien apporteront au travail Le premier n'ayant que soi-même en vue , et ne travaillant que pour ses besoins réels ou factices, y met tout son cœur et surtout toute sa confiance ^^ attendant tout de soi , comme il rapporte tout à soi. Il s'inquiète du succès de son travail. Il est agité de mille soucis , et si enfin ses soins et ses peines n'aboutissent à rien , il éclate en murmures et s'abandonne au désespoir.

Le chrétien , au contraire , travaillant pour Dieu et devant Dieu , n'a garde de mettre sa confiance dans ses talents , son industrie ou son activité. Il regarde toutes ces choses comme des moyens , des intermédiaires que Dieu emploie pour lui procurer sa subsistance , n'oubliant jamais que c'est son Père céleste qui le nourrit et lui donne son pain (fuoûdien^ et que c'est la bénédiction de P Eternel qui enrichit. — Il travaille avec confiance et tranquillité d'esprit , et si , malgré ses soins , son travail ne réussit pas , il s'y soumet avec résignation , sachant que son Père céleste a mille autres moyens de venir à son aide. — Il a obéi à son Dieu ; sa tâche est accomplie ; son véritable but est atteint.

Ainsi , tandis que le mondain travaille comme un propriétaire dont l'existence dépend du succès de son entreprise, le chrétien travaille comme un serviteur fidèle et zélé qui donne consciencieusement son temps et ses soins aux troupeaux ou aux champs d'un maître riche et bienfaisant , mais qui n'attend point sa nourriture du résultat immédiat de son travail ; car si la vigne qu'il cultive , le blé qu'il a semé ou le troupeau qu'il soigne ne donnent pas leur fruit cette année , il sait que son maître a d'abondantes provisions et que personne chez lui ne manquera du nécessaire. L'enfant de Dieu peut donc t au milieu de la vie la plus active, des soips les plus multipliés, comprendre et pratiquer ces commandements du Sauveur : JSe soyez point en souci , disant : que mangerons-nous ? que boironsnous? ou de quoi serons-nous vêtus? Ne soyez point inquiets pour le lendemain: à chaque jour su(fit sa peine. Ce sont tes païens qui recherchent toutes ces choses; et votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez donc açcuit tout le royaume de Dieu et sa justice , et toutes ces choses vous seront données par-dessus (*). Le vrai chrétien conserve son cœur libre au milieu du travail , dans 1^ prospérité comme dans les revers , et lui seul sait travailler , vendre et acheter comme ne possédant rien.

Mais il y a plus encore , et je crois devoir ajouter pour ceux qui craignent que la piété rende paresseux , comme pour ceux qui pourraient négliger les

Ci) Matlb. VI, 31 34.

devoirs de leur Yocatîon sous prétexte de piété, qu'elle doit rendre et rend en efifel beaucoup plus actif quand elle est sincère et bien entendue. Gar tandis que le mondain ne travaillant que pour lui, mesure ses travaux sur ses besoins ou sur ses désirs, et s'arrête aussitôt que la peine lui paraît dépasser les avantages , le chrétien qui travaille pour la gloire de Dieu et le bonheur de ses semblables, ne se croira jamais en droit de s'arrêter aussi longtemps qu'il y aura du bien à faire. Traçaillez de vos propres mains , dit saint Paul , d'abord ajln de fournir à tout ce qui vous est nécessaire et pour n'être à charge à personne ('), et ensuite , afin d avoir de quoi (non pas satisfaire à vos convoitises ou mettre en réserve pour l'avenir) , mais de quoi secourir ceux qui sont dans le besoin (*). Le chrétien peut donc travailler , épargner , spéculer avec autant de soin et de vigilance que le mondain le plus intéressé, mais ce sera pour être riche en bonnes œucres; pour être comme Job en état de retirer Torphelin dans sa maison , et de couvrir , comme Dorcas , ceux qui manquent de vêtements ; pour rompre du pain à ceux qui ont faim et visiter les malheureux dans leurs affiictions (^) ; pour répandre autour de lui l'instruction, l'industrie, et surtout la connaissance de TEvangile et faire parvenir jusqu^aux bouts de la terre la bonne nouvelle du salut qui est en Jésus. — Et n'est-ce pas en eflet ce qu'on voit

(i) 1 Thess. IV, 11; Act. XX, 34 ; 2 Cor. XI, 9; 2 Thess. m, 8.

(2) Eph. IV, 28.

(3) 1 Ximolh. VI, 18 ; Actes IX, 36, 39; Esaïe LVUI, 7; laq. I, 27.

tous Jes jours depuis la formation des diverses sociétés qui travaillent à l'avancement du règne de Dieu ? Combien d'artisans , de cultivateurs , de pau* vres ouvriers qui gagnaient à peine leur vie, poussés par le zèle de la maison de Dieu , ont trouvé le moyen de gagner ou d'épargner encore quelque chose pour l'entretien 4es Sociétés Bibliques, de Missions, de traités, et pour la multiplication des écoles. — Combien de personnes riches, autrefois désœuvrées et adonnées à mille vanités, ont nonseulement retranché de leurs dépenses , mais travaillent maintenant de leurs propres mains pour ajouter à leurs ofiErandes en faveur de l'œuvre de Dieu , faisant ainsi pour la gloire du Seigneur ce qu'elles n'eussent jamais fait pour elles-mêmes. •... Et ne voit-on pas les peuples nouvellement convertis et civilisés, redoubler d'industrie et d'ardeur pour le travail , afin de pouvoir payer les livres que les missionnaires leur distribuent, et former au milieu d'eux des sociétés auxiliaires de missions , et des Sociétés de bienfaisance ? — Ainsi le sauvage que son peu de bespins, ses habitudes et la fertilité de son pays rendaient si paresseux, devient actif et laborieux par cela seul qu'il est chrétien.

Que ceux qui usent de ce monde soient comme s'ils rCen usaient point.

Ces paroles, qui comprennent sommairement les devoirs détaillés dans les versets précédents , ont

^ SIO ^

son Yen t été traduites ^e manière à fayoriser nos penchants mondains : user de ce monde comme n'en nbusant pas. Mais les passages qui précèdent nous autorisent suffisamment à prendre le mot grec du Nouveau Testament , qui signifie également abuser et user^ dans ce dernier sens. Gai* ne pas abuser du monde est une maxime tout huniaine, et qnun païen avouerait comme un chrétien ; mais en user comme nén usant pas , c'est là le sçcret et le privilège d'un cœur affectionné aux choses de l'Esprit. — Cependant des chrétiens peu disposés à un véritable renoncement au monde ont souvent pris ces paroles, même dans le dernier sens, comme autorisant les commodités, les délicatesses et le luxe d'une vie sensuelle et mondaine.

Mais prenôns-y bien garde , si le sens de ce passage rie paraît pas déterminé , iï l'est de fait par cent autres passages et par l'esprit de TEvangile , et rie peut jamais anéantir ni même affaiblir les commandements qui nous appellent à renoncer au monde et aux choses de ce monde, à mortifier, à crucifier le vieil homme et à n'avoir pas soin delà chair pour satisfaire ses conçoitises (') . Il ne saurait surtout nous exempter du devoir d'imiter Jésus-Christ, qui étant riche s'est fait pauvre pour nous , et qui nous a donné dans toute sa vie un modèle de renoncement et d'humilité pratique qui devrait nous faire rougir de notre mollesse.

Non , ce n'est bien certainement pas en parlant des superfluités de la vie que l'Apôtre nous dit:

(i) Rom. VI, 6; VHI, 13 ; XHI, i4; Col. UI, 5; Gai. V, 24 ; VI, S.

usez du monde ; mais c'est des choses les plus nécessaires qu'il veut que nous usions comme n'en usant pas. — Qu'est-ce que le monde pour le chrétien , sinon un triste désert qu'il passe en soupirant comme un voyageur ? Et que sont pour lui les besoins de son faible corps , sinon des misères et des entraves dont il lui tarde d être délivré? — Ira-t-il donc faire de ces besoins la source de ses jouissances » en les multipliant, en les augmentant pour les satisfaire avec recherche et volupté? — Croira-t-il bien important que ce corps , qui bientôt doit pourrir dans un étroit sépulcre , soit pendant ces quelques jours de vie , couvert d'habits précieux , logé avec faste , couché mollement et nourri avec tant de délicatesse ? Et faudra-t-il pour fournir à sa table et décorer ses appartements , mettre à contribution les deux hémisphères et épuiser toutes les ressources de l'industrie (') ?

Le vrai disciple de Jésus doit manger pour vivre,

(1) Qaelqaes personoas, même parmi celles qui font profession de piété, croient justifier lear penchant pour le luxe en alléguant la nécessité d'encourager Tinduslrie et le commerce. Je leur répondrai d*abord avec le Sauveur : laissez les morts ensevelir leurs morts. Il n*y aora toujours que trop de gens disposés à faire valoir une Industrie toute consacrée à la vanilé» sans que les disciples de Jésus s'en mêlent. — D'ailleurs, si votre raisonnement est juste, pourquoi blâmez-yous le jeu, rivrognerie et la profanation du jour du repos? Car si tout le monde devient religieux et sobre, de quoi vivront cette foule de cabaretiers, de teneurs de cafés et de guinguettes, qui ne spéculent que sur Tintempéranee du peuple, surtout au jour du repos ? — D*après ee principe, il n'est pas nn excès qui n*eût son excuse ; » et ce Démétrius, qui employait tant d'ouvriers à la fabrication de petits temple» dlSphése, eût obtenu gain de cause contre saint Paul , qui , en effet, avait ruiné le métier de Torfèvre en combattant Tidolâtrie par la prédication de l'Evangile. (Voyez Actes XIX, 25.)

se \ètir et se loger par nécessité , et ne suppléer à ses forces par celles des animaux que quand elles sont insuffisantes ou épuisées, et non , encore une fois , pour flatter sa paresse ou sa vanité. — Le chrétien doit gémir sous le poids de ce corps de mort (*) , et s'estimer heureux de s'en occuper le moins possible*

Et ne dites pas qu'entouré de la pompe et des dë^ lices du monde votre cœur y demeure étranger, et que vous en usez comme n'en usant pas. Si vous n'attachiez , en effet , aucune importance à ces superfluités, pourriez-vous en jouir si paisiblement, tandis qu'un si grand nombre de vos frères manquent du nécessaire Q) ? Si vous n'aimiez pas le monde et ses jouissances » vous n'auriez pas besoin de le dire : on le verrait ...»• Mais en admettant que d'après ce passage et sans sortir de l'esprit de l'Evangile, chacun puisse, dans une certaine mesure, jouir des avantages de sa position , il restera toujours vrai que bien loin d'en être Tesclave , le chrétien doit être disposé à y renoncer sans regret» aussitôt qu'il y sera forcé par les circonstances , ou appelé par ses devoirs ; et j'ajouterai encore que ce dernier cas se présentera fréquemment s'il est atten* tif à la voix de l'Esprit de Dieu. Saint Marc Q) nous parle d'un jeune homme qui était probablement couché aux environs de Gethsémané quand Judas y conduisit les satellites du Sanhédrîn , et qui s'étant approché de la troupe, enveloppé d'un

(1) 2 Cor V, 2 ; Rom. Yll, 24. (2) Luc XVI, 19, 20.

(3) Ch. XIV, 51.

linceul , fut saisi par quelques jeunes gens ; rnais^ dit rEvangéliste , il laissa le linceul entre leurs mains et s enfuit tout nu. Ce trail , qui semble de peu d'intérêt en lui-même , nous offre une image frappante de la manière dont le chrétien doit user desbîensdecemonde. Le mondain s'en enveloppe et en est tellement lié , qu'en le prenant par cet endroit on le mène où Ton veut ; tandis que le chrétien , s*il est vraiment fidèle , n ea est que légèrement recouvert , et les abandonnerait mille fois avant de faire un pas hors de la droite voie.

Maintenant , cher lecteur, permettez-moi de vous demander , au nom du Seigneur , si votre cœur peut dire Amen à tout ce que vous venez de lire , et si vous pouvez vous reconnaître au portrait que nous avons tracé du véritable chrétien ? — Sentez- vous la réalité de ces choses ? En faites-vous une expérience habituelle ? Açez-vous effectivement une famille comme h^en ayant point ? Pouvez -vous , dans vos afflictions , pleurer comme ne pleurant point, et dans la plus grande prospérité, vous rejouir comme n étant point dans la joie ? Savezvous vendre et acheter comme ne possédant rien , et user de ce monde comme nen usant point ?

Si ces principes vous paraissent exagérés , si vous avez de la peine à croire qu'on puisse les mettre en pratique , et si vous ne sentez pas que c'est à cela que vous êtes appelé , permettez -moi d'en conclure, que vous n'avez point encore reçu ce nouveau cœur u. 33

et cet esprit nouveau promis à tous les vrais dis^ ciples de Jésus-Christ ; que vous êtes encore conduit par la chair et affectionné aux choses de la chair (*), et par conséquent encore étranger à T alliance et aux promesses.

S*il en est ainsi « cher lecteur , hâtez-vous d'aller à Jésus le Sacrificateur éternel , qui est venu chercher et saucer ce qui était perdu^ et qui maintenant vous fait supplier en son nom d être réconcilié açec D/dz/par lui (^), — Demandez-lui la lumière dont vous avez besoin pour reconnaître le véritable état de votre âme , et quand , affamé et altéré de la Justice et soupirant sous le poids de vos chaînes , vous aurez imploré et obtenu sa grâce , quand vous aurez Ireçu son Esprit d'adoption , vous éprouverez que celui que le Fris affranchit est véritablement libre, et que tout en lui est renouvelé (^) . Quand vous aurez trouvé cette perle de grand prix , vous vendrez tout pour l'acheter (♦)•

Et vous , ô mes bien-aimés frères , qui avez trouvé Ce trésor, vous qui faites profession d'être voyageurs sûr la terre et de chercher la cité permanente, poursuivez constamment la course qui vous est proposée , rejetant tout fardeau et toute enveloppe {^). Souvenez-vous que nul qui va à la guerre ne s'' embarrasse des affaires de cette vie^ afin qu il puisse plaire à celui qui l'a enrôlé pour la guerre , et que celui qui lutte use entièrement de régime pour obtenir la couronne (*).

(1) Rom. Vni, 5. (2) 2 CoT. V, 20.

(3) Jeao Vin, 35 ; 2 Cor. V, 17. (4) Mattb. XIII, 46.

(5) Héb. XU, 1. (6) 2 Timoth. II, 4 ; 1 Cor. IX, 25.

Prenez donc garde à vous-mêmes , de peur que vos cœurs ne soient appesantis par la sensualité et par les inquiétudes de la vie (') • Soyez sobres et veillez (*) . Que vos reins soient ceints et vos lam-pes allumées (^) . Veillez et priez. ...Et que le Dieu de paix veuille vous sanctifier lui-même parfaitement , et que tout ce qui est en vous, T esprit, Vâme et le corps, soit conservé irrépréhensible pour le jour de Tarènement de notre Seigneur Jésus-Christ. Celui qui vous a appelés est fidèle , et il fera ces choses en vous (^) . A lui soit gloire aux siècles des siècles. Amen!

(1) Lac XXI, 34; TIII, 14. (3) 1 Pierre 1, 13; V, 8.

(?) Lac XII, 35. (4) 1 Thess. V, 23, 24.

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