DE L*ÉPITRE DE SAINT JACQUES
(mentioooées p. 330).
V^ou viennent parmi vous les dissensions et les querelles ? N^ est-ci pas de vos désirs dér^lésj qui combattent dans vos membres?
L'amour du monde est sans contredit la cause né» xessaire des dissensions et des inimitiés ; car la terre n'offrant qu'une somme de biens très-insuffisante comparativement à l'avidité de ses habitants, les objets terrestres ne peuvent être, parmi ceux qui les cherchent, qu'une source intarissable d'envie et de querelles. Les biens célestes, au contraire, surpassant infiniment tout ce que des créatures bornées peuvent désirer, nul ne pense à en être jaloux. G)mme les eaux de la mer baignent également la baleine et le plus petit coquillage, comme une pluie abondante arrose suffisamment le chêne ^t le gramen, ainsi l'amour de Dieu, embrassant tous les êtres qui vivent en Lui, rassasie pleinement chacun d'eux, comme s'il ne s'occupait que
de lui. seul. Si toute une armée dévorée par la soif se porte vers une petite fontaine « on conçoit que le plus grand désordre y régnera, parce que chacun» craignant que Teau manque, voudra boire le pre-mier ; tandis que s*ils vont boire au bord d*un grand fleuve, tout se passera sans la moindre contestation. Aussi longtemps donc que nous demanderons notre bonheur aux hommes ou aux biens périssables, nous serons par le fait les ennemis les uns des autres. Plus, au contraire, nous renoncerons à la gloire et aux biens quelconques de ce monde, plus aussi notre cœur s'élargira, et moins nous aurons de peine à pardonner, à aimer, à a vivre en paix. » avec tous les hommes, et surtout avec ceux qui » invoquent le Seigneur d'un cœur pur. »
S^om cmmiez^ et vous n^avezpas ce que vous désirez; vous açez une envie mortelle^ vous êtes jaloux .^ et vous ne pouvez obtenir ce que vous enviez ; vous vous querellez et vous disputez^ et vous rCavez point ce que vous désirez^ parce que vous ne le demandez point. Fous demandez^ et vous ne recevez points parce que vous demandez mal et pour V employer à la satisfaction de vos convoitises.
C'est toujours la recherche des choses de la vie présente qui cause les querelles et les jalousies. Plutôt que de porter envie à vos frères, présentez vos besoins à Dieu : mais gardez-vous de lui deman* der de quoi satisfaire à vos convoitises ou à vos vanités; demandez-lui votre pain quotidien^ et il vous le donnera.
Pettt*être vos désirs paraissent-ils moins char-
nels, et est-ce des dons spirituels de vos frères que TOUS êtes jaloux ; mais craignez qu'en les demandant au Seigneur votre cœur ne soit séduit par Torgueil et par le désir d'être estimé, considéré des hommes, et compté pour quelque chose dans TEglise de Dieu. Telle était en partie la cause des désordres et des maux de TEglise de Corinthe ; et telle est encore souvent la source des troubles qni agitent nos âmes et affligent le peuple de Dieu. Désirons avant tout les dons les plus excellents et non pas les plus brillants (i Cor. xii, 3i) ; recherchons ce qui peut nous rendre précieux aux yeux du Seigneur, et non ce qui attire les regards de nos frères; nous obtiendrons alors ce que nous demande* rous ; et le reste, s'il est nécessaire, nous sera donné par-dessus. Encore une fois, cherchons la gloire de Dieu et non pas la nôtre. Que notre richesse et notre joie soient en Dieu et non dans les hommes, et la paix sera multipliée en nous et entre nous.
Hommes et femmes adultères^ ne sa^et-çous pas que T amour du monde est inimitié contre Dieu? Celui donc qui voudra ftn ami du monde^ se rendra ennemi de Dieu*
Entre les diverses figures sous lesquelles l'Eternel nous peint dans les Ecritures son affection pour l'Eglise et les rapports qui l'unissent à elle, le lien conjugal est une des plus fréquemment employées. L'Eglise est l'épouse du Seigneur. U réclame toute son âfScctjon et regarde comme un adultère tout partage qu'elle peut en faire entre lui et un autre.
G est le repreche ordinaire des prophètes à Vwni^ cienne Sion, et ici nous le retrouvons adressé à l-Eglise chrétienne. L'épouse de l'Agneau doit être pure et sans tache, et toutes lésâmes qui font parr tie de ce corps mystique doivent se donner tout entières à Celui qui mourut pour elles, qui les aime, et qui veut leur faire partager la gloire et les déli** ces de son royaume. Dieu ne peut souffrir les cœurs partagés. « Nul ne peut servir deux maîtres : » on ne peut aimer Dieu et le monde ; si quelqu'un » aime le monde, Tamour du Père n*est point en » lui » (Luc XVI, i3; i Jean ii, i5).
Le monde dont Tamour est inimitié contre Dieu» peut être considéré sous deux rapports : les choses du inonde^ et les hommes du monde. Quant aux choses, l'affection que nous avons pour elles, ne peut s'accorder avec Tamour de Dieu, dont elles prennent la place : elles fixent nos regards vers la terre, et appesantissent nos esprits et nos coeurs^ qui devraient s'élever au-dessus des vanités d'icibas et soupirer après notre domicile éternel. D'ailleurs, comme nous l'avons déjà vu, la recherche des objets sensibles nous met à chaque instant en division avec nos semblables et en contradiction avec la loi de Dieu ; l'amour du monde est le tombeau de la piété comme celui de la charité. Quant au monde pris pour la multitude de ceux qui n'or béissent point à l'Evangile, ce n'est pas proprement de l'amour que nous lui portons, qu'il est question dans les paroles de saint Jacques , puisque nous devons, dans un sens, aimer tous les hommes. L'apôtre parle plutôt de l'amour qpe
nous voudrions que les gens du inonde conservassent pour nous, et que nous ne pouvons obtenir qu*en renonçant à la fidélité envers Dieu. En ce sens, rien n'est plus vrai que ces paroles : Celui qui veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu. Le monde est en révolte contre Dieu; « il obéit à Fesprit de rébellion qui agit en lui avec » efficace » (Ephés. ii, 2); il a ses principes, ses maximes, ses habitudes, en contradiction avec les principes, les maximes et les ordonnances de TËvangile.Xa sagesse de Dieu lui paraît une folie; il appelle le mal hien^ et le bien mal; il plaint ceux que Dieu appelle bienheureux, et envie le sort de ceux à qui TEvangile dit : Malheur à vous (Luc VI, 20-26). Le monde méprise les biens du ciel, et regarde comme une triste servitude la Ubertéglo' rieuse des enfants de Dieu. En un mot, il n'y a pas plus de communion entre le monde et Dieu, qu^entre les ténèbres et la lumière. Comment donc pouvez-vous plaire en même temps à Tun et à l'autre? Pour être aimé du monde, il faut agir, parler et penser comme lui, approuver ce qu'il approuve, aimer ce qulil aime. « Ils s'étonnent, dit saint » Pierre, de ce que vous ne courez plus avec eux à » la même dissolution, et ils vous en blâment » (l Pierre iv, 4)- Les hommes, il est vrai, pourront aimer les vertus du chrétien, mais ils n'aimeront jamais le principe dont elles émanent, et ces vertus mêmes cesseront de leur plaire, dès. qu'elles ne seront plus dans leurs intérêts. Ils aimeront en vous la droiture, le désintéressement, la charité, dans ~ vos diverses relations avec eux ; mais aimeront-ils
votre franchise à reprendre en eux ce qui est mal , et TOtre refus constant de vous prêter à leurs intrigues, et de favoriser leurs vues ambitieuses? Aimeront-ils cette indifférence pour les biens terrestres qui contrariera si souvent leurs projets, ou sera la censure continuelle de leur avarice? Aimerontils en vous le mépris que vous témoignez pour les grandeurs, les vanités et les plaisirs du monde? Aimeront-ils votre fidélité à rendre témoignage à la vérité, à parler devant eux de la mort et du jugement à venir, ou même de Tamour de Dieu et du bonheur de ses enfants? Vous êtes chrétien, et ce-, pendant vous avez, dites-vous, conservé Taffection de beaucoup de gens qui sont encore du monde : mais est-ce pour votre piété qu'ils vous aiment, ou bien à cause de votre esprit naturel, de votre légèreté et de votre complaisance coupable à parler de tout avec eux, excepté de la seule chose nécessaire? Aiment-ils en vous le nouçel homme ou Vhomme naturel PV venez-y bien garde, mes frères; malheur à nous si nous sommes aimés du monde ; « car il aime ce qui est à lui » (Jean xy, 19). « Le monde ne peut vous haïr », disait Jésus à ses frères, lesquels alors ne croyaient point en lui ; « le monde » ne peut vous haïr, mais il me hait, moi, parce • que je rends ce témoignage que ses œuvres sont » mauvaises » (Jean vu, 7),
Sans doute on serait très-coupable de s'attirer comme à dessein l'inimitié des hommes, par un ton dur ou un air dédaigneux, en affectant de mépriser leur jugement et de les blâmer en tout et par tout, en les traitant comme des profanes et des ré-
prouvés, ou « en jetant les perles devant les pour* » ceaux, et en voulant mettre le vin nouveau dans » des vaisseaux fêlés », ou enfin en manquant aux devoirs sociaux que TEvangîle même nous impose. « Que nul de vous, dit Tapôtre, ne sôufFre comme » malfaiteur ou curieux des affaires d'autrui ; mais » s'il souffre comme chrétien, qu'il n'en ait point 3» de honte »(i Pierre rv, i5, i6). Mais quelles que soient la douceur et la simplicité du chrétien, il ne peut manquer d'être hdi du monde, par cela seul quil nest pas du monde , et qu'il appartient à Jésus (Jean xvn, i4) ; ^^ 1^^ chrétiens les plus humbles, les plus fidèles, sont souvent ceux qu'on aime le moins. Toujours et partout « celui qui est né de l'Esprit « sera persécuté par celui qui est né de la chair» (Gai. iv, 29). Faisons donc notre compte, mes bien-aimés frères, si nous voulons être amis de Dieu, d'avoir le monde pour ennemi; et n'en soyez point étonnés, nous a dit le Sauveur : « car il m'a haï avant vous » (Jean xv, i8). Le Maître que nous servons nous a fidèlement prévenus : « Si » quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce » à soi-même , qu'il charge sa croix ; vous serez » haïs de tous à cause de mon nom ; vous aurez » des afflictions dans ce monde ; mais ayez bon » courage, j'ai vaincu le monde » (Luc ix, 23 ; Matt. X, 22; Jean xvi, 33). Réjouissons-nous donc si nous sommes crucifiés pour le monde. Que, de même, le monde soit crucifié pour nous (Gai. vi, i4). Et si quelqu'un parmi vous ne peut se résoudre à perdre ainsi l'approbation et l'affection des hommes, s'il n'est pas prêt à renoncer à tout,
qu'il ne jette pas les fondements de la tour... (Luc XIV, 28, 33).
Mais si nous devons, à Texemple de Jésus, souffrir patiemment Tin juste inimitié des hommes, n'oublions jamais de rendre, comme Lui, le bien pour le mal, « d'aimer nos ennemis, de bénir ceux n qui nous maudissent et de prier pour ceux qui » nous persécutent, » nous souvenant que nous sommes «de notre nature des enfants de colère, » comme les autres, et que nous n'avons rien que » nous ne l'ayons reçu » (Matt. v, 44; Ephés. 11, 3 ; I Cor. iv, 7 ).
Pensez 'VOUS que V Ecriture parle en vain ?
Combien de fois, en voyant agir et en entendant parler ceux-là même qui disent recevoir la Sainte Bible, ne serait-on pas tenté de croire que pour eux l'Ecriture parle en vain? L'incrédulité ne consiste pas seulement à rejeter les dogmes de l'Evangile; il y en a tout autant à affaiblir ses préceptes moraux; car il est aussi vrai «que cen lui qui veut se rendre ami du monde est en- » nemi de Dieu , et que l'orgueil marche devant ï> l'écrasement » ; il est aussi vrai « que les men- » teurs, les avares, les impurs n'hériteront pas le » royaume de Dieu (i Cor. vi, 10), et que celui qui n n'aime pas son frère demeure dans la mort f» (i Jean m, i4)i qu'il est vrai que Jésus est venu mourir pour les pécheurs , qu'il est ressuscité d'entre les morts, et qu'il y a une élection de grâce. La vraie foi consiste à recevoir tout ce que l'Evangile