‹ Lettres, avec une introductionChapitre 19 sur 35 · A H. CÉLESTIN DOUDAN · texte numérisé non relu

A H. CÉLESTIN DOUDAN

Paris, 18 février 1871.

Mon cher ami, je n'ai reçu qu'hier au soir, 17, ta lettre du 6 février, mais c'est le train ordinaire dont vont les lettres pour le moment, et je crois qu'elles circulent encore plus difficilement de Paris dans les départements que des départements dans Paris.

Mille remerciements de ton aimable lettre et de l'offre que tu veux bien me faire de me ravitailler dans nos détresses. On a, à présent, le nécessaire en fait de vivres, mais il est sûr que, dans ces derniers mois, l'existence a été assez rude. Nous avons conna là à peu près tout ce que l'on peut rêver en fait de calamités ; la famine qui s'avançait à pas comptés mais assurés ; les maladies, et parmi elles la petite vérole, qui emportait quatre bu cinq mille personnes par semaine ; le bombardement, qui en écrasait un certain nombre tous les jours et toutes les nuits ; la chance, à tout moment, d'une lutte armée dans l'in-

térieur ; cette enceinte sinistre de Prussiens qui nous cernait; l'absence absolue de toute relation avec le dehors, et tout cela rendu plus tragique, durant les nuits, par la profonde obscurité des rues de Paris.

Mais peut-être que notre sort est pire, aujourd'hui que la vie matérielle est plus tolérable. Qu'allons-nous voir après ce que nous avons vu ? Que sera la guerre ou la paix qui va suivre ?

Bien des tendres amitiés à Amélie. Georges a-t-il été dans ces gardes mobiles dont nous n'avons eu ici qu'une partie qui s'est très bravement conduite, et nous aurait sauvés s'il y avait eu une chance pour nous?

J'ai cherché, par le peu de journaux de province qui nous parviennent, à voir si Douai avait été attaqué par les troupes allemandes. Je n'ai rien trouvé. Il me semble revoir ces grandes murailles et ces grands ouvrages que je voyais fortifier, en 1815, contre une autre invasion.

Mille remerciements et mille amitiés.

GLIII.

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