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bontés pour moi, entre autres celle de me fournir tous les livres qui me passent dans la tête. Il s'empara d'abord de votre lettre pour la montrer aux savants que vous y nommez, et former ensuite la correspondance que vous désirez ; mais ces savants sont, comme le climat, extrêmement froids. D'ailleurs, ils ne connaissent pas cette Académie Italique, et je suis dans la même ignorance, à vous parler franchement; de manière qu'il me paraîtrait à propos. Monsieur le Comte, de la légitimer en envoyant les statuts, le tableau des académiciens, et surtout le diplôme d'institution. Je crois que cela se pratique ainsi, et que vous ne trouverez aucune pointillerie déplacée dans la réserve de ces Messieurs.
Vous auriez bien plus raison, Monsieur le Comte, de me quereller moi-même sur mon retard à vous répondre ; mais le Comte Potocki, ayant changé d'appartement, a commencé par égarer ma lettre dans le fond d'un portefeuille, dont elle n'est sortie que longtemps après. Ensuite de grands malheurs et de grandes occupations ont occupé ma tête, au point que j'ai suspendu toutes mes correspondances. J'espère donc. Monsieur le Comte, que vous me pardonnerez, d'autant que je ne suis pas plus coupable envers vous qu'envers mille autres. L'excuse n'est pas trop bonne peut-être, mais je vous dis la vérité.
Pour en venir enfin au sujet principal de votre lettre, j'ai bien peur. Monsieur le Comte, que nous ne soyons pas trop d'accord sur certains principes fondamentaux de l'histoire de l'homme et de son habitation. Moïse a
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tout dit, Monsieur le Comte : avec lui, on sait tout ce qu'on doit savoir sur ces grands objets; et, sans lui, on ne sait rien. L'histoire, la tradition, les fables même, et la nature entière, lui rendent témoignage. Le déluge surtout est prouvé de toutes les manières dont ce grand fait peut être prouvé. Lisez le livre du docteur Lardner (Indîan testimonies); lisez celui du fameux Addison et celui du père De Colonia, sur ce même sujet des témoignag-es rendus à la révélation par Vantiquité profane; lisez les notes de Grotius et le premier livre de son bel ouvrage. De veritate ReL christ., etc. Vous serez surpris et totalement entraîné par l'universalité de cette croyance. On l'a trouvée jusque parmi les sauvages de l'Amérique; on l'a trouvée en Chine ; on l'a trouvée surtout dans les Indes, où la compagnie savante de Calcutta fouille depuis quelques années avec une constance infatigable la mine la plus riche et la plus nouvelle. Dans les livres sacrés des Indiens, écrits dans une langue morte depuis plus de deux mille ans, et livrés enfin à la curiosité européenne par les travaux de cette savante compagnie, on trouve avecétonnement Noé, le déluge universel, Tarche, la montagne, la colombe, etc., comme on les trouve dans Lucien [de dea Syria)^ qui jamais n'avait ouï parler de la langue sanscrite.
Je vous prie. Monsieur le Comte, Ovide avait-il lu dans la bible : Omnia pontiis erafit^ deerant qiioqiie littora ponto? Il exprimait l'ancienne et universelle tradition dii. genre humai?i reîiouvelé par une famille seule j sauvé miraculeusement d'un naufrage général.
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Mettez d'un côté un livre unique sous tous les rapports, portant tous les caractères de l'inspiration, et de l'autre tout le genre humain de tous les siècles, qui lui rend témoignage par des traditions plus ou moins défigurées, et vous verrez que, sans aller plus loin, jamais fait n'a été plus rigoureusement démontré que celui du déluge.
Quod semper^ quod ubiqii?^ quod ah oimiîhiis... Ce passage si connu, employé par un pieux auteur en faveur des dogmes catholiques, n'est pas moins décisif en faveur de ces dogmes catholiques dans un autre sens, c'est-à-dire qui ont appartenu partout et dans tous les temps à Vuniversalité de la famille humaine.
Que sera-ce encore. Monsieur le Comte, si à toutes ces preuves historiques et générales, déjà si décisives par elles-mêmes, nous ajoutons les preuves physiques qui sont éblouissantes? Au moment où je vous parle, les hommes qui savent admirer peuvent admirer à l'aise le mai7imouth trouvé l'année dernière à l'embouchure de la Lenna, par le soixante-quatorzième degré de latitude. Cet animal était incrusté (notez bien) dans une masse de glace, et élevé de plusieurs toises au dessus du sol. Cette glace s'étant mise à diminuer par je ne sais quelle cause physique, on a commencé à voir l'animal depuis cinq ans. — Hélas! dans un pays plus fertile en connaisseurs actifs, nous posséderions une merveille qu'on serait venu voir de toutes les parties du monde, comme les musulmants allaient à la Mecque, — un animal antédulivien entier jusque dans ses moindres parties, et susceptible d'embaumement ; on
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aurait pu tenir dans ses mains un œil qui voyait, un cœur qui battait il y a quatre mille ans ! Qiiis talia fando temperet a lacrymis? Mais lorsqu'il s'est trouvé entièrement dégagé, l'animal a glissé au bord de la mer, et là il est devenu la pâture des ours blancs, et les sauvages ont scié les défenses, qu'il n'a plus été possible de trouver. Tel qu'il est cependant, c'est encore un trésor qui ne peut être déprécié que par l'idée de ce qu'on aurait pu avoir. J'ai soulevé la tête pour ma part. C'était un poids pour deux maîtres et deux laquais. J'ai touché et retouché l'oreille, encorde tapissée de poil. J'ai tenu sur une table et examiné tout à mon aise le pied et une petite portion de la jambe. La sole, en partie rongée, avait plus d'un pied de diamètre. La peau est parfaitement conservée ; les chairs racornies ont abandonné la peau, et se sont durcies autour de l'os; cependant l'odeur est encore très forte et très désagréable. Cinq ou six fois de suite, j'ai porté le nez sur cette chair. Jamais l'homme le plus voluptueux n'a humé le plus délicieux parfum de l'Orient avec la suavité du plaisir que m'a causé l'odeur fétide d'une chair antédiluvienne putréfiée. — Maintenant, Monsieur le Comte, que M. de Buffon vienne nous faire des contes de fées sur le refroidissement du globe ! Si l'on cueillait la pêche et l'ananas sur les bords délicieux duWaigatz;si les animaux du tropique vivaient dans ces belles contrées, quelle magie a conservé les parties tendres de leurs cadavres, je ne dis pas dans les premières couches de terre meuble, mais au-dessus même de la surface de la terre, comme