A M. LE VICOMTE DE BONALD
nité; — un élément parlementaire rendu très mauvais par la sublimation ; enfin un élément philosophique, qui n'a pas besoin, je crois, d'être décrit. —Voyez par quel départ préliminaire vous pouvez obtenir la terre vierge ! — Au reste. Monsieur, je ne demande rien de surhumain, et je sais bien que l'or à 23 carats plus || s'appelle partout or pur ; mais je vous répète que, tandis qu'un homme tel que vous, par exemple, regardera la Déclaration de 1682, je ne dis pas comme une loi fondamentale, mais seulement comme une chose médiocrement mauvaise, il n'y a plus d'espérance de salut, car nous ne pouvons nous sauver que par l'ensemble et l'unité dans l'universalité. ■ — Mais en voilà assez et même trop sur ce sujet ; toutes ces pensées étaient dans le tuyau de ma plume, elles sont tombées en vertu de la seule loi de gravité.
Je suis ravi que mon opuscule ne vous ait pas déplu. C'était, à mon avis, une bien bonne idée que celle de l'imprimer à la suite des Considérations^ supposé qu'on leur fasse l'honneur de les réimprimer. Je vous répète, avec la plus grande sincérité, que j'avais à peu près perdu ce livre de vue, et que votre première lettre seule m'apprit qu'on avait bien voulu y faire attention en France.
J'ai sauté de joie en lisant ce que vous me dites sur l'opuscule de Leibnitz. Il y a plus de vingt ans qu'une dame suisse de mes amies, qui vient de mourir catholique à Vienne, me dit en propres termes : « Si les gardes de la bibliothèque publique du Hanovre so7it d'honnêtes gens^ ils peuvent moiitrer la preuve que
Leibnit^ croyait à la présence réelle. )> Cette phrase n'était jamais sortie de ma tête. Je tâchai, il y a trois ou quatre ans, de profiter du despotisme français pour tirer le manuscrit précieux de l'ombre, mais je ne pus réussir. Aujourd'hui vous m'apprenez que vous en êtes le maître, — - qu'on le traduit, — qu'on l'imprime ;
— vous me faites tout le plaisir possible. Quels superbes arguments pour nous, Monsieur, que Grotius et Leibnitz mourant catholiques, et Haller désespéré !
— Je brûle d'envie d'avoir cet ouvrage (i). Je voudrais aussi avoir la Vie de Bossuet, dès qu'elle fera son entrée dans le monde ; je voudrais cet ouvrage sur l'Angleterre dont vous me faites un si bel éloge ; je voudrais même avoir quelques exemplaires de mon Essai et de mes Considérations, si on les réimprime. Permettez. Monsieur, que je joigne ici une lettre de créance de quelques louis pour me faire cette pacotille. Usez-en, en tout ou en partie, suivant les circonstances ; entre nous autres, gens battus de V oiseau^ point de compliments. J'ai soixante ans, et je suis ruiné ; voilà deux conformités importantes avec vous. — Grâce à Dieu, il en est d'autres encore. Je ne saurais vous dire tout le plaisir que j'éprouvais, en vous lisant, de me trouver d'accord avec vous sur tant de points. Il en est, comme celui de l'Angleterre par exemple, sur lesquels nous serions bientôt d'accord. Je serai enchanté de voir le grand ouvrage philosophique que vous m'annoncez (2) ;
(i) Le manuscrit de Leibnitz, Systema theologicwn, a été publié en 1846, en latin et en français, par M. l'abbé Lacroix. H en existe également une traduction faite par M. Albert de Broglie.
(2) Les Recherches philosophiques.