‹ Lettres choisies de J. de MaistreChapitre 49 sur 60 · A M. LE COMTE DE BRAY · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE BRAY

dernière lettre m'en a fait douter ; qu'en est-il ? Je souhaite m'être trompé, car il y a honneur et bonheur, pour votre patrie, à posséder plus d'un homme dont le style puisse être pris pour le vôtre.

Ne cessez jamais de croire à la profonde estime et au respectueux attachement avec lesquels je suis pour la vie, Monsieur le Vicomte, etc.

XGI

A M. le Comte de '^ray^ à Dorpat.

Saint-Pétersbourg, 7 (19) décembre 1814.

Vous avez beau jeu, mon très cher Comte, en me présentant l'apologie d'un homme qui n'en a nul besoin auprès de moi. Jamais je n'ai eu le moindre ressentiment contre M. Sontag, et mon indifférence sur la critique contenue dans la feuille de Riga était telle, qu'en écrivant au marquis Paulucci pour avoir la précédente, il ne me vint pas seulement en tête de demander le nom de l'auteur. Je ne l'appris que par la réponse du Marquis ; et comme je crus voir dans sa lettre un mécontentement assez fort, je répliquai à sa lettre pour le prier de saisir la première occasion d'obliger M. Sontag et de lui dire que je le lui avais recommandé. J'ai écrit à M. Sontag dans le même sens ; tout est dit, je pense. Mais lorsque vous lirez

l'opuscule en question, mon cher et aimable collègue, j'ose croire que vous serez persuadé de deux choses : d'abord que ce n'est point une de ces œuvres légères qu'on puisse juger ni même examiner sur le revers d'une feuille volante ; et, de plus, que M. Sontag a chanté fauXj au pied de la lettre, en répondant sur ce ton, à quelques pages écrites avec une politesse recherchée, et même apec amour (c'est une de mes expressions). Je suis bien loin cependant de lui en vouloir pour ce défaut de tact : dans tout le reste, il en aurait autant et peut-être plus que moi; mais sur ce point seul, il faut qu'il paie l'inévitable tribut. L'erreur n'est jamais calme : à la vérité seule est donnée là chaleur sans aigreur, grand phénomène pas assez remarqué. Voilà pourquoi j'ai écrit à M. Sontag que, pour de fort bonnes raisons à moi connues^ je voudrais qu'il eût pris un ton encorde plus différent du mien.

Au reste. Monsieur le Comte, dans l'état de choses, et au milieu des flots de lumière répandus sur l'Europe, il n'y a plus que deux systèmes religieux possibles : le catholicisme et le déisme ; entre ces deux extrêmes, il n'y a plus de place tenable. Un protestant, s'il existait, serait un être risible. Mais il n'y a plus de protestant dans le sens primitif du mot, et sous ce point de vue, M. Sontag ne l'est pas plus que moi. Lorsqu'une chose mobile et changeante de sa nature a reçu un nom, ce nom subsiste pendant que la chose change, et longtemps après on conclut, sans réflexion, du nom à la chose. Un pro-

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