L'enfant de son frère
supportable, bien qu'il laisse encore à désirer. Dans chacune de tes lettres, j'espère voir monter l'amélioration d'un cran, afin d'arriver à ce que le « passable » se transforme en « bien »
Quant à moi, je suis bien disposé, quelquefois même tout à fait content. Je travaille avec zèle : le Droit en arrive à me plaire, grâce à Thibaut et à Mittermayer. et je com mence à comprendre la grandeur de la jurisprudence ! Ah ! Dieu ! ce professeur de Leipzig qui, comme un automate, grimpait à l'échelle de Jacob, pour atteindre sa chaire et lire, sans esprit ni éloquence, les chapitres de son cours!... Et ce Thibaut qui, tout en étant deux fois plus âgé, est débordant de vie et d'intelligence et peut à peine trouver assez de temps et de mots pour exprimer ses idées !
La vie ici est agréable et facile, bien que moins grandiose et moins luxueuse que celle de Leipzig. Pour un jeune homme, cela a de bons et de mauvais côtés : quelquefois, la grande ville me manque. On se fait une idée tout à fait fausse de l'étudiant de Heidelberg : il est calme, distingué, froidement cérémonieux, et (comme s'il n'était pas encore sûr de sa parfaite correction) il affecte volontiers une politesse exagérée. L'étudiant est l'être le plus considéré, aussi bien à Heidelberg qu'aux environs ; tout le monde a besoin de lui ; les bourgeois et les philistins sont vis-à-vis de lui d'une politesse excessive. Je considère qu'il est fâcheux pour un jeune homme d'arriver dans une ville où l'étudiant règne en souverain. Sous ce rapport. Leipzig est préférable à Heidelberg — les grandes villes aux petites — en tous cas, j'enverrai mon
futur fils passer un an à Heidelberg et trois ans à Leipzig.
Par contre, Heidelberg a l'avantage de charmer l'étudiant par la beauté et le lyrisme de la nature, de l'enivrer de ses jouissances spirituelles qui le détournent des plaisirs et des libations d'un ordre inférieur. Grâce à cela, l'étudiant d'ici est beaucoup plus sérieux que celui de Leipzig.
La nourriture est plutôt moins chère qu'à Leipzig; pourtant on dépense davantage, car il faut manger à table d'hôte, c'est-à-dire voir défiler, chaque jour, huit ou neuf plats, et il faut boire du vin. Il m'est pénible de rester à chaque repas une heure à table — c'est ce qui s'appelle tuer le temps. — Parlez-moi d'une bonne soupe grasse et d'une tranche de rôti, cela s'expédie en six minutes, tandis qu'ici, on est déjà rassasié quand arrive le rôti. Chaque dîner de midi me coûte trentesix kreutzer ou huit groschen ; à Leipzig je ne payais que cinq groschen, ce qui fait une fameuse différence dans ma bourse ! Tout le reste est assez bon marché; mon loyer coûte cinquante quatre thalers au lieu de soixante- quatre à Leipzig ; la location de mon piano à queue, trente six thalers, au lieu de quarante huit, etc..
Maintenant je crois t'avoir conté tous les menus détails et avoir fait briller ma science économique.
Et pourtant, mon cher Heidelberg, tu es si beau et si naïvement idyllique que, si je pouvais comparer le Rhin et ses montagnes aune «beauté virile», je dirais de la vallée du Neckar qu'elle est la « beauté féminine. » Là-bas, tout rappelle les solides et fortes chaînes de jadis ; on croit entendre les vieux accords allemands ;
DE ROBEPT SCHÜMANN 57
ici, tout est dans une tonalité douce, chantante, provençale. Je t'envoie quelques petites vues, ton âme pourra me reconnaître et, parmi les plus belles, tu devineras celle où, loin de toi, ton Robert s'assied de préférence pour écouter, réfléchir et surtout pour penser à Zwickau et à vous tous.
Ici la musique n'est pas bien représentée; il ne faut pas songer à trouver un pianiste passable. Comme tel, je suis déjà très connu, mais je n'ai encore pénétré dans aucune famille — cela vaut mieux pour l'hiver, car les jeunes filles entendent qu'on leur fasse la cour. C'est une chose très fréquente de voir surgir des douzaines d'étudiants qui se posent en fiancés avec l'assentiment des parents. Les sentimentales jeunes filles, cela va de soi, veulent aimer et épouser et, comme elles ne voient que des étudiants, les fiançailles sont à l'ordre du jour. Pour moi, tu n'as rien à redouter, tu peux en être assurée, car je t'écris en toute vérité et franchise.
J'ai beaucoup négligé mon piano, j'espère me rattraper cet hiver ; car si, l'été, on aime à rêver, l'hiver, on préfère étudier. En dehors de Rosen et de Semmel, avec lesquels je passe de bonnes et de belles heures, je vois aussi quelques Prussiens de l'Est, quelques Anglais et un Grec, le comte M... ; puis j'ai environ une centaine de relations que je salue et avec lesquelles j'échange quelques banalités
En vue de mon voyage projeté, je travaille l'italien et le français. Je commence à bien écrire et parler ces deux langues, ce qui me servira dans le cours de ma future carrière. Je te donnerai mon itinéraire pendant ma route ou d'après ma route. En tous cas, ma pro-
chaîne lettre sera datée de Milan ou de Venise. Les cours se terminent à partir du 20 août, à cause du Congrès des Sciences naturelles qui se réunit ici : je partirai sans doute à cette époque avec Rosen. Semmel n'attend que de l'argent pour venir avec nous. Tu peux donc encore facilement me répondre ici ; fais-moi ce plaisir, mère chérie, et ne me laisse plus si longtemps languir et m'inquiéter. ■»
Quant à mon écriture, hélas, je ne peux pas l'améliorer, et, dans toute mon existence à venir, je ne saurai écrire autrement que je ne fais dans cette lettre. Dans ma précédente lettre, j'avais fait un effort considérable pour paraître à mon avantage, au point de vue calligraphique. Faudra-il que, comme futur diplomate, ambassadeur de la Cour royale de Saxe aux Etats-Unis du Nord — ou mieux encore ! je dicte mes lettres à un écrivain public et que je me borne à les signer?
Ecris-moi beaucoup de nouvelles intéressantes, mais plus réjouissantes que celles contenues dans ta dernière lettre qui m'avait mis du noir dans l'âme. N'oublie pas, à chaque lettre que tu reçois de moi, de faire mes amitiés à Jules et à Emilie.
Porte-toi bien, chère mère ; que les ombres de la vie ne t'empêchent pas de voir les rayons de soleil, et ne fais pas les astronomes qui veulent assombrir le beau soleil d'or en y découvrant des taches noires. Ma prochaine lettre, datée de Milan, sera écrite en italien. Bodemerou Emma Liebenau te la traduiront. Bonne santé, bonne santé ! Je sais quels vœux maternels tu formes pour mon voyage. Ton fils.
Robert Schumann.
A la même
Heidelberg, 3 août 1829.
Chère mère, chérie de tout mon cœur ! A l'instant, encore couché, je reçois ta lettre ; elle m'a fait sortir de mon lit, en interrompant des rêves célestes. Je l'ai lue — et relue, croyant à peine quelle fût de toi, jusqu'à ce que sa tendresse me fit reconnaître qu'elle ne pouvait être écrite que par une mère. Voici exactement ce dont il s'agit : les vacances ne sont pas spécialement faites pour moi ; ce sont les vacances habituelles de la Saint-Michel que le Sénat académique d'ici s'applique à prolonger, pour que les étudiants de la Suisse et de la Haute-Italie puissent en profiter. A Leipzig, elles durent six semaines; ici, huit semaines, pendant lesquelles tous les cours chôment. Tu dois avoir reçu la lettre où je t'ai tout raconté en détail. Je parle assez bien le français et l'italien que je travaille avec Semmel, et je me perfectionnerai dans ces deux langues par ce voyage qui m'en apprendra beaucoup plus qu'une année d'étude, pendant laquelle je ne me serais pas familiarisé avec le langage de la vie pratique. De plus, pendant les vacances de l'Université, il ne reste pas à Heidelberg un seul étudiant. La Suisse n'est qu'à douze heures d'ici. et l'Italie n'est guère plus éloignée. Combien d'étudiants de Leipzig ne font-ils pas ce voyage sans manquer une heure de leurs cours? Et moi, qui suis plus rapproché de soixante lieues, je ne le ferais pas !... Ecoute seulement ces mots harmonieux : Domo d'Os-
ÔO LETTRES CHOISIES
sola, Arona, lac Majeur, Milan, Brescia, Vérone, Padoue, Venise... je suis certain que déjà tu me tends la main de bonne amitié, et tu me dis : « Bon Robert, un jeune homme comme toi doit voyager et arrondir le bout de ses ailes corporelles, afin que puissent mieux planer ses ailes spirituelles : même si cela coûte de l'argent, tu verras un monde nouveau, peuplé d'autres hommes. Tu apprendras l'italien et le français, tout cela mérite d'être payé, etc., etc. » Donc : i° comme j'ai déjà tout préparé pour faire ce voyage avec utilité, 20 comme ce voyage à toujours été le plus beau de tous mes rêves — Dieu fera (à moins que ce ne soit mon tuteur et Edouard) qu'il ne reste pas à l'état de rêve. 3° Comme tout étudiant à Heidelberg fait un voyage pendant les vacances de la St Michel ; 40 Comme j'ai déjà deux compagnons de route, Rosen et Ascher (de la Poméranie) ; — 5° Comme on peut très bien, avec deux cents ou trois cents thalers, visiter ces magnifiques montagnes et vallées ; 6° Comme il est très facile à Edouard de prendre la plume pour signer un mandat; 70 Comme il faut bien que je fasse ce voyage, un jour ou l'autre, que je serai donc forcé, tôt ou tard, d'écrire au sujet de l'argent ; 8° Comme je ne manquerai pas un seul cours (c'est ici un vrai plaisir d'étudier le droit, particulièrement chez Thibaut et chez Mittermayer) ; 90 Comme chaque homme doit savoir bien parler français et italien, et doit, pour cela, se promener de par le monde; io° Comme ce voyage n'est vraiment pas une grosse dépense; ii° Comme j'ai déjà écrit, à toi et à Edouard, pour obtenir autorisation et argent ; 120 que ce sont là d'excellentes raisons — sans en compter
DE ROBERT SCHUMANN 6l
beaucoup d'autres, si nombreuses que je ne saurais les énumérer... tu ne peux me faire aucune sérieuse objection.
J'aurais l'air de te menacer, si je te disais que je pourrais emprunter l'argent du voyage dans dix endroits différents, notamment chez dix prêteurs, car les étudiants jouissent ici d'un crédit sans limite ; mais que Dieu et Edouard ne laissent pas aller les choses jusque-là ! .
Si chacune de tes lettres à venir renferme autant de décès, Zwickau ne tardera pas à être dépeuplé ! Je préférerais des annonces de mariage. Toutefois, ta dernière lettre m'a remonté le moral, que la précédente avait abattu. Puisses-tu m'écrire toujours dans cette même disposition d'esprit.
Aujourd'hui a lieu le grand bal des Prussiens qui fêtent l'anniversaire de leur roi. — Je suis antipatriote en y allant — les dames de Zwickau dansent divinement en comparaison de celles de Heidelberg, et je produis un grand effet dans le galop ! Ici, on le marche plutôt qu'on le danse, tandis qu'à Zwickau, les danseuses semblent avoir des ailes et planer comme des muses, ou des déesses, ou des houris du paradis de Mahomet
Semmel et Rosen saluent tout le monde affectueusement : je découvre journellement en eux de belles et attachantes qualités et de nouvelles preuves de leur aimable caractère. Rosen est un loyal trait d'union entre ma nature — toute de sentiments — et celle de Semmel — toute intellectuelle : nous formons une harmonieuse feuille de trèfle.
Si tu le peux, ma bonne mère, écris-moi encore une fois une lettre aussi pleine de cœur et d'élévation que la dernière. Quelques ducats, comme coup de l'étrier, ne seraient pas non plus mal accueillis par moi.
Fassent le ciel et Edouard que tu m'écrives ta prochaine lettre à Milan. De cette ville, tu recevras des volumes dont la lecture pourra abréger tes monotones soirées d'hiver.
Adieu, bonne mère, les gens sentimentaux aiment la forme rapsodique dans les lettres et dans la vie ; pardonne la seconde partie de cette rapsodie en faveur de la première qui fut courte et concluante. Laissemoi imiter l'hirondelle émigrante ; c'est près de toi que je reviendrai. « Italie ! Italie ! » ces mots me montent au cœur depuis mon enfance, et je t'entends me dire : «Tu la verras, Robert ! » Adieu mère, e lascia mandarmi di denaro ! Amami e credimi, carissima, e non esser adirata, se tu riceverai la mia prossima lettera da Milano. Addio !
Robert Schumann.
Semmel n'a pas loué son logis ; il demeure chez H. Panzer, au Neckar. Moi, au contraire, j'habite chez Panzer, à la Montagne.
A la même
Berne, 3i août 1829.
... Ma lettre, datée de Baie, doit être parvenue à Zwickau ; mon cœur nageait déjà dans la joie, et main-
tenant, je suis aux anges. L'œil du poète est le plus beau, le plus riche; je ne vois pas les objets tels qu'ils sont, mais bien tels que je les conçois à l'état subjectif, et la vie en devient plus facile et plus libre. Par exemple, il a fait, depuis quatre jours, un temps épouvantable, et le ciel, sombre et voilé, a caché les montagnes et les glaciers — la marche extérieure étant limitée, l'imagination doit d'autant plus se développer à l'intérieur, je me représente donc les Alpes, invisibles, encore plus belles et plus élevées qu'elles ne le sont sans doute
Après les réflexions savantes qui précèdent, je reprends le récit de mon voyage depuis Bâle par quelques traits inspirés soit par Hogarth, soit par le Titien. Le temps fut beau dès le matin. Je pus à peine communiquer avec mes stupides compagnons de voyage Anglais, parce que j'occupais une petite place fort incommode sur l'impériale. Je réussis pourtant à échanger quelques regards et quelques mots avec une jeune veuve éplorée du Havre de Grâce, qui était dans l'intérieur de la voiture. Tu vois que je suis ingénu comme un enfant !. . . D'un côté, le Rhin ; de l'autre, de vertes prairies et d'aimables montagnes, débuts naissants des Alpes.
A Baden (ne pas confondre avec Baden-Baden), je retrouvai la vie des eaux : des Allemands, de la musique et naturellement de la danse. La veuve éplorée prit son vol, comme si son mari était encore en vie.
... De Zurich je montai à pied, par l'Albis, jusqu'à Zug. Si tu as une carte sous la main, tu pourras m'accompagner dans toutes mes pérégrinations. Cette
course pédestre, l'alpenstock à la main et le sac sur le dos, fut admirable. Je m'arrêtais à chaque instant pour graver dans ma mémoire tous ces Edens suisses.
L'homme n'est pas aussi malheureux qu'il le croit ; son cœur trouve dans la nature les plus précieux échos.
(Suit une description succincte d'une ascension au Righi, des petits lacs, de Berne — « la plus belle ville de Suisse », de Lucerne, d'Interlaken, etc. Cest en traversant la Gemnii que Schumann compte rejoindre le lac Majeur. — // termine ainsi sa lettre :)
Je vous embrasse tous mille fois, et je vous affirme que, malgré toutes les Alpes, Zwickau reste mon Zwickau chéri. Pourquoi l'amour de l'homme se développe-t-il dans l'éloignement?... Adieu, ma bonne mère, pardonne-moi mon gribouillage, et si je suis enseveli par une avalanche, entraîné dans une crevasse ou frappé par un éclair, ne me pleure pas, car je serai mort en pleine force, plus beau et plus dispos qu'après une maladie !
Je vous embrasse et suis pour toujours
Ton fils,
Robert.
A sa belle-sœur Thérèse Schumann
Brescia, 16 septembre 1829.
Je suis arrivé, hier, par un temps magnifique, de Milan où j'ai passé six jours, après avoir dû n'y rester
que deux jours. Cette prolongation a eu plusieurs causes. La première est que la ville m'a plu ; la seconde fut une jolie Anglaise qui me parut amoureuse... plutôt encore de mon talent de pianiste que de moi-même. Ces Anglaises aiment surtout avec la tête; c'est-à-dire qu'elles aiment Brutus, lord Byron, Mozart et Raphaël plutôt que la beauté extérieure des Apollons ou des Adonis. Les Italiennes, au contraire, n'aiment qu'avec le cœur ; les Allemandes réunissent les deux, elles aiment indifféremment, un cavalier, un danseur ou un homme riche qu'elles épousent rapidement
La troisième cause fut un certain comte S. d'Innsbruck, avec qui, bien qu'il ait i4ans de plus que moi, je me suis intectuellement lié, tant nous étions contents de bavarder et de radoter ensemble ; notre sympathie fut réciproque
Hier, mon arrivée ici aurait pu mal tourner ; il est de mode, à Brescia, que les dames aillent au café. J'étais assis tranquillement à ma table, dégustant une tasse de chocolat, quand s'approchèrent de moi, avec majesté, une signora et un élégant signor qui papillonnait autour d'elle. Toutes les tables étant occupées, ils s'arrêtèrent tous deux à mes côtés, et je ne fus pas assez intimidé pour penser que je devais leur céder la place, d'autant que ma tasse était encore pleine; je restai donc tranquillement assis. Je remarquai que la signora me regardait plusieurs fois comme pour me demander si je n'allais pas bientôt m'en aller : ils paraissaient avoir envie de se livrer à un tête-à-tête.
Dans le cours de leur conversation, j'entendis à moitié ces paroles dites par le « signore » : Questo signore è certamente dalla campagna. Je fis celui qui ne comprenait pas l'italien ; mais cela devint encore plus fort. Lorsque je me levai pour partir, le« signore» tout en parlant à sa belle, me dit d'un air railleur : Addio Signore. Je ne voulus pas lui répondre en présence de la dame, et je priai le camerier d'aller dire à ce Monsieur que « celui dalla campagna » avaitbesoin de lui parler. Il me fit répondre que, si j'avais quelque chose à lui dire, je pouvais venir le trouver. L'anecdote de Frédéric le Grand me revint à l'esprit pendant que j'y allais, et je lui dis en souriant paisiblement : Ah9 mio signore, tu parlare Spagniolo perchi io non so ben l'Italiano. Il répondit un « Non » hésitant. « Veritamente »continuai-je « mené dispiace. percioche altr amante potrebbe legger il don Quixote nelï originale, ma io sono Cavalier e mi placer ebbe a riverderci ».
Avec un « Bene Signor » embarrassé, il regarda la dame et me laissa partir ; depuis lors il ne m'a plus donné signe de vie. Il n'avait sans doute pas compris mon esprit — ou plutôt celui de Frédéric le Grand — les Italiens sont d'une ignorance qui dépasse toute croyance !
Addio, ma très chère sœur ; dans le chagrin comme dans la joie, je reste à toi et à vous tous, votre
Robert Schumann.
DE ROBERT SCHÜMANN 6j
A sa belle-sœur Rosalie Schumann, à Schnee ber g
Milan, 5 octobre 1829.
Apprends ce qu'il advient de la destinée des hommes, ma chère Rosalie ! Il y a déjà huit jours que je voulais et devais être à Innsbruck, et me voici, pour la seconde fois, transplanté à Milan ! Il m'est impossible aujourd'hui d'écrire longuement, par l'unique raison que je veux nous éviter, à tous les deux, cet ennui. Donc, courte et précise, sera l'histoire de mes malheurs, rédigée en sept chapitres, partant de mon séjour à Venise jusqu'à ce jour. Ma lettre écrite de Venise à Emilie, est, je l'espère, entre vos mains. Donc :
Premier chapitre de l'Histoire de mes malheurs :
Par une belle soirée, la mer m'appela. Je frétai une gondole, et je m'en allai au loin. Dieu sait que j'avais déjà souvent navigué ; cependant, au retour, je ressentis ma première atteinte de mal de mer !...