I. Il est question ici de Johannes Brahms
jouissances artistiques. Pour faciliter son premier pas dans le monde, j'ai hautement proclamé ce que je pense de lui. Je vous envoie ces quelques feuillets dans l'espoir qu'ils causeront quelque joie à votre cœur paternel
A Joachim.
Dusseldorf, 21 novembre i853.
Cher Compagnon de guerre,
... Entre ma femme et moi, il vient de se passer une tragi-comédie : nous avons un ami auquel nous portons un grand intérêt. Il avait dit à ma femme, avec un grand sérieux, qu'il prendrait, sous peu de jours, une décision qui changerait la direction de sa vie. Ma femme vint me trouver un peu troublée. Elle supposaitqu'il étaitquestion de fiançailles malheureuses, sur quoi j'unis mes malédictions aux siennes. Enfin, d'autres messages nous vinrent — sachez-le — avec l'assurance que c'était tout le contraire, et alors les écailles nous tombèrent des yeux, et nous vîmes clairement ce que nous aurions dû avoir aperçu depuis longtemps — et nos vœux de bonheur en doublèrent. Cher Joachim, je vais composer une symphonie matrimoniale avec solo de violon, et avec un Conte
2l8 LETTRES CHOISIES
en guise d'entr'acte : j'inscrirai en tête que cette symphonie vous appartient. Py introduirai force choses : vos innombrables projets de quitter Bonn et de venir à Dusseldorf donneront lieu à de superbes « crescendos; » puis viendra votre disparition complète de cette ville, où nous vous cherchâmes comme Franklin ; bref, ce sera ma cinquième symphonie, mais pas en mi mineur! — en mi majeur et l'Adagio sera très court.
Maintenant, donnez-moi votre main; promettezmoi de nous inviter à la noce, et je commence la musique. Ah! coquin! — Nous prendre ainsi par
surprise M
Je pourrais continuer cette lettre encore pendant longtemps; mais, pour le moment, je suis monté à un tel diapason que je n'en peux plus descendre. Donc, adieu, cher fiancé !
R. ScH.
A Verhulst, à Rotterdam.
Cher Verhulst,
Hier déjà, j'allais t'écrire un mot, mais ma femme se sentant très souffrante, notre voyage devenait fort
I. On sut bientôt que le projet de mariage de Joacliim n'était pas réel.
douteux : ce sont les suites de sa mésaventure de Scheweningen. Malgré tout, elle a joué hier soir au concert — et si bien! Il y eut, dans le public, un immense enthousiasme, dans lequel j'ai eu aussi ma part. Cela nous a rendu courage, bien que je sois encore inquiet au sujet de Clara. Nous partons donc aujourd'hui, à une heure, pour nous rendre d'abord à La Haye, où nous espérons voir bientôt notre vieil ami hollandais — c'est-à-dire toi, mon cher Verhulst — et nous nous réjouissons aussi à la pensée de voir ta femme et tes enfants.
N'y aura-t-il pas moyen d'entendre un chœur ou un morceau d'orchestre de ta composition? Tâche que cela puisse se faire!
Compliments affectueux pour toi et ta femme, avec l'espérance d'un prompt revoir.
Ton
R. ScH.
Utrecht, dimanche 27 novembre i853.
A Joachiîn.
Utrecht, i3 décembre i853.
Cher Joseph,
J'aurais beaucoup de choses à te conter, mais j'ai trop peu de temps. En bloc : nous avons, jusqu'ici.
réussi dans notre voyage; on nous a accueillis avec beaucoup de joie et de grands honneurs. Ma chère femme a été plusieurs fois souffrante, mais pas au piano ! — Jamais je ne l'ai entendue aussi bien jouer. Le public hollandais est des plus enthousiastes ; à côté des anciens maîtres, il étudie aussi les modernes. C'est ainsi que dans les principales villes, j'ai entendu exécuter mes oeuvres d'une excellente façon : la troisième symphonie, à Rotterdam et à Utrecht; la seconde à la Haye et à Amsterdam ; et « La Rose, » à la Haye
A Verhulst.
Amsterdam, le 12 décembre i853.
Cher Verhulst,
Nous avons la nostalgie de notre « home. » Si tu pouvais arranger la soirée musicale de Rotterdam pour samedi, nous-viendrions très volontiers, surtout pour passer quelques heures avec toi et ta femme et pour contempler ton admirable énergie. Si cela ne se pouvait pas et que la soirée n'eut lieu que le mardi, il nous faudrait passer trois journées oisives à l'hôtel
OÙ la vie coûte fort cher. Ecris-moi donc au plus vitepour que demain vendredi, à notre retour de La Haye,, nous trouvions une réponse définitive.
Nous partons dans quelques heures pour La Haye^ où une dépêche a appelé Clara pour une soirée chez la Princesse Frédéric. Demain, elle joue encore chez Félix iMéritis. La soirée d'ici a été très fructueuse.
Le 23 décembre^, arrivé à Dusseldorf, Schumann écrit encore à \'erhulst.
« A notre grande joie, nous avons trouvé tous nos enfants gais et bien portants.... J'ai été heureux de la forte vérité que tu m'as dite dans ton dernier adieu. Les fadaises du monde ne sont certainement pas mon genre; ce qui me plaît, c'est la simplicité. Mais tu as raison, un temps aussi court est insuffisant pour faire face à tout et àtous.... Adieu, mon cher ami, tu es un brave homme. »
La dernière lettre que nous allons citer avant d^ arriver à quelques extraits, pris dans celles qui sont datées d'Eîidenich, est adressée à J. Stem, le 1 2 février 1804 — l' année fatale — Schumann, dans les vains projets qu'il forma jusquà son dernier jour , désirait alors remplacer, comme maître de chapelle à Berlin, J. Stem à qui il offrait, en échange, son poste de Dusseldoif. Il apprit quun journal avait publié une note concernant ce projet : très irrité, il adressa à Stem une lettre si violente que, la jugeant maladive,.
22 2 LETTRES CHOISIKS
celui-ci la lui renvoya. C'est alors que Schumann lui envoya la lettre ci-jointe; elle montre clairement la folie qui l'envahi t.
Cher monsieur Stern,
Vous m'avez amené, par votre lettre bien intentionnée, sur un terrain où, par délicatesse, je n'aurais pas dû me laisser conduire, afin de conserver le calme de mon jugement. Connaissant ma musique, vous ne vous doutez pas que je puisse éprouver des sentiments de haine — mais, pour de la susceptibilité, on peut voir facilement que j'en ai. — Oui, j'en ai.
Je vous ai écrit deux lettres, l'une de Hollande et l'autre d'ici. Dans la dernière, je vous proposais ouvertement d'échanger nos deux situations. Je fus froissé de rester cinq semaines sans recevoir aucune réponse; j'appris alors de Berlin qu'une rumeur circulait à ce sujet. Je ne m'en inquiétai pas : ce n'était encore qu'un de ces lointains projets dont on ne doit pas parler longtemps d'avance, quand il n'est pas encore mûr.... Je vis ensuite les choses sous un aspect plus sombre.
Laissons pousser là-dessus de l'herbe ou bien encore des fleurs. Je vis souvent dans les sphères à peine supportables où, pourtant, je me plais beaucoup; souvent aussi, je peux de.'enir méchant en fré-
quentant les rouages humains, surtout quand un Stern ne me répond pas.
Faites donc que votre lettre ne soit pas la dernière : j'ai joué la prime et la tierce; à vous d'ajouter la quinte.
Je vous entretiendrai du gâchis sans aucune harmonie qui règne ici — aussi approximatif que le premier accord du final delà neuvième symphonie.
Portez-vous bien et buvons ensemble l'eau du Léthé.
Votre dévoué
Robert Schumann.
Dans le journal personnel de Becker, on trouve le compte rendu des dernières entrevues qu'il eut avec son malheureux ami qui, le 24 février 1864, lui conta les étranges apparitions quil supportait depuis quelques semaines. « Ses oreilles entendaient comme le souffle lointain d'une musique, soutenue par les plus nobles harmonies. Nous étions assis ensemble au restaurant, lorsque commença son concert interne; il fut forcé d'abandonner la lecture des journaux. Il pensait que, chez lui, c'était le souvenir d'une vie antérieure après laquelle il avait changé d'enveloppe corporelle. Depuis huit semaines, il ne composait plus. »
Becke?' est forcé, le 21 février, de constater, avec douleur, la maladie mentale de son ami dont il partagea la garde avec Clara. Ils l'accoînpagîiaient à tour de rôle dans ses promenades. Becker ne pouvait pas ci'oire, dans les moments de lucidité, à la gravité de la situation signalée par Dietrich et par la pauvre Mme Schuînann, qui ne quittait ni jour ni nuit son malade adoré.
Obligé de s'absenter pendant quelques jours, Becker apprit, à son retour, la tentative de suicide du ?nalheureux Robert.
Il fallut se résigner à le conduire dans la Maison de santé d'Endenich, oîi il resta plus de sept mois dans un état complet de prostration, sans demander à voir persoîine, pas même sa femme.
Et pourtant, Clara n'abandonnait pas encore toute espérance; elle écrivait à Verhulst : « Il ne m'a pas encore réclamée, ni aucun autre non plus, et jusqu'à ce que, de lui-môme, il me demande, personne ne sjra admis auprès de lui. La guérison sera lente, il faut qu'elle vienne de lui. Ce système est évidemment le bon, mais il est terrible pour moi. Je me dis souvent que je ne puis supporter cette séparation.... Ah ! moucher ami, je suis certaine que vous partagerez mes sentiments, vous qui savez combien il est tout pour moi, comme je ne puis penser à lui qu'avec la plus profonde vénération. »
Un changement soudain survint che^ Schumann, le 12 septembre, jour anniversaire de son mariage. Pour la première fois, il manifesta le désir de recevoir une lettre de sa femme, qui en fut avertie à Dusseldorf.Le i3 septembre, jour de sa naissance, Clara reçut rheui'eux message : ce réveil des souvenirs aimés lui fit entrevoir une possibilité de guérison; elle écrivit, le jour même, à son mari dont voici la réponse :
Endenich, 14 septembre 1854.
Comme je suis heureux, Clara bien -aimée, de reconnaître ton écriture : sois remerciée de m'avoir écrit précisément à cette date et de penser encore à moi, ainsi que les chers enfants, avec la tendresse d'autrefois. Embrasse les petits. Oh! si je pouvais vous voir, vous parler encore une fois! — Mais la route est trop longue. Alors, que j'apprenne de toi comment ta vie est organisée, où vous demeurez, et si tu joues toujours d'j piano aussi admirablement; si Marie et EHse font toujours des progrès, et aussi si elles chantent — et si tu as encore le piano à queue de Klemm; — ce que ma collection de partitions (les imprimées) et les manuscrits (comme le Requiem, la Malédiction du chanteur) sont devenus, ainsi que notre album, les autographes de Gœthe, Jean-Paul, Mozart, Beethoven,
Wcberet beaucoup de lettres reçues par toi et par moi ; mon nouveau Journal de musique, et mes correspondances? As-tu encore, près de toi, toutes les lettres que je t'ai expédiées, les pages d'amour que je t'ai écrites de Vienne à Paris? Peux-tu, par hasard, m'envoyer quelque chose d'intéressant, peut-être les Poésies de Scherenberg, quelques vieux volumes de mon Journal, et les règles musicales de la maison et de la vie? Il me manque aussi du papier réglé sur lequel je pourrais parfois écrire de la musique. Ma vie est très simple, je suis toujours heureux de voir la perspective de la belle rue de Bonn, et, quand je suis là, je pense aux Siebengebirgeet au Godesberg, où — tu dois t'en souvenir aussi — travaillant sous un soleil brûlant, j'ai subi les premières atteintes du mal. Je voudrais savoir aussi, chère Clara, si tu t'occupes avec soin de mes vêtements et si tu m'envoies souvent des cigares. Je tiens beaucoup à le savoir. Donne-moi aussi des détails sur les enfants, jouent-ils encore du Beethoven, du Mozart et aussi mon Album pour la jeunesse! Julie continue-t-elleà jouer et comment s'annoncent Louis, Ferdinand et la charmante Eugénie? Oh! comme je voudrais, une fois encore, entendre ton jeu merveilleux! Est-ce un rêve que, Thiver dernier, nous étions en Hollande et que tu y remportas de si brillants succès, notamment à Rotterdam, où on nous fit une conduite aux flambeaux et où tu jouas si admirablement
mon Concerto, les Sonates en ut majeur et en fa mineur de Beethoven, des Etudes de Chopin, les Romances sans paroles de Mendelssohn et aussi mon nouveau morceau de Concert en ré ? Te rappelles-tu encore un thème que j'entendis une fois pendant la nuit et sur lequel j'écrivis des Variations : pourrais-tu me le faire parvenir et y joindre peut-être quelquesunes de tes compositions?
J'ai tant de questions, tant de prières — ah! si je pouvais seulement causer une fois avec toi ! Si tu veux jeter un voile sur telle ou telle des questions que je t'ai adressées, fais-le.
Porte-toi bien, Clara aimée, ainsi que les chers enfants, et écris-moi bientôt.
Ton vieux et fidèle
Robert.
A sa femtne.
Endenich, 18 septembre 1854.
Clara chérie, que d'heureux messages tu m'as envoyés! Le Ciel t'a fait présent d'un superbe garçon en juin; les chères Marie et Elise t'ont joué pour ton jour de naissance — à ta grande surprise et à la mienne — les Tableaux d'Orient ; Brahms que tu désirais voir
228 LEtTRKS CHOISIES
et accueillir amicalement, est arrivé pour s'établira Dusseldorf. — Que d'heureuses nouvelles! Si tu veux savoir le nom que je préfère pour notre enfant, tu peux facilement le deviner : c'est celui de l'inoubliableM
(A 8 h. du soir). Je reviens de Bonn, visitant toujours la statue de Beethoven qui me ravit. Pendant que je contemplais, l'orgue résonna dans la cathédrale.
Je voudrais t*adresser une demande : écris donc au D' Peter de me donner un peu plus d'argent, car je rencontre souvent de pauvres gens qui me font grand pitié.
Donne-moi des nouvelles détaillées de nos parents et de nos amis que tu connais tous
Je te rappellerais volontiers tous nos voyages, en Suisse, à Heidelberg, à La Haye, où tu jouas si puissamment..., à Anvers, à Bruxelles, à la fête musicale de Dusseldorf, où tu jouas pour la première fois ma quatrième Symphonie et deux jours après mon Concerto en la
Te souviens-tu encore du jour où les Alpes se mon-
1. Ce dernier enfant de Schuniann l'ut effectivement appelé Félix, en souvenir de Mendelsshon. 11 mourut, jeune étudiant, sans avoir connu son père. Il était né poète : Brahms lit connaître SCS Liedcr en les mettant en musique.
trèrent à nous dans toute leur splendeur et où notre cocher t'effraya, en nous faisant tomber dans un abîme dangereux ? As-tu encore le petit portrait double que Rietschel fit à Dresde? Que je serais heureux de
l'avoir ici!
Je vais répondre à Marie et à Elise qui m'ont si tendrement écrit. Donc adieu, bien-aimée Clara, ne m'oublie pas, écris bientôt.
Ton
Robert.
Le 26 septembre.
Quelle joie, ma Clara chérie, m'ont apportée ta lettre et le double portrait. Mon imagination s'était un peu troublée pendant mes nuits d'insomnie, mais maintenant je te vois avec ta démarche noble et se rieuse. Tout ce que tu m'écris sur les nôtres et sur les aptitudes musicales de Julien m'a rendu très heureux. Et aussi ce que tu me dis sur les compositions de Brahms et de Joachim. Je suis surpris que Brahms s'adonne à l'étude du contrepoint, cela ne semble pas cadrer avec la nature de son talent.... Merci pour la communication sur les dates de naissance de nos chers enfants ;quelle marraine choisis-tu, chère Clara, et dans
quelle église aura lieu le baptême? Parle-moi davantage des enfants et de toi, chère Clara, si profondément aimée.
Ton
Robert.
A sa Jemme.
Le 12 octobre 1854.
J'ai reçu ta nouvelle et tendre lettre, avec ton daguerréotype et celui de Mariette dont je conserve le souvenir. Je t'envoie aussi un remercîment pour les cigares, comme pour le quatrième volume du Wunderhorn. Je suis de plus en plus émerveillé des Variations de Brahms; veux-tu lui remettre la lettre ci-incluse?... Je suis heureux que tu reçoives des nouvelles de tous nos amis.... Et je veux te dire aussi que je suis de plus en plus charmé de tes Variations (op. 20), elles me rappellent ton jeu et le mien.
Je pense aux poésies que tu m'as inspirées, chère Clara, et un jour du mois d'août où.... Le jour suivant, je t'envoyai, par Becker, ma bague de fiançailles. Te rappelles-tu qu'à Dlankcnburg, je te fis tenir, pour ton jour de naissance, ma bague de diamants dans une branche de fleurs! Et que tu perdis, à Dusseldorf, un
DE ROBERT SCHUMANN 23l
des diamants que quelqu'un retrouva? Ce sont là des souvenirs bénis !
27 novembre 1854. J'écris moi-même à Brahms. Son portrait, dessiné par Laurens, est-il encore accroché dans ma chambre de travail? Quel bon et gentil garçon! Je me rappelle toujours, avec ravissement, l'impression que je ressentis, lorsqu'il me joua, pour la première fois, sa Sonate en ut majeur — et, plus tard, celle en fa dièse mineur et le Scherzo en si bémol mineur! Oh! si je pouvais encore l'entendre! Etjses ballades aussi.
A Johanncs Brahms.
Endenich, 27 novembre 54.
Ami! Que ne puis-je vous revoir et vous entendre jouer vos superbes Variations, et aussi ma Clara, sur laquelle Joachim m'a écrit de merveilleuses choses. Comme l'ensemble devient facile à comprendre! Comme on vous retrouve, dans ce brillant éclat fantaisiste, uni à une habileté d'art que je ne vous connaissais pas, lorsque le thème qui n'a encore paru que parci par-là, très discrètement, devient si passionné et si intime! Ce thème, qui se précipite de nouveau avec
maestria dans la quatorzième Variation, est conduit avec un art parfait dans le Canon de la seconde, et dans la quinzième en sol dièse majeur, dont la seconde partie est vraiment géniale.
Et j'ai aussi à vous remercier, cher Johannes, pour les affectueuses bontés dont vous comblez ma Clara, qui m'en parle dans ses lettres. Hier, à ma grande joie, elle m'a envoyé — vous le savez peut-être — deux volumes de mes compositions et les Flegeljahre de Jean-Paul. J'espère maintenant recevoir de vos nouvelles d'une autre façon : votre écriture seule est pour moi une précieuse joie.... Ecrivez bientôt à votre dévoué et aimant
Robert Schumann.
Au même.
Le i5 décembre 1854.
Très cher ami! si je pouvais être avec vous pour Noël!... Vous entendre!... Clara m'aenvoyé(en même temps que ton portrait) la poésie deRùckert,/'or/^nza/; cela me fait à la fois plaisir et peine qu'elle l'ait sortie de l'album. Elle me parle de Ballades composées par toi, depuis que nous sommes séparés? pas le Scherzo? sûrement. Je serais si heureux de connaître de toi
quelque chose de nouveau.... Depuis Hanovre, nous ne nous sommes plus revus. Ah! que c'était donc un heureux temps!... Je me réjouis fort des promesses de talent que donnent mes trois filles; les entends-tu quelquefois? Adieu, mon fidèle ami, parle de moi, et continue à m'écrire.
Ton profondément dévoué
Robert Schumann.
On trouve encore deux lettres adressées à sa femme, deux à Joachim, et trois à Simrock, éditeur, à Bo7in, lettres toutes pleines de détails musicaux. La dernière est datée du i3 avril i855 — puis, plus rien — Robert Schumann vit encore, mais il est plongé dans le dernier, l'éternel silence.