‹ Lettres choisies de Robert Schumann, 1828-1854Chapitre 17 sur 18 · I. En français dans la lettre allemande · texte numérisé non relu

I. En français dans la lettre allemande

Schumann exauça ce souhait: il écrivit sur son manuscrit : Musique pour le Manfred de Lord Byron — A Franz Liszt, en souvenir — Robert Schumann.

A Ver huis t.

Scheweningen, 8 septembre 1862.

Cher Verhulst,

Adieu! J'ai été heureux de te retrouver en possession de ton ancienne verdeur. Ce n'est, hélas! pas le cas pour moi. Peut-être de bons génies me la rendront-ils aussi. Je me réjouis que tu aies rencontré une femme aussi charmante; en cela, nous avons eu tous les deux le même bonheur.

Je la salue et je t'embrasse tendrement. Ton vieux

Robert Sch.

Au jnême.

Scheweningen, 16 septembre i852.

Grand merci pour ta composition. Elle m'a rappelé ton prélude de Dusseldorf. C'est un morceau à grand

effet (le motif en sol majeur m'a ému). J'espère aussi voir bientôt tes «Scènes d'enfants. » Demain, nous partons à 3 heures du matin. A La Haye, où nous passerons pendant que tu dormiras encore, nous penserons à toi. Sois encore remercié, ainsi que ta femme, pour toute l'amitié que vous nous avez témoignée. Ton

.4 L. Spohr.

Dusseldorf, i3 décembre i852.

Très honoré Maître,

Vous m'avez donné l'espérance de voir représenter mon opéra sur votre théâtre, dès que l'agitation politique serait un peu calmée. Ce serait, pour moi, une chose importante que la récente transformation vous permît de réaliser ce projet. Par suite d'une interprétation tout au plus passable, cet opéra a été mal jugé à Leipzig. J'étais trop absorbé par d'incessantes productions pour m'en occuper moi-même. Mais aujourd'hui que me reviennent à la mémoire de si chers et si vivants souvenirs de mes travaux d'autrefois, je me souviens des paroles encourageantes que vous, illustre Maître, vous m'avez adressées à propos de Genoveva.

C'est là ce qui me donne le courage de nous rappeler [Genoveva et moi) à votre mémoire, dans l'espoir que vous nous ferez un bon accueil

A Joachvn,

Tous mes remercîments pour votre chère lettre, pour la musique qui l'accompagnait, et surtout pour votre Ouverture de Hamletqui, du premier coup d'oeil, m'intéressa profondément. Elle m'a surpris de prime abord : ne sachant pas, par vous, le nom de la tragédie, je m'attendais à trouver une brillante ouverture de concert, et je rencontrai tout autre chose. De page en page, Hamlet et Orphélie se révélèrent à moi sous leur forme la plus vivante. Il y a des passages extrêmement saisissants, et le tout est clair et du style grandiose qu'exigeait l'élévation du sujet. Je pourrais vous en dire long là-dessus, mais les mots ne représentent qu'insuffisamment ce qu'on ressent. La musique, avant tout, doit être sympathique et, lorsque je vous dis que la vôtre agit ainsi sur moi, vous pouvez me croire. Vous avez aussi largement soigné tout ce qui peut intéresser l'homme poétique qui est en nous, dilettantes de musique. Le riche et artistique enchaînement des motifs, votre façon d'introduire dans un art renouvelé des paroles déjà dites, et surtout l'habi-

leté de votre maniement d'orchestre dont vous tirez les effets de lumière et d'ombre qui sont bien vôtres, tout cela me paraît très précieux

Recevez donc mes bons souhaits pour l'achèvement de cette oeuvre, et gardez-vous d'y rien changer avant de l'avoir entendue plusieurs fois. J'aimerais bien la faire exécuter ici dans un de nos premiers concerts. Ne pourriez-vous pas nous venir en aide, en nous envoyant la partition et les parties d'orchestre quand vous les aurez en votre possession?

J'ai trouvé mon nom écrit par vous sur la partition des concertos de Beethoven. Je suppose que vous avez voulu me les offrir en cadeau, et je les accepte avec d'autant plus de plaisir qu'ils me rappellent le magique évocateur d'esprits qui nous a guidés, de sa main, à travers les hauteurs inaccessibles du merveilleux édifice que la plupart interrogent vainement. La lecture de ces Concerts évoquera sans cesse, devant mon esprit, ces jours inoubliables !

Adieu, très honoré et très cher ami, pensez à moi avec affection.

Dusseldorf, 8 juin i853, jour où sonne ma 43® année.

Ail même.

Cher ami, j'ai beaucoup de choses à vous communiquer : d'abord les amitiés de ma femme et les miennes, ensuite une invitation du Comité des concerts qui vous demande — comme nous aussi — de venir à notre premier concert (le 27 octobre) nous réjouir par votre présence — et nous, spécialement, de vouloir bien considérer notre maison comme la vôtre. Les répétitions auront lieu le mardi soir 27 octobre et le mercredi à 3 h. 1/2 de l'après-midi; et aussi, si tel est votre désir, le jeudi matin.... Nous aurons le plaisir, dans ce premier concert, d'exécuter l'Ouverture de Hamlet. Voici, du reste, le programme complet : Ouverture de Hamlet — Concerto (peutêtre de Mendelssohn) — Morceau de chant — Solo de violon et la nuit du Walpurgis de Mendelssohn. Que ce serait beau si vous nous prêtiez votre concours!...

Je dois mentionner le côté affaire : dix Frédérics d'or qui sont une rétribution peu proportionnée ; mais tout est relatif, et on ne saurait faire davantage : les petites villes sont forcées de se restreindre.

Nous aurions été heureux de vous compter hier parmi nos hôtes : c'était un jour de joie, l'anniversaire de la naissance de ma femme. Je lui ai offert un piano à queue (de Klemm) et quelques nouvelles com-

DE ROBERT SCHUMANN 2l5

positions : une Ouverture pour Faust (ainsi que vous l'aviez prévu), un Concerto pour piano et orchestre (op. 134) et une fantaisie pour violon et orchestre (op. i3i), pendant la création de laquelle j'ai constamment pensé à vous. C'est un premier essai. Je vous l'envoie, signalez-moi si, peut-être, certains passages ne seraient pas impraticables. Je vous prie aussi d'examiner dans le manuscrit, les arpèges de la harpe et de me renvoyer ensuite la partition pour quelques jours. 'La cadence n'est que provisoire; elle me semble trop- courte, et j'ai l'intention de la remplacer plus tard, par une autre, plus développée.

Nous pensons souvent aux bonnes heures que nous avons vécues avec vous. Puissent-elles se renouveler bientôt!

De tout cœur, votre

Robert Schumann.

Dusseldorf, 14 septembre i853.

Au même.

(Extrait d'une lettre du 8 octobre i853.)

... Je crois que si j'étais plus jeune, je pourrais écrire quelques vers en l'honneur du jeune aiglon qui est tout à coup descendu des Alpes, en dirigeant son

2l6 LETTRES CHOISIES

vol vers Dusseldorf*. On pourrait aussi le comparer à un torrent puissant qui — tel le Niagara — se montre dans toute sa splendeur, lorsque ses eaux, tombant en chute, reflètent l'arc-en-ciel dans leurs vagues, tandis que les papillons jouent sur ses rives où chantent les rossignols

A Sirackerjan.

Dusseldorf, 28 octobre i853.

... Nous avons ici un jeune hambourgeois, nommé Johannes Brahms, d'une intelligence si géniale qu'il me paraît dépasser de beaucoup tous les jeunes artistes, et dont les œuvres merveilleuses (surtout les Lieder) vous seront bientôt connues

A Johannes Jacob Brahms, à Hambourg.

Dusseldorf, 5 novembre i853.

Honoré Monsieur,

Votre fils Johannes nous est devenu très cher; son génie musical nous a procuré des heures pleines de

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