‹ Lettres choisies de Saint Vincent de PaulChapitre 2 sur 100 · NOTICE SUR SAINT VINCENT DE PAUE · texte numérisé non relu

NOTICE SUR SAINT VINCENT DE PAUE

Saint Vincent de Pâul mérite une place dans l’histoire de notre littérature ; si cette vérité n’a pas été reconnue plus tôt, c’est que ses lettres viennent à peine d’être livrées à la publicité.

Fils d’un pauvre laboureur des Landes, il naquit à Pouy, près de Dax, le 24 avril 1581 (1). Le juge du lieu, M. de Cornet, frappé par la vivacité de son intelligence, le fit étudier au collège de Dax, puis à l’Université de Toulouse. Là, le jeune homme dut s’ingénier pour subvenir à ses besoins. Il donna des leçons et même fonda un pensionnat. Aux ressources que lui procurait son travail, vinrent bientôt s’ajouter les biens d’une vieille femme de Toulouse, dont il recueillit l’héritage.

Tout marchait à souhait. Après avoir franchi tous les degrés de la cléricature jusqu’au sacerdoce et gagné par de sérieuses études le titre de bachelier en théologie, Vincent caressait des projets d’avenir grandiose, et il était de taille à se frayer la voie. Mais subitement tout sombre. Un voyage à Marseille en est cause. Ayant appris que dans cette ville s’était réfugié un individu qui gagnait largement sa vie et qü’il recherchait pour dettes, il accourt, le fait emprisonner et ne retire sa plainte qu’après avoir été payé.

Le retour se fait par mer. La barque est attaquée par des corsaires barbaresques, qui s’en emparent. Il est blessé, conduit captif à Tunis, et la captivité dure deux longues années. Il convertit son maître, s’enfuit avec lui sur un frêle esquif, traverse la Méditerranée et débarque à Aiguesmortes.

Le voilà libre ; mais il n’a rien ; il a même moins que rien, puisque des créanciers réclament le payement de dettes contractées avant l’esclavage. De passage à Avignon, il gagne les bonnes grâces du vicé-légat, le suit à Rome et là pendant un an, s’adonne à l’étude des sciences sacrées.

L’espoir d’un riche bénéfice le ramène en France (2). Paris l’attire. La reine Marguerite se l’attache avec le titre d’aumônier. Sur le conseil de Pierre de Bérulle, fondateur de l’Oratoire, il accepte la cure de Clichy, puis devient précepteur des enfants de Philippe-Emmanuel de Gondi, général des galères.

1. Et non le 24 avril 1576, comme on l’écrit communément. Il est démontré aujourd’hui que la date traditionnelle doit être abandonnée. — 2. Le premier biographe de saint Vincent a dit que le cardinal d’Ossat, ambassadeur à Rome, l’avait chargé d’une mission secrète auprès du roi Henri IV. Il

n’en est rien. Le cardinal d’ds

depuis quatre ans.

Au milieu des grands de ce monde, Vincent de Paul comprend de mieux en mieux la vanité de ce qui brille. Lui qui, dans sa jeunesse, aspirait à parvenir, il n’a plus qu’une ambition : laisser là tous ses bénéfices, toutes les fonctions lucratives pour parler du ciel aux pauvres gens des champs. Cette pensée le hante. Un beau jour, n’y tenant plus, il s’enfuit de la maison des Gondi, quitte Paris et accepte la modeste cure de Châtillon-les-Dombes, dans l’Ain.

Ce n’est pas pour longtemps. Les Gondi étaient puissants. Ils mettent tout en jeu pour obtenir son retour et réussissent. Vincent pose ses conditions : il ne sera plus précepteur et aura toute liberté d’évangéliser les habitants des terres que le général des galères possède en Picardie, en Champagne et ailleurs.

Quelque étendu que soit son champ d’action, il ne l’est pâs assez pour sa dévorante activité. La mort de M“e de Gondi en 1625 lui donne la liberté et les loisirs dont il a besoin. Il se retire au collège des Bons-Enfants, au milieu des missionnaires qui partagent ses travaux, et se donne tout entier à leur formation. Par ses exemples et ses conseils, il leur apprend à prêcher simplement, familièrement, comme les apôtres, sans chercher «à bien trier ses paroles, à bien agencer les périodes, à exprimer d’une façon peu commune la facilité de ses conceptions, à prononcer son discours d’un ton élevé, d’un ton de déclamateur, qui passe bien haut par-dessus (1)». Il les accompagne lui-même dans les missions, les voit à l’œuvre et les redresse au besoin.

La méthode était nouvelle. Elle porta ses fruits en France, en Italie, en Irlande, en Écosse, en Pologne, en Barbarie, à Madagascar, où les missionnaires eurent des établissements du vivant même de leur fondateur. On comprit un peu partout que la « petite méthode » était la vraie manière de prêcher, et la réforme qui s’ensuivit n’est pas une des moins utiles qu’ait opérée Vincent de Paul.

Avant de quitter le lieu où ils donnaient leur mission, les missionnaires devaient y établir la confrérie de la Charité. C’était en 1617, à Chùtillon-les-Dombes, où il était curé, que le saint avait fondé la première association de ce nom.

Un dimanche du mois d’août, à l’heure de la messe, il revêtait les ornements sacerdotaux dans la sacristie de sa petite église quand une dame vint l’avertir que la maladie avait frappé toute une famille de cultivateurs sans ressources. Le charitable curé avait préparé son prône ; il en changea le sujet. Sa parole émue attendrit profondément le cœur des assistants. Ce fut, tout le reste du jour, malgré la distance et la chaleur, sur les chemins qui menaient à la pauvre chaumière, un défilé ininterrompu de gens compatissants, tout heureux de répondre à l’appel de leur pasteur en apportant un petit secours.

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