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Conférence sur la petite méthode, 20 août

NOTICE

Vincent de Paul vint à son tour. La vue des provisions accumulées dans la demeure le rendit songeur. « Ils ont trop aujourd’hui, pensa-t-il ; la plus grande partie se gâtera, et demain ils n’auront plus rien. » Et l’idée lui vint de créer une association de femmes pour le soulagement des malades dans le besoin. Toutes les dames aisées de la paroisse répondirent à son appel. Le règlement qu’il leur donna est un chef-d’œuvre d’organisation pratique. Ainsi naquit la première confrérie de la Charité.

Les années suivantes, Vincent do Paul en établissait de semblables à Villepreux, à Joigny, à Montmirail, à Folleville et dans beaucoup d’autres localités, surtout aux environs de Paris, en Bourgogne, en Champagne et en Picardie. Partout les résultats répondirent aux espérances du fondateur.

Pour que l’élan du début ne vînt à se ralentir et à tomber, il envoyait de temps à autre de pieuses dames de Paris, formées à son école, visiter ses «Charités » : c’étaient Louise de Marillac, nièce de Michel de Marillac, garde des sceaux, et de Louis de Marillac, maréchal de France ; MUe de Pollalion, la future fondatrice des Filles de la Providence ; Mme Goussault, veuve d’un président à la Chambre des Comptes ; d’autres encore de grand nom et de grande vertu.

Ce qui réussissait en province devait réussir à Paris. La première « Charité » de la capitale fut établie sur la paroisse Saint- Sauveur ; Saint-Nicolas-du-Chardonnet, paroisse de Louise de Marillac, suivit l’exemple. En quelques années, chaque paroisse de la ville, ou peu s’en faut, eut son petit centre de charité, d’où rayonnait une action bienfaisante sur les pauvres du quartier.

Toutefois les « Charités » de Paris ne donnèrent pas au début tous les résultats attendus. Les grandes dames qui les composaient étaient trop haut placées pour visiter et soigner ellesmêmes à domicile les pauvres malades ; elles y envoyaient le plus souvent leurs domestiques, qui n’apportaient pas dans leurs rapports avec ces infortunés le dévouement et la douceur désirables. Pour remédier à cette lacune, Vincent de Paul choisit à la oampagne pendant ses missions des jeunes filles de bonne volonté et les mit à la disposition des dames. Les résultats furent meilleurs, mais encore insuffisants. La bonne volonté n’est pas tout ; elle ne remplace pas une mûre préparation et ne donne pas les qualités propres à l’emploi. Un temps de formation s’imposait. Saint Vincent le comprit. La réalisation de cette idée donna naissance à la Compagnie des Filles de la Charité.

Ce fut le 29 novembre 1633 que les premières sœurs, quatre ou cinq tout au plus, se réunirent, rue de Versailles, dans la maison de Louise de Marillac et à son école, pour commencer leur probation. Saint Vincent était l’âme de la petite communauté, qu’il venait instruire et exhorter. Il lui inspira son amour du pauvre et lui donna son esprit d’abnégation.

Née des confréries de la Charité, créée pour lehr venir en aide, la Compagnie des Filles de la Charité suivit dans son développement initial le sort de ces associations. Là « Charité » qui contribua le plus à son progrès fut celle de l’Hôtel- Dièu de Paris. Fondée en 1634 spécialement pour les malades soignés dan3 cet hôpital, elle l’emporta sur toutes les autres et par la qualité des membres qui la composèrent et par l’importance des oeuvres multiples qu’elle embrassa. La liste des dames de l’ Hôtel-Dieu comprend les plus grands noms de Paris : la présidente Goussault, la présidente de Herse, la mère et la sœur de Guillaume de Lamoignon, la comtesse de Brienne, épouse d’un sous-secrétaire d’État, la duchesse d’ Aiguillon, nièce de Richelieu, l’épouse du chancelier Séguier, la mère du grand Condé, Marie d’Orléans-Longueville, duchesse de Nemours, Louise-Marie de Gonzague, plus tard reine de Pologne, la maréchale de Schomberg, Mmc de Miramion, MUe Viole. Et il serait facile d’ajouter d’autres noms illustres.

An début, les dames de l’ Hôtel-Dieu, aidées par les Filles de la Charité, se contentaient de veiller au bien-être matériel des malades et de leur procurer les secours religieux. Sous l’impulsion de Vincent de Paul, leur champ d’action s’étendit bientôt audelà de l’hôpital. En face d’un besoin nouveau, à qui en effet pouvait-il s’adresser sinon à ceux qui avaient et étaient disposés à donner? Aussi, quand il fut question de fonder l’œuvre des Ènfants-troüvés, c’est vers elles qu’il se tourna.

Le nombre des enfants abandonnés chaque année dans Paris montait à trois cent quatre-vingts environ. Ils étaient portés dans une maison appelée communément la Couche, dont la direction était confiées une veuve, assistée de quelques nourrices. Les enfants, mal nourris et mal soignés, mouraient presque tous de langueur. S’ils gênaient la nuit par leurs cris, une pilule de laudanum les faisait taire en les plongeant dans le Sommeil. Pour en diminuer le nombre, on les vendait. Un enfant coûtait de huit à vingt sols. Les acquéreurs ne manquaient pas : c’étaient des mendiants, qui, après les avoir déformés, les montraient aux passants pour inspirer la pitié ; des femmes qui avaient intérêt à passer pour mères ; des mères dont la santé était altérée par un lait vicié ; des magiciens même. Le mal était si grand que saint Vincent pouvait dire : « Il ne s’en trouve pas un seul en vie depuis Cinquante ans. »

Devant cet état de choses et l'indifférence des pouvoirs publics, le saint homme se fit un devoir d’agir. Il en parla aux dames de l’ Hôtel-Dieu, qui promirent leur concours.

Suivant sa louable habitude, le saint commença modestement. Deux ou trois enfants furent confiés aux Filles de la Charité ; puis leur nombre fut porté à douze. Enfin, après deux ans d’essai, en janvier 1640, les dames prirent tous les enfants de la Couche.

NOTICE

Aucune œuvre peut-être ne donna plus de mal à Vincent de Paul à cause des dépenses considérables qu’elle nécessitait. Il fallait trouver chaque année 40.000 livres. Les quêtes et Ja générosité des dames firent d’abord face aux besoins. D’année en année, les dons devinrent plus rares. Pendant longtemps, le saint se trouva chaque jour en face de ce redoutable problème : comment nourrir les enfants demain? Il réunissait les dames, allait voir la reine, et, quand les sommes recueillies étaient épuisées, faisait entendre de nouveaux appels, qu’ûl savait rendre éloquents par les sentiments de pitié dont son cœur débordait.

Le plus connu de ses discours est de 1647. Après avoir passé en revue les raisons pour et contre l’abandon de l’œuvre, il met sous les yeux des dames l’étendue du bien accompli durant sept ans : cinq ou six cents enfants arrachés à la mort et élevés chrétiennement ; les plus grands placés en apprentissage, ou sur le point de l’être. Si ce peu de temps a donné de si consolants résultats, que ne promet pas l’avenir? Puis, élevant la yoix, il conclut : « Or sus, Mesdames, la compassion et la charité vous ont fait adopter ces petites créatures pour vos enfants ; vous avez été leurs mères selon la grâce, depuis que leurs mères selon la nature les ont abandonnées ; voyez maintenant si vous voulez aussi les abandonner. Cessez d’être leurs mères pour devenir à présent leurs juges ; leur vie et leur mort sont entre vos mains ; je m’en vais prendre les voix et les suffrages ; il est temps de prononcer leur arrêt et de savoir si vous ne voulez plus avoir de miséricorde pour eux. Ils vivront si vous continuez d’en prendre un charitable soin ; et, .au contraire, ils mourront et périront infailliblement si vous les abandonnez ; l’expérience ne vous permet pas d’en douter. »

Mises si éloquemment en présence de cette alternative, les dames ne pouvaient hésiter ; elles donnèrent largement. Les mêmes difficultés financières se renouvelleront maintes fois dans la suite, et toujours la charitable obstination de saint Vincent de Paul saura trouver le moyen de rétablir l’équilibre entre les recettes et les dépenses.

Dq la part des dames, de beaucoup du moins, ce n’était pas refroidissement de la charité. Leurs revenus, diminués par les troubles de la Fronde, allaient à d’autres œuvres non moins intéressantes. Aucune plume ne saurait décrire l’état d’affreuse détresse dans laquelle se trouvèrent plongées pendant des années, par suite des guerres et du passage des armées, la Lorraine, la Picardie, la Champagne et l’ Ile de France. Les pauvres mouraient de froid et de faim par milliers sur les routes, dans les champs, dans les maisons. Les dames de l’ Hôtel-Dieu, impuissantes à soulager tant de misères, s’adressèrent au public au moyen de feuilles imprimées, qui paraissaient chaque mois dans les commencements. Des millions furent recueillis. Les dons en

nature vinrent abondamment. «Certes, disait un jour Vincent de Paul, on ne peut penser qu’avec admiration à ces grandes Aumônes que Dieu a inspiré de faire, et au grand nombre dé vêtements, draps, couvertures, chemises, chaussures, etc., qu’on a fournis pour toutes sortes de personnes, hommes, femmes, enfants... C’était véritablement un spectacle qui donnait de l’édification, de voir les maisons des dames de la Charité de Paris remplies de toutes ces hardes et devenues comme des magasins et des boutiques de marchands en gros. »

Tant d’œuvres ne suffirent pas à l’activité prodigieuse de saint Vincent. Que n’a-t-il pas encore fait en faveur des galériens de Paris ou de Marseille et des esclaves de Barbarie ! On ne se lassait d’admirer le bon ordre qui régnait dans l’hospice du Nom-de-Jésus, établi et organisé par ses soins. Il posa les premiers fondements de l’hôpital général, dans lequel furent enfermés les mendiants de Paris ; et, si on l’avait laissé faire, il aurait achevé heureusement l’entreprise.

Cet homme, qui ne recherchait que les pauvres, était recherché des grands. Louis XIII mourant voulut l’avoir à ses côtés. La reine Anne d’Autriche avait pleine confiance en sa sagesse ; elle le fit entrer au Conseil de Conscience, où se traitaient les affaires les plus importantes de l’Église de France, en particulier les nominations épiscopales et la collation des bénéfices.

Il serait trop long de rapporter ici ce qu’il a fait pour la conservation de la foi catholique dans toute sa pureté par sa ferme attitude vis-à-vis du protestantisme et du jansénisme ; pour la diffusion de l’Évangile par les missions en France et à l’étranger; pour la régénération du clergé par l’établissement des séminaires, les retraites d’ordinands et les conférences ecclésiastiques ; pour la réforme des communautés religieuses par le choix de supérieurs capables et bien intentionnés ; pour la sanctification personnelle d’un chacun par les exercices spirituels mis à la portée de tous.

L’œuvre accomplie par Vincent de Paul est immense. Nul n’a contribué plus que lui au relèvement de la religion en France. Nul n’a secouru tant de malheureux en tant de lieux divecs. Sa charité s’est étendue sur les pauvres, les malades, les enfants, les vieillards, les prisonniers, les esclaves, les mendiants, les aliénés, les femmes tombées. Cette vie si bien remplie prit fin le 27 septembre 1660. Vincent de Paul avait soixante-dix-neuf ans et cinq mois.

NOTICE

Les Lettres de Saint Vincent de Paul

Ce serait une erreur de croire qu’un homme aussi occupé n’avait pas le temps d’écrire. C’est justement à cause de ses occupations, ou plutôt à cause des relations qu’elles entraînaient, qu’il devait souvent prendre la plume. Comment sans cela aurait-il donné au loin ses ordres et ses conseils? Ce n’est pas trop d’évaluer approximativement à 30.000 le nombre des lettres que nous aurions, si nous les avions toutes. Hélas ! 1.600 environ, pas davantage, ont été sauvées du naufrage, mettons 2.500, si l’on veut tenir compte de celles, complètes ou incomplètes, que l’on connaît par d’anciennes copies.

Vincent de Paul n’écrit pas pour écrire ; il ne vise pas au style. Ses lettres ont toutes un but pratique : il console, encouragé, remercie, demande, trace une ligne de conduite. Ce qu’on y remarque par-dessus tout, c’est la droiture du jugement, l’élévation de la pensée, la délicatesse du cœur, la noblesse du sentiment, le sens chrétien, la clarté, la force, la saveur et par endroits le charme et l’originalité de l’expression. Certaines lettres sont si bien tournées qu’elles pourraient être proposées pour des modèles du genre, même au point de vue littéraire. Toutes donnent une haute idée de l’humilité, de la charité et de la finesse de leur auteur. En les lisant, on se sent devenir meilleur, parce qu’elles sont pleines de leçons morales dont chacun peut faire son profit.

Le premier recueil imprimé des lettres de saint Vincent est i’œuvre de Jean-Baptiste Pémartin, prêtre de la Mission (4 vol. in-8°, 1880.) Il n’a pas été mis dans le commerce.

Un second recueil est en cours de publication chez Gabalda, libraire à Paris. Quatre volumes ont paru ; quatre- autres ne tarderont pas à paraître. Cette édition a sur la précédente cinq avantages : elle est complète, annotée, donne un texte soigneusement révisé sur les sources, suifc plus strictement l’ordre chronologique et aux lettres du saint ajoule celles de ses correspondants.

DK

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