A LOUISE DE MARILLAG
Je ne vis jamais une telle femme que vous, ni qui prenne certaines choses si fort au criminel. Le choix de Monsieur votre fils, dites-vous, est un témoignage de la justice de Dieu sur vous. Certes, vous avez tort de donner lieu à ces pensées et plus encore de le dire. Je vous ai déjà priée d’autres fois de ne plus parler comme cela. Au nom de Dieu, Mademoiselle, corrigez-vous-en et sachez, une fois pour toutes, que ces pensées aigres sont du malin et que celles de Notre-Seigneur sont douces et suavps, et ressouvenez-vous que les défauts des enfants ne sont pas toujours imputés aux pères, notamment quand ils les ont fait instruire et donné bon exemple, comme vous avez fait, Dieu merci, et que Notre-Seigneur permet par sa Providence admirable que des
1. Prêtres de la Mission. — 2. Au xvne siècle, le mot « affaire » pouvait s’employer au masculin.
pères saints et des mères soient déchirés en leurs entrailles. Abraham le fut par Ismaël, Isaac par Esaü, Jacob par la plupart de ses 111s, David par Absalon, Salomon par Roboam et le Fils de Dieu par Judas et, par la grâce de Dieu, vous n’en êtes pas là. Ains au contraire, vous avez sujet de louer Dieu do ce que vo,us a dit M. Holden(l) ; car il vous a dit vrai. Monsieur votre fils vint hier trouver M. de Sergis (2), se confessa à lui et lui dit qu’absolument il est résolu de servir Dieu en l’état ecclésiastique et quelques autres circonstances qui m’ont fort' consolé ; mais je ne me ressouviens à présent quelles elles sont. • Remerciez donc Dieu de cela et soyez bien gaie.