A UN. ÉVÊQUE
Au nom de Dieu, Monseigneur, pardonnez-moi si je m’entremets en ces affaires ici (1), sans savoir si les ouvertures que j’ai faites vous agréeront. Il arrivera peut-être que vous en serez mal satisfait ; mais il n’y a remède, puisque ce que j’en fais n’esl que par un excès d’affection de vous voir déchargé des soins et distractions que ces fâcheuses affaires vous peuvent causer, afin que vous puissiez vaquer avec plus de tranquillité d’esprit à la conduite et sanctification de votre diocèse; et pour cela j’offre souvent à Dieu mes chétives prières.
Mais il y a une chose, Monseigneur, qui m’afflige grandement, c’est que l’on vous a dépeint au Conseil (2) comme un prélat qui a grande facilité à plaider, en sorte que cette impression y est entrée fort avant dans les esprits. Pour moi, j’admire Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a improuvé les procès et qui néanmoins a bien voulu en avoir un et le perdre. Je ne doute pas, Monseigneur, que, si vous en avez quelques-uns, ce n’est que pour soutenir et défendre sa cause ; et de là vient que vous conservez une grande paix intérieure parmi toutes les contradictions du dehors, parce que vous ne regardez que Dieu et non pas le monde ; vous cherchez uniquement de plaire à sa divine Majesté, sans vous soucier de ce que les hommes diront ; dont je remercie sa divine bonté, parce que c’est une grâce qui ne se trouve que dans les âmes qui lui sont intimement unies. Mais je vous dois dire aussi, Monseigneur, que cette fâcheuse opinion du Conseil pourra vous nuire en l’instance présente et empêcher qu’on ne vous accorde ce que vous demandez.