‹ Lettres choisies de Saint Vincent de PaulChapitre 30 sur 100 · A BERNARD GODOING · texte numérisé non relu

A BERNARD GODOING

Le dessein que vous me proposez, d’aller commencer vos missions par les terres de nos seigneurs les cardinaux, me paraît humain et contraire à la simplicité chrétienne. O Monsieur! Dieu nous garde de faire aucune chose par des vues si basses ! Sa divine bonté demande de nous que nous ne fassions jamais du bien en aucun lieu pour nous rendre considérables, mais que

1. Le Conseil de Conscience. — 2. Prêtre de la Mission, alors supérieur de l’établissement de Rome.

nous la regardions toujours directement, immédiatement et sans milieu en toutes nos actions. Cela me donne occasion de vous demander deux choses, prosterné en esprit à vos pieds et pour l’amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ. La première, que vous fuyiez, autant qu’il vous sera possible, de paraître ; et la seconde, que vous ne fassiez jamais rien par respect humain. Selon cela, il est juste en toute manière que vous honoriez pour quelque temps la vie cachée de Notre-Seigneur. Il y a quelque trésor renfermé là dedans, puisque le Fils de Dieu a demeuré trente ans sur la terre [comme un pauvre artisan, avant que de se manifester. Il bénit aussi toujours beaucoup mieux les commencements humbles que ceux qui ont de l’éclat.

Vous me direz peut-être : quel sentiment aura de nous cette cour et que dira-t-on de nous à Paris? Laissez, Monsieur, penser et dire tout ce qu’on voudra et assurez-vous que les maximes de Jésus-Christ et les exemples de sa vie ne portent point à faux, qu’elles donnent leur fruit en leur temps, que ce qui ne leur est pas conforme est vain et que tout réussit mal à celui qui agit dans les maximes contraires. Telle est ma foi et telle est mon expérience. Au nom de Dieu, Monsieur, tenez cela pour infaillible et vous cachez très bien.

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