La diicherse d’Aiguillon
Dieu, Monsieur, ne faites rien d’important, ni surtout de nouveau, sans m’en donner avis auparavant, afin que je vous donne le mien. Je vois quantité de raisons que vous pourrez alléguer contre ce sujet. Mais croyez, Monsieur, que j’en ai pour répondre à toutes et des expériences que soixante-deux ans et mes propres fautes m’ont acquises, qui ne vous seront pas inutiles.
Les deux principales raisons qui vous ont porté à en user de la sorte sont :
La première, celle que je vous ai déjà dite, que vous ne pouviez faire les deux à la fois, la mission et laisser des hommes à suffisance pour les ordinands. A quoi je vous ai déjà dit qu’il eût mieux valu faire de. moindres missions, comme celle des pâtres, joint que Dieu bénit toujours mieux les commencements plus humbles que ceux qui carillonnent et publient notre Commillimus (1). /
L’autre est que, faisant les missions et les ordinands de Vellotriavec succès, Monseigneur le cardinal Lenti prendrait sujet de là de faire valoir la Compagnie et à faire résoudre le décret des ordinands. A quoi je vous dirai que cela peut être ; mais que, comme cela m’a semblé contre la simplicité chrétienne qu’il me semble que Dieu demande de nous, j’ai toujours fui de faire des actions de piété en un lieu pour me rendre recommandable en un autre, excepté une fois que nous fîmes la mission en un lieu pour nous rendre considérables à feu le premier président de Paris, duquel nous avions à faire. Dieu permit que la chose fit un effet tout contraire, pource que la Compagnie y fit paraître plus qu’en pas un lieu les pauvretés et les misères des esprits d’icelle, et qu’il fallut que je retournasse après la mission demander pardon à un prêtre à genoux pour quelque offense qu’un de la Compagnie lui avait faite, de sorte que Notre-Seigneur me fit connaître évidemment pour lors par expérience ce que j’avais cru jusque-là par théorie, que Dieu demande de noüs que nous ne fassions jamais un bien en un lieu pour nous rendre considérables en d’autres, ains que nous le regardions touj ours directement, immédiatement et sans moyen en toutes nos actions, et nous laissions conduire par sa paternelle main.