A JEAN DEHORGNY (U
2 mars 1640.
J’ai vu par votre dernière comme enfin vous avez envoyé M. Martin (2) à Gênes. Oserai-je vous dire, Monsieur, en cette occasion qu’il importe, plus que je ne puis vous exprimer, que vous vous donniez à Dieu pour vous rendre exact à tous les ordres du général (3), quels qu’ils soient, quoiqu’ils choquent votre sens et quelque prétexte que vous puissiez avoir de mieux, ou des inconvénients qui en pourraient arriver ; car il n’en saurait arriver de si grands que celui de la désobéissance. Un capitaine me disait ces' jours passés que, quand il verrait que son général commanderait mal et qu’il perdrait assurément sa vie dans l’exécution du commandement et qu’il pourrait faire changer d’avis au général en disant une parole, qu’il serait perdu d’honneur s’il le faisait, et qu’il aimerait mieux mourir que de le faire. Voyez, Monsieur, quelle confusion ce nous sera au ciel de voir cette perfection dans l’obéissance de la guerre et de voir la nôtre si imparfaite en comparaison. Je vous assure, Monsieur, que deux .ou trois supérieurs qui en useraient de la sorte seraient capables de perdre la Compagnie et que, si je ne connaissais bien votre cœur, je serais obligé de faire autre chose. L’assurance que j’ai que vous êtes meilleur que je ne serai jamais et que vous aimez mieux l’Institut que moi fera que je ne vous en parlerai plus et n’y penserai seulement pas.