‹ Lettres choisies de Saint Vincent de PaulChapitre 40 sur 100 · A GUILLAUME DELATTRE · texte numérisé non relu

A GUILLAUME DELATTRE

Paris, 19 avril 1646.

Béni soit Dieu, Monsieur, de ce que vous me dites que les choses spirituelles de la maison vont bien et de ce que vous faites

1. Prêtre de la Mission, supérieur de l’établissement de Rome. — 2. Prêtre de la Mission. — 3. Le supérieur général. — 4. Prêtre de la Mission, ancien procureur du roi à Amiens.

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usage des avis de votre admoniteur ! Je le prie qu’il bénisse votre- conduite de plus en plus.

" Vous ôurez pu savoir l’ordonnance que M"r de Cahors (1) a faite touchant les ecclésiastiques de son diocèse pour aller passer quelque temps à votre séminaire, selon ce que vous jugerez convenable. Monseigneur hâte ses affaires le plus qu’il peut, à dessein de s’en retourner le plus tôt qu’il pourra. Quand il sera là, il pourvoira à l’achat de la maison.

Il sera bon, Monsieur, que vous me disiez une autre fois la substance, ou, pour mieux dire, l’histoire succincte des choses principales dont vous m’écrirez. Par exemple, vous me faites une petite apologie à l’égard des habitants de Saint-Barthélemy (2) ; il eût été expédient que vous m’eussiez narré la chose comme elle s’est passée, et dit ensuite les choses qui vous peuvent justifier ; et comme vous ne me dites pas assez comme elle s’est passée, je ne puis porter jugement du tort que vous avez. Je vous dirai seulement, Monsieur, que vos conduites doivent être douces quant aux moyens, quoique fermes pour parvenir aux fins bonnes et justes, qui sont toujours telles quand elles sont de règle ou d’ordre des supérieurs ; et pour les autres, il est bon de prendre conseil de vos consulteurs domestiques, et, quand elles sont importantes, du supérieur général ; et pour les externes, de Monseigneur l’évêque ou de ses officiers. Voilà comme j’en use ; et rarement je fais quelque chose de ma chétive tête ; et nous devons d’autant plus prendre les ordres et les conseils extérieurs quand il s’agit d’une action qui regarde le diocèse ou quelques personnes particulières ; auquel cas, nous ne devons pas seulement suivre l’ordre de Messieurs les évêques et des curés dans leurs cures, mais aussi la permission de Nosseigneurs les évêques en personne, pour les différends que nous avons avec leurs peuples et les scandales que nous remarquons. C’est autre chose de la discipline et des différends qui arrivent avec ceux de la Compagnie ; auquel cas c’est au général à ordonner et à lui qu’il faut recourir. Et nous devons d’autant plus prendre garde de conduire les peuples avec douceur et patience et nous éloigner de toute tendreté en nos opinions, comme (3) Notre-Seigneur nous en a donné les enseignements envers les peuples, et comme c’est à nous à instruire les ecclésiastiques, non seulement de paroles, mais aussi d’exemples, pour la conduite de -leurs peuples. Selon cela, il sera bon, Monsieur, que vous acquiesciez aux ordres de M. le grand vicaire, ou de celui auquel Monseigneur aura donné ordre d’accommoder ce différend. Que s’il ne vous en a parlé, c’est peut-être qu’il ne sait pas comme vous avez l’esprit humble et docile.

Je vous supplie, Monsieur, de ne vous pas décourager de ce

1. Alain de Solminihac. — 2. Paroisse de Caliors. — 3. Comme, que.

que je vous dis, ni d’inférer de cela que vous ne soyez pas propre À la conduite. La nature et l’esprit malin vous suggèrent cela ; mais la sainte humilité et la confiance en Dieu vous feront espérer que vous pourrez tout avec la grâce ; et c’est le sentiment de Msr de Cahors et le mien. C’est pourquoi je désire prendre un soin particulier de vous avertir, conseiller et conforter, parce qu’ayant l’esprit bon, comme vous avez, par la grâce de Dieu, et l’intention bonne, j’espère de la bonté de Notre-Seigneur qu’il bénira votre conduite.

Il me tombe en l’esprit de vous donner un autre avis en suite de celui-là, mais en deux mots : c’est de vous habituer à juger des choses et des personnes, toujours et en toutes choses, en bonne part. Si une action a cent faces, dit le bienheureux évêque de Genève (1), regardez-la toujours par la meilleure. Au nom de Dieu, Monsieur, usons-en de la sorte, quoique l’esprit et la prudence humaine nous disent au contraire. J’ai en moimême cette fâcheuse trempe de juger de toutes choses et de toutes personnes selon ma chétive cervelle ; mais l’expérience me fait voir le bonheur que c’est d’en user autrement et comme Dieu bénit cette manière d’agir. Si le temps me le permettait, je vous dirais bien des choses pour cela ; mais voilà qu’on m’ôte la plume de la main et me contraint à finir, en vous disant que mon cœur chérit parfaitement le vôtre en celui de Notre-Seigneur, et je vous demande la même correspondance pour l’amour du même Seigneur, quoique je ne le mérite pas, si ce n’est parce q s aime plus que je ne vous puis exprimer.

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