A JEAN MARTIN
De Paris, ce 7 décembre 1646.
J’ai l’âme tout attendrie quand je pense à vous et au choix que Dieu en a fait pour vous appliquer, tout jeune que vous êtes, à un si haut ministère que celui de perfectionner des prêtres. Je rends grâces à Notre-Seigneur de vous avoir mérité cette grâce et le prie de parachever en vous ses desseins éternels. Et vous, Monsieur, humiliez-vous bien fort en vue de la vertu et suffisance qu’il faut avoir pour enseigner les autres et élever les enfants du roi du ciel en la milice chrétienne ; mais confiez-vous hardiment en celui qui vous a appelé, et vous verrez que tout ira bien. Il semble qu’en ce commencement Dieu vous ait voulu faciliter l’entrée en cetÆe sainte occupation par la disposition qu’il donne à vos séminaristes à la piété et aux exercices, pour vous obliger à l’entreprendre avec plus de courage. Il faut adorer sa conduite et néanmoins s’attendre à ne trouver pas toujours des personnes si souples et si aisées à gouverner, mais espérer aussi qu’à proportion que les difficultés s’augmenteront, Dieu vous augmentera ses grâces. Et afin, Monsieur, que de votre part, vous soyez muni de toute sorte d’armes, exercez-vous à la douceur et à la patience, vertus fort propres à vaincre les esprits revêches et durs. Vous pouvez penser si, de mon côté, je ferai instance auprès de Notre- Seigneur pour vous obtenir la plénitude de son esprit.