‹ Lettres choisies de Saint Vincent de PaulChapitre 48 sur 100 · Prêtre de la Mission de la maison de Gênes · texte numérisé non relu

Prêtre de la Mission de la maison de Gênes

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Vous y seroz secouru de spéciales grâces de Dieu, qui sont attachées à une légitime vocation et qui vous feront porter des fruits d’une vie apostolique, digne de la bienheureuse éternité, ainsi que l’expérience le fait voir dans les prélats qui n’ont fait aucune avance pour se faire évêques, lesquels Dieu bénit manifestement en leurs personnes et en leurs conduites. Enfin, Monsieur, vous n’aurez point de regret, à l’heure de la mort, de vous être chargé vous-même du poids d’un diocèse, qui pour lors paraît insupportable. Certes, je ne puis écrire ceci qu’avec action de grâces à Dieu de vous avoir éloigné de la recherche dangereuse d’un tel fardeau, et donné la disposition de n’aller pas seulement au devant. C’est une grâce qui ne se peut assez priser ni chérir.

42, — A JEAN DEHORGNY

Mars 1647.

Dieu vous fournira d’autres ouvriers quand il en sera temps. Le besoin ne vous en a pas fort pressé jusqu’à maintenant, puisque vous n’avez pas fait d’ordination et que vous en avez passablement pour les missions, quoique non pas à souhait. Nous faisons ici et ailleurs comme nous pouvons. Serait-il raisonnable que nous fussions dans l’abondance des hommes, laquelle les rend inutiles une partie du temps, pendant que Dieu en manque en d’autres lieux où il nous appelle? Saint Ignace ne fit-il pas cent établissements avant sa mort, de deux ou trois personnes chacun? Ce n’était pas sans beaucoup d’inconvénients, puisqu’il y envoyait des novices et que parfois il était obligé de les établir supérieurs ; mais ce n’était pas aussi sans fruit, ni sans providence. Si nous en avons entrepris quelques-uns, ce n’a pas été, Dieu merci, par aucun désir de noirs étendre (sa divine bonté le sait), mais seulement de correspondre à ses desseins ; ce n’a pas été non plus de notre choix, ni par notre sollicitation, mais par la seule disposition d’en haut, que notre indifférence nous a donné le loisir d’éprouver et de reconnaître.

Oui nous assurera que Dieu ne nous appelle point présentement en Perse? Il ne le faut pas conjecturer de ce que nos maisons ne sont pas remplies; car celles qui le sont davantage ne font pas le plus de fruit. N’avons-nous pas occasion de croire plutôt le contraire, même de craindre que Dieu n’abandonne l’Europe à la merci des hérésies qui combattent l’Église depuis un siècle et qui ont fait de si grands ravages qu’elles l’ont réduite comme à un petit point?Ét par un surcroît de malheur, ce qui en reste sefnble'se disposer à une division par les opinions nouvelles qui pullulent tous les jours. Que savons-nous, dis-je, si Dieu ne veut pas transférer la même Église chez les infidèles, lesquels gardent peut-être plus d’innocence dans leurs moeurs que la plupart des chrétiens, qui n’ont rien moins à cœur que les saints mystères de notre religion ? Pour moi, je sais que ce sentiment

me demeure depuis longtemps. Mais, quand Dieu n’aurait pas ce dessein, ne devons-nous pas contribuer à l’extension de l’Église? Oui, sans doute ; et, cela étant, en qui réside le pouvoir d’envoyer ad gentes ? Il faut que ce soit au Pape ou aux conciles ou aux évêques. Or ceux-ci n’ont de juridiction que dans leur diocèse ; des conciles, il n’en est point en ce temps ; il faut donc que ce soit en la personne du premier. Si donc il a droit de nous envoyer, nous avons aussi obligation d’aller ; autrement, son pouvoir serait vain.

Vous savez, Monsieur, depuis quel temps la Sacrée Congrégation (1) a jeté les yeux sur nous, combien de fois elle nous a fait solliciter, combien peu nous nous sommes hâtés pour ne mêler rieh d’humain dans la résolution de cette sainte entreprise ; mais, comme nous sommes de nouveau pressés et par lettres et par Monseigneur le nonce, je ne doute plus qu’il n’en faille venir à l’exécution.

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