‹ Lettres choisies de Saint Vincent de PaulChapitre 54 sur 100 · A ÉTIENNE BLATIRON · texte numérisé non relu

A ÉTIENNE BLATIRON

13 décembre 1647.

Je rends grâces à Dieu de l’accroissement de votre santé au milieu de tant de travaux. Vous êtes délicat et faible et sans

1. Charlotte-Marguerite de Gondi, veuve de Florimond d’Halluin, marquis de Maignelay, sœur de Jean-François de Gondi, archevêque de Paris. — 2. Charles du Fresne, sieur de Villeneuve, ancien secrétaire de la reine Marguerite de Valois. — 3. Les Visitandines de Paris, dont saint Vincent vdulait abandonner la direction. — 4. Supérieur de l’établissement de Gênes .

cesse dans des exercices pénibles ; néanmoins sa divine bonté se plaît à vous conserver. Ce n’est pas sans raison, ni sans m’avoir fait penser qu’il en va presque de vous comme de Mademoiselle Le Gras (1), laquelle je considère naturellement comme morte depuis dix ans ; et, à la voir, on dirait qu’elle sort du tombeau, tant son corps est faible et son visage pâle ; mais Dieu sait quelle force d’esprit elle n’a pas. Il n’y a pas longtemps qu’elle a fait un voyage de cent lieues ; et sans les maladies fréquentes qu’elle a et le respect qu’elle porte à l’obéissance, elle irait souvent d’un côté et d’autre visiter ses filles et travailler avec elles, quoiqu’elle n’ait de vie que celle qu’elle reçoit de la grâce. C’est la même grâce aussi. Monsieur, qui vous fortifie pour vous sanctifier et qui vous sanctifie, afin que vous confortiez les autres dans les voies du salut.

J’approuve infiniment le petit support que vous vous donnez, vous et M. Martin, dans les prédications et catéchismes que vous et lui faites journellement. O bonté divine, unissez ainsi tous les cœurs de la petite Compagnie de la Mission, et puis, commandez ce qu’il vous plaira ; la peine leur sera douce et tout emploi' facile; le fort soulagera le faible et le faible chérira le fort et lui obtiendra de Dieu accroissement de force ; et ainsi, Seigneur, votre œuvre se fera à votre gré et à l’édification de votre Église, et vos ouvriers se multiplieront, attirés par l’odeur d’une telle charité.

' i 49. — A ÉTIENNE BLATIRON

14 février 1648.

Les grâces que Dieu verse sur vos travaux sont un effet de sa pure miséricorde et non de nos chétives prières ; nous sommes de pauvres gens, plus capables de détourner ses bénédictions que de les attirer. Je remercie sa divine bonté du zèle et de la fidélité qu’elle donne à votre cœur et à ceux qui sont avec vous. Certes, Monsieur, je suis si touché de l’usage que vous faites de ces vertus et de beaucoup d’autres que, quand l’occasion se présente d’exciter la communauté de Saint-Lazare à sa propre perfection, je lui rapporte les exemples que la vôtre nous en donne ; je lui raconte vos longs travaux, nonobstant les infirmités d’aucuns, votre patience dansées difficultés, la charité et le support que vous avez les uns pour les autres, le gracieux accueil, la prévention d’honneur et les services que les externes trouvent en chacun de vous. D’où vous voyez, Monsieur, que le miel de votre ruche s’écoule jusque dans cette maison et sert à la nourriture de ses enfants. O Dieu ! quel sujet de consolation pour toute la Compagnie ! Mais quel motif à notre petite famille de s’humilier

1. Louise de Marillac, veuve Le Gras. Le titre de « Mademoiselle » se donnait aux personnes, mariées ou non, d’une certaine condition.

devant Dieu et de faire toujours de mieux en mieux, puisqu’il se plaît à étendre et à multiplier ainsi les biens qu’elle fait aux lieux mêmes où elle n’est point !

Page 1