Prêtre de la Mission. — 2. La Propagande
prières publiques, si faire se peut, avoir grand soin des incommodés et s’incommoder toujours pour accommoder les autres, porter le bonheur de la navigation, qui dure quatre ou cinq mois autant par vos prières et la pratique de toutes les vertus, que les mariniers feront par leurs travaux et leur adresse ; et, à l’égard de ces messieurs, leur garder toujours grand respect, être pourtant fidèle à Dieu pour ne pas manquer à ses intérêts et jamais ne trahir sa conscience par aucune considération, mais prendre soigneusement garde de ne pas gâter les affaires du bon Dieu, pour les trop précipiter ; prendre bien son temps et le savoir attendre.
Quand vous serez arrivé en cette île, vous aurez premièrement à vous régler selon que vous pourrez. Il faudra peut-être vous diviser pour servir en diverses habitations. Il faudra vous voir l’un et l’autre le plus souvent que vous pourrez, pour vous consoler et vous fortifier. Vous ferez toutes les fonctions curiales à l’égard des Français et des idolâtres convertis. Vous suivrez en tout l’usage du concile de Trente et vous servirez du rituel romain. Vous ne permettrez qu’on n’introduise aucun usage ; et si déjà il y en avait, vous tâcheriez doucement à ramener les choses à ce point. Pour cela, il sera bon que vous emportiez au moins deux rituels de Rome. Le capital de votre étude, après avoir travaillé à vivre parmi ceux avec qui vous devrez converser en odeur de suavité et de bon exemple, sera de faire concevoir à ces pauvres gens, nés dans les ténèbres de l’ignorance de leur Créateur, les vérités de notre foi, non pas par des raisons subtiles de la théologie, mais par des raisonnements pris de la nature ; car il faut commencer par là, tâchant de leur faire connaître que vous ne faites que développer en eux les marques que Dieu leur a laissées de soi-même, que la corruption de la nature, depuis longtemps habituée au mal, leur avait effacées.
Pour cela, monsieur, il faudra souvent vous adresser au Père des lumières et lui répéter ce que vous lui dites tous les jours : Da mihi intelleclum ut sciam teatimonia tua. Vous rangerez par la méditation les lumières qu’il vous donnera, et pour montrer la vérité du premier et souverain Être et les convenances pour le mystère de la Trinité, la nécessité du mystère de l’ Incarnation, qui nous fait naître un second homme parfait, après la corruption du premier, pour nous réformer et redresser sur lui. Je voudrais leur faire voir les infirmités de la nature humaine par les désordres qu’eux-mêmes condamnent ; car ils ont des lois, des rois et des châtiments.
Quoiqu’il y ait quelques libres qui traitent ces matières, comme le catéchisme de Grenade, ou autre, que nous tâcherons de vous envoyer, je ne puis que je ne vous répète, Monsieur, que le meilleur sera l’oraison : Accedite ad eum d illiiminamini ; s’abandonner à l’Esprit de Dieu, qui parle en ces rencontres.
S’il plaît à sa divine bonté vous donner grâce pour cultiver la semence des chrétiens qui y sont déjà et qui y vivent avec ces bonnes gens dans la charité chrétienne, je ne doute nullement, Monsieur, que Notre-Seigneur ne se «serve de vous de delà pour préparer à la Compagnie une ample moisson. Allez donc, Monsieur, et. ayant mission de Dieu par ceux qui vous le représentent sur la terre, jetez hardiment les rets.