AUX FILLES DE LA CHARITÉ DE LA MAISON DE YALPUISEAUX
De Paris, ce 23 juin 1652.
Béni soit Dieu de ce qu’enfin vous voilà de retour chez vous (2 et de ce qu’après tant de peines et de périls il vous a conservées !
1. Succès, issue. — • 2. Par crainte des soldats, les habitants des cam , pagnes s’étaient enfuis dails les villes.
Je l’en remercie de tout mon cœur. J’ai eu grande joie d’apprendre de vos nouvelles ; mais j’ai senti un pareil déplaisir de vos indispositions. Je me soumets pourtant au bon plaisir de Dieu, qui tirera sa gloire de votre maladie, comme il a fait de la santé, en laquelle j’espère qu’il vous rétablira bientôt par sa grâce et par le changement d’air. Je ne puis vous exprimer ma reconnaissance pour votre conservation ; elle m’est sensible comme si, étant mortes, il vous avait ressuscitées.
Il faut avouer, mes Sœurs, que vous avez eu bien du mal, mais aussi en serez-vo.us amplement récompensées ; et non seulement votre récompense sera grande pour le mal que vous avez souffert, mais pour les biens que vous avez faits, en servant les malades et les blessés dans l’hôpital, et pour les bons exemples que vous y avez donnés ; de quoi je pne le bon Dieu qu’il soit sa louange et spn remercîment.
On m’a dit qu’il y a force malades au Val de Puiseau (1), et que c’est à présent que ce pauvre lieu a grand besoin de secours ; ce qui me fait redoubler mes prières à Dieu, à ce qu’il vous remette en état de les voir et de les consoler. Et je vous prie, mes Sœurs, de faire ce que vous pourrez pour vous bien porter. Mademoiselle Le Gras vous envoie à cet effet des sirops et des drogues, et moi je prie la pauvre veuve de feu Pierre Charpentier de vous fournir l’argent dont vous aurez besoin. Je vous prie de ne rien épargner pour vous remettre. Nous vous enverrions une sœur pour vous aider, s’il nous était possible, mais vous savez quelle est la difficulté des chemins ; d’ailleurs, les misères sont si grandes à Paris, que Mademoiselle Le Gras n’en a p}as assez pour assister les malades et les pauvres réfugiés, partout où l’on lui en demande. On leur fait des potages, en quantité de paroisses ; nos sœurs de Saint-Paul (2) en donnent tous les jours à près de huit mille pauvres, tant honteux que réfugiés, sans comprendre soixante ou quatre-vingts malades qu’elles ont sur les bras. Jamais votre Compagnie n’a tant travaillé qu’elle fait à cette heure, ni plus utilement. J’espère qu’en cette considération Dieu la bénira beaucoup.
Votre bonne Mère (3) se porte bien. Je reviens à vous, mes Sœurs, pour vous prier derechef d’avoir grand soin de recouvrer vos forces perdues ; ne vous pressez pas de travailler, remettez-vous bien auparavant. Vous êtes à présent comme dans un désert, car je regarde le Val de Puiseau comme cela ; mais souvenez-vous que Notre-Seigneur a lui-même honoré la solitude, ayant voulu passer quelque temps dans le désert, comme vous savez; or, ce nous est toujours bénédiction de nous trouver dans les états par lesquels notre bon Seigneur et Maître a passé. C’est à lui que je vous recommande souvent. Continuez à le
« 1. Atrien nom de Valpuiseaux Seine-et-Oise) — 2. Paroisse de Paris. —