A LA DUCHESSE D’AIGUILLON
Juillet 1652.
La maladie continue à Palaiseau (2). Les premiers malades qui ne sont pas morts sont maintenant dans le besoin des convalescents, et ceux qui étaient sains sont maintenant malades. Un de nos prêtres m’est venu trouver exprès, pour me dire que les .gens de guerre ont coupé tous les blés et qu’il n’y a point de moisson à faire. Cependant, nous ne sommes plus en état de soutenir cette dépense. Nous y avons fourni jusques ici six cent soixantetrois livres en argent, outre les vivres et les autres choses que nous y avons envoyée^ en espèce. Je vous supplie très humblement, Madame, de faire aujourd’hui une petite assemblée chez vous et de concerter ce que nous avons à faire. Je m’v rendrai, si je puis. J
Je viens de renvoyer un prêtre avec un frère et cinquante livres. La maladie est si maligne que nos premiers quatre prêtres y sont tombés malades, et le frère aussi qui les accompagnait. Il a fallu les ramener ici, et il y en a deux qui sont à l’extrémité. O Madame ! quelle moisson à faire pour le ciel, en ce temps où les misères sont si grandes à nos portes ! La venue du Fils de Dieu a été la ruine et la rédemption de plusieurs, comme dit l’Évangile, et nous pouvons dire de même en quelque façon, que cette guerre sera la cause de la damnation de quantité de personnes, mais que Dieu s’en servira aussi pour opérer la grâce, la justification et la gloire de plusieurs, du nombre desquels nous avons sujet d’espérer que vous serez, comme j’en prie Notre-Seigneur.