A LA SŒUR FRANÇOISE MÉNAGE
De Paris, ce 12 février 1659.
Je loue Dieu des bonnes dispositions qu’il vous donne pour vous rendre de plus en plus agréable à ses yeux. Vous parviendrez à ce bonheur si vous pratiquez bien l’humilité, la douceur et la charité envers les pauvres et envers vos sœurs. Je prie Notre- Seigneur, qui nous a donné l’exemple de ces vertus, qu’il vous fasse cette grâce.
C’est assez de renouveler vos vœux pour un an, après lequel
1. Archevêque de Paris. — 2. Fille de la Charité, employée à l’hôpital de Nantes.
vous les pourrez renouveler pour une autre année, si vous avez cette dévotion ; je vous en donne la permission. Vous me demandez à faire ce renouvellement tous les mois; mais, si vous le faites pour un an, vous le faites pour douze mois en même temps, sans qu’il soit nécessaire de le faire chaque mois. Vous le pouvez néanmoins faire pendant cette année-là aussi souvent que vous le voudrez faire, non pour contracter une nouvelle obligation de les accomplir, puisque la première vous y engage assez, mais pour témoigner à Dieu que vous êtes bien aise de vous être donnée tout à lui, et pour vous exciter à une nouvelle affection de lui être fidèle.
Il n’est pas besoin que personne me mande vos déportements (1), car je sais qu’ils sont bons et que vous désirez de les rendre meilleurs. Vous faites bien de vous estimer infirme, et, si vous le croyez bien, Notre-Seigneur sera votre force. Continuez à vous défier de vous-même et à vous confier à lui.
Les deux sœurs que vous avez en la Compagnie travaillent à la vertu, grâce à Dieu, et sont fort affectionnées à leur vocation, comme vous à la vôtre. Plaise à Dieu de vous y conserver et de vous y bénir !
Je rends grâces à Dieu de la confiance que vous avez en monsieur votre directeur et des assistances qu’il vous rend avec tant de soin et de charité.