‹ Lettres choisies de Saint Vincent de PaulChapitre 94 sur 100 · A GUILLAUME DESDAMES · texte numérisé non relu

A GUILLAUME DESDAMES

De Paris, ce 25 avril 1659.

11 y a trois ou quatre semaines que je n’ai reçu de vos lettres. La dernière est celle par laquelle vous m’avez informé de ce qui s’est passé en votre voyage de Gracovie, et je ne vous ai pas écrit depuis la réponse que je vous y ai faite, où vous avez vu que nous sommes résolus à différer de vous envoyer des hommes jusqu’à ce que la Providence fasse naître l’occasion de les employer et de les entretenir de delà ; ce qui pourra arriver lorsque nous y penserons le moins. Le bon Dieu ne se gouverne pas dans ses œuvres selon nos vues et nos souhaits. Nous devons nous contenter de faire valoir le peu de talents qu’il nous a mis en main, sans nous mettre en peine d’en avoir de plus grands ou de plus étendus. Si nous sommes fidèles en peu, il nous constituera sur beaucoup, mais cela est de son ressort et non pas de nos soins. Laissons-Ie faire et resserrons-nous dans notre coquille. La Compagnie a commencé sans aucun dessein de notre part ; elle s’est multipliée par la seule conduite de Dieu, et elle a été appelée en Pologne par des ordres supérieurs, sans que nous y ayons contribué que de la seule obéissance. Continuons, Monsieur, d’en user

1 .Déportements, conduite. Ce mot n’avait pas autrefois le sens mauvais qui s’y attache aujourd’hui. — 2. Supérieur de la Mission de Pologne

de même ; Dieu aura fort agréable cet abandon, et nous serons en paix. L’esprit du monde estjremuant et veut tout faire. Laissons-le là. Nous ne voulons pas choisir nos voies, mais marcher par celles qu’il plaira à Dieu de nous prescrire. Estimons-nous indignes qu’il nous emploie et que les hommes pensent à nous ; et nous voilà bien. Offrons-nous à lui pour tout faire et pour tout souffrir à sa gloire et à l’édification de son Église. Il n’en veut pas davantage. S’il en désire les effets, ils sont en lui et non pas en nous. Élargissons fort notre cœur et notre volonté en sa présence, sans nous déterminer à ceci ou à cela, jusqu’à ce que Dieu ait parlé. Prions-le qu’il nous fasse la grâce de travailler cependant à la pratique des vertus que Notre-Seigneur pratiquait en sa vie cachée. Je le prie qu’il vous anime de son esprit, et le bon M. Duperroy, afin que vous les possédiez toutes au plus haut degré.

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