ELECTRE
II me nomme > il soupire!
Les remords en ces lieux ont-ils donc quelque empire? Etc.
A l'égard de la fm, plus j'y pense, plus je crois qu'il faut la laisser comme elle est , et je suis très-persuadé, étant hors de l'ivresse de la composition, de l'amour-propre, et de la guerre du parterre, que cette pièce bien jouée serait reçue comme Sémiramisy qui manqua d'abord son coup, et qui fait aujourd'hui son efiet. Ce serait une consolation pour moi, et de la gloire pour vous, si vous forciez le public à être juste.
Pour Fanimcj il y a longtemps que j'y ai donné les coups de pinceau que vous vouliez, et je vous l'enverrais sur-le-champ, si vous me promettiez que les comédiens n'auraient pas l'insolence d'y rien changer. Ils furent sur le point de faire tomber VOrphelin de la Chine, en retranchant une scène nécessaire qu'ils ont été obligés de remettre. Ils allèrent jusqu'à donner à un confident un nom qui est hébreu : vous sentez combien cela irrite et décourage. La Femme qui a raison est dans le même cas ; mais je vous avoue que j'aime mieux cent fois labourer mes terres, comme je fais, que de me voir exposé à l'humiliation d'être corrigé et gâté par des comédiens.
Quand je parle de labourer la terre, je parle très à la lettre. Je me sers du nouveau semoir avec succès, et je force notre mère commune à donner moitié plus qu elle ne donnait. Vous souvenez-vous que, quand je me fis Suisse, le président de Brosses vous parla de me loger dans un
château qu'il a entre la France et Genève? Son château était une masure faite pour des hiboux ; un comté, mais à faire rire; un jardin, mais où il n'y avait que des colimaçons et des taupes; des vignes sans raisin, des campagnes sans blé et des étables sans vaches. Il y a de tout actuellement, parce que j'ai acheté son pauvre comté par bail emphytéotique, ce qui, joint, à Ferney, compose une grande étendue de pays qu'on peut rendre aisément fertile et agréable. Ces deux terres touchent presque à mes Délices. Je me suis fait un assez joli royaume dans une république. Je quitterai mon royaume pour venir vous embrasser, mon cher et respectable ami ; mais je ne le quitterais pas assurément pour aucun autre avantage, quel qu'il pût être.
Ne pensez-vous pas que, vu le temps qui court, il vaut mieux avoir de beaux blés, des vignes, des bois, des taureaux et des vaches, et lire les GiorgiqueSy que d'avoir des billets de la quatrième loterie, des annuités premières et secondes, des billets sur les fermes, et même des comptes à faire à Cadix ? Qu'en dites-vous ? Et de Babeta^ quid ? et quid de rege hispano? et des nouvelles destructions qu'on nous promet pour Tannée prochaine ?
Prenez du lait, madame, engraissez, dormez, et que tous les anges se portent bien.
A M. TIIIRIOT.
Aux Délices, 24 décembre 1758.
Vous VOUS trompez, mon ancien ami, j'ai quatre pattes au lieu de deux ; un pied à Lausanne, dans une très-belle maison pour l'hiver ; un pied aux Délices près de Genève, où la bonne compagnie vient me voir : voilà pour les pieds de devant. Ceux de derrière sont à Terney et dans le comté de Tournay, que j'ai acheté, par bail emphytéotique, du président de Brosses.
M. Crommelin se trompe beaucoup davantage sur tous les points. La terre de Ferney est aussi bonne qu'elle a été négligée; j'y bâtis un assez beau château ; j'ai chez moi la terre et le bois ; le marbre me vient
par le lac de Genève. Je me suis fait, dans le plus joli pays de la terre, trois domaines qui se touchent. J'ai arrondi tout d*un coup la terre de Ferney par des acquisitions utiles. Le tout monte à la valeur de plus de dix mille livres de rente, et m'en épargne plus de vingt, puisque ces trois terres défrayent presque une maison où j'ai plus de trente personnes et plus de douze chevaux à nourrir.
Nave ferar magna an parva, ferar unus et idem.
HoR., lib. II, ep. II.
Je vivrais très-bien comme vous, mon ancien ami, avec cent écus par mois ; mais M"* Denis, Théroïne de l'amitié, et la victime de Francfort, mérite des palais, des cuisiniers, des équipages, grande chère et beau feu. Vous faites très-sagement d'appuyer votre philosophie de deux cents écus de rente de plus.
Tractari molli us <Ttas
Imbecilla volot.
HoR., lib. II, sal. ii.
Et il vous faut :
. . . Mundus >iclus, non déficiente crumena.
HoR., lib. I, ep. IV.
Nous serons plus heureux, vous et moi, dans notre sphère, qUe des ministres exilés, peut-être même que des ministres en place. Jouissez de votre doux loisir ; mais je jouirai de mes très-douces occupations, de mes charrues à semoir, de mes taureaux, de mes vaches.
Hanc vitam in terris Saturnus agebat.
ViRG., Georg., lib. II.
Quel fracas pour le livre de M. Helvétius ! voilà bien du bruit pour une omelette ^ ! quelle pitié! Quel mal peut faire un livre lu par quelques philosophes ? J'aurais pu me plaindre de ce livre, et je sais à qui je dois certaine affectation de me mettre à côté de certaines gens * ; mais