‹ Lettres choisies de Voltaire (volume 2)Chapitre 140 sur 246 · A M. LE COMTE DE ROCHEPORT · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE ROCHEPORT

4 février 1767.

Il y a environ cinquante ans , mon chevalier , que j'ai eu l'honneur déjouer aux échecs avec M. le vice-chancelier; mais il me gagnait, comme de raison. J'étais attaché à toute sa maison. Il y avait surtout un

certain évoque de , grand philosophe et très-savant, qui m'hononait

de la plus sincère amitié. Dn vice -chancelier ne se souvient pas de tout cela, mais les petits ne l'oublient pas. J'ai le cœur pénétré de ses bontés et de la justice qu'il a rendue dans l'affaire qui m'intéressait par contre-coup.

Je prends la liberté de lui écrire quatre mots ; car il ne faut pas de verbiage pour les hommes en place. On donne à la Chine vingt coups de latte à ceux qui écrivent aux ministres des lettres trop longues et du galimatias.

Je vous écrirais bien au long , à vous, mon chevalier, si j'en croyais mon cœur qui est bavard de son naturel ; je vous dirais combien je suis enchanté de vous et de vos bons offices ; mais la guerre de Genève , les embarras qu'elle cause, les effroyables neiges qui m'environnent, la

fièvre, les rhumatismes imposent silence à ma bavarderie. Cependant il faut que je vous demande si vous avez entendu la musique de Pandore^ de M. de la Borde.

Vous me permettrez donc de vous embrasser sans cérémonie.

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